PRÉFACE. XIX
Pucelle et sur son ëpoque^ C est le contraire qui est arrivé. L'auteur d'une publication qui fait le plus grand honneur à Tërudition française de notre temps, M. J. Quicherat, dans son recueil des documents originaux concernant Jeanne d'Arc, s'autorise de cette exactitude même pour n'accorder aucune importance à notre mystère.
«La valeur historique de cet ouvrage est nulle, a dit M. Quicherat^ non parce que l'auteur s'est éloigne de l'histoire, mais, au contraire, parce qu'il l'a suivie de trop près. Sa pièce n'est autre chose que le journal du siège dialogué et mis en vers , avec une exposition dont l'idée est empruntée à la chronique de la Pucelle. yi
Si M. Quicherat avait comparé page par page notre poème et le journal du siège, nous nous sentirions fort ébranlés par ce jugement d'un critique aussi éclairé et aussi familier avec tous les détails de l'histoire du temps. Mais, il nous l'a dit lui-même, il na connu le Mystère du n^ d'Orléans que par quelques fragments et par les rubriques destinées à expliquer les mouvements de la scène, l'action, en un mot, qui est loin de l'emporter sur le dialogue autant qu'il l'a cru. Nous tenterons donc de démontrer que son jugement a été peut-être trop absolu, trop sévère.
D'où peut-on induire que notre mystère a dû être calqué sur le journal du siège? De la conformité de l'un avec l'autre, sans nul doute, et nous avouons qu'en général ils sont conformes. Nous avouerons même, si l'on veut, que l'auteur du mystère a pu se servir du journal du siège pour mieux développer et contrôler ses souvenirs; Mais le savant éditeur des procès de condamnation et de réhabilitation de Jeanne d'Arc a distingué deux parties dans la précieuse relation dont il a reproduit le texte : l'une, qui se rapporte au voyage de Reims et aux faits postérieurs, lui semble
* Proeh de Jeam$ d'Arc y L V, p. 79.
XX PRÉFACE
prise dans les récits du hërauit Berri et de Jean Ghartier; l'autre, qui raconte les évënements dont l'Orléanais fut le théâtre , et qui constitue le journal du siège proprement dit, a été, selon lui, évidemment empruntée à un registre tenu en présence des événements mêmes. Ce registre, nous accordons que notre auteur en ait fait usage, sans qu'on puisse, à notre avis, le démontrer rigoureusement, mais sans qu'on puisse non plus en rien conclure contre la valeur de ses informations personnelles; supposé, comme nous le croyons , qu'il ait écrit la partie primitive de son ouvrage avant 1435.
La question de date ici domine toutes les autres. Si l'auteur du mystère n'a composé son poème que sur le journal du siège tel qu'il nous est parvenu, il l'a écrit après 1/167; ^^^ ^^ ce cas, nous souscrivons au jugement de M. Quicherat, Mais si le mystère, comme nous le pensons, est antérieur à i/i35, eût-il été composé à l'aide du registre dont M. Quicherat admet l'existence, il offrirait encore, à nos yeux, un certain intérêt historique, et l'on peut aller jusqu'à dire, toujours dans la même hypothèse, que le rédacteur du journal du siège, celui qui le compilait après 1^67, à moins qu'il ne se soit borné à copier textuellement le registre dont il s'agit, était placé, pour. le rectifier ou le compléter, s'il y avait lieu, dans des circonstances moins favorables que l'auteur de notre mystère.
D'ailleurs, de ce que deux documents seraient conformes entre eux, pour le fond, s'ensuivrait-il nécessairement que l'un serait l'original, l'autre une copie? N'est-ce pas de la concordance entre les documents d'une même époque que l'histoire tire la preuve la plus sûre de l'authenticité des faits qu'elle enregistre ? Et quand un historien ne répète pas l'autre dans les mêmes termes, quand il n'est pas purement et simplement un plagiaire, ne peut-on pas penser, quelle que soit la conformité de leurs récits, qu'ils