‹ Le mistère du Siège d'Orléans (volume 2)Chapitre 20 sur 143 · PRÉFACE. XXXIII · texte numérisé non relu

PRÉFACE. XXXIII

Et D'Âvrigoi et Soumet, les deux seuls noms français que nous puissions mettre en ligne, de quelles belles inventions ont-ils enrichi le grand sujet qui les a tentes?

N'ëtait le respeet que Ion doit toujours au gënie et même au talent, nous serions tentes d'en user ici avec la même liberté qu'Âlceste, et de préférer notre vieux mystère, dans sa naîvetë et dans sa simplicité historique, à toutes les œuvres d'art qu'a fait ëclore le même sujet. Nous nous bornerons à conclure qu'un drame où la Pucelle figure au premier rang ne se prête guère aux fantaisies de l'imagination, et qu'aujourd'hui surtout, oà tant de publications ont popularisé la vie de cette glorieuse filk, le plus sâr serait peut-être encore de mettre simplement sous les yeux du spectateur les tableaux émouvants de ses exploits et de son martyre.

L'auteur de notre mystère, pour en revenir à lui, avait cette bonne fortune, que son sujet, tout emprunté qu'il fût à l'histoire profane, iui ouvrait cependant le domaine du surnatorel. Il n'a pas manqué d'en profiter, et assez heureusement. Plusieurs scènes se passent au ciel. Notre-Dame elle-même, après saint Aignan et saint Euverte, supplie son fils de venir en aide aux Français. Dieu se laisse fléchir et envoie saint Michel auprès de la jeune bergère de Domremy, une première fois, poi|r lui annoncer la mission qu'elle doit accomplir, une seconde, pour la fortifier dans sa foi et dans son courage. Puis, au moment des attaques décisives contre les boulevards occupés par les Anglais au bout du pont d'Orléans, sur de nouvdles sollicitations de sa mère. Dieu envoie les deux saints patrons et protecteurs d'Orléans pour garder les remparts de la ville et protéger la Pucelle. Ces scènes sont assez habilement placées dans le poëme, cesi-è-dire que l'intervention divine arrive toujours à propos, au moment décisif, et lorsque la cause française semble de plus en plus désespérée. En elles-mêmes, elles sont

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traitëeB convenablement, en ce sens que chaque peFsonnage y agit et y parie au fond selon sa diguitë et son caractère ; mais Tiaspiration, le souffle poétique y manquent absolument; et la forme, qui est le faible de louvrage, y choque plus que partout ailleurs. Quon lise, par exemple, le dialogue qui s'établit entre saint Michel et la Pucelle. Jeanne n'y dit rien qu'elle ne doive dire; on peut trouver même dans quelques-unes de ses réponses et de la modestie et une certaine grâce naive; mais que l'allocution prosaïque de l'archange répond mal à l'idée des voix mystérieuses qui troublaient et sollicitaient la jeune inspirée sous les grands chênes de Domremy!

A côté des scènes prises en dehors du monde naturel, il en est d'autres qui vont au même but. Elles sont tirées de certains incidents où la main de Dieu ne se montre pas d'une mani^ aussi directe, aussi manifeste, mais où l'auteur la fait sentir paur l'enseignement moral et religieux de l'ouvrage, en montrant, d'un côté, l'impiété et le parjure punis, et, de l'autre, la piété et la foi récomipensées. Ce sont peut-être les passages où il a montré le plus d'habileté , et où l'on entrevoit au moins l'intenticm d'une combinaison, d'un effet dramatique.

Ainsi nous le voyons s'efforcer de mettre en vue les sentiments religieux du roi Charles VII. Il le montre deux fois agenouillé devant le Paradis, élevé dans la partie supérieure du théâtre. Les prières que le monarque adresse au Très-Haut témoignent de son humilité, de son repentir, de sa confiance en Dieu seul et de son amour pour .-ses sujets; sentiments qui doivent lui assurer l'assistance divine ^ En revanche, il est une idée sur laquelle le poète insiste, c'est que les chefs anglais ont mérité leur sort pour avoir manqué à la promesse par eux faite au duc d'Oriéans, de

* Voy. p. a6A et p. 487.

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