‹ Le mistère du Siège d'Orléans (volume 2)Chapitre 22 sur 143 · XXXVI PRÉFACE · texte numérisé non relu

XXXVI PRÉFACE

Verdille contre deux hommes d'armes anglais ^ ; le caractère de ces deux partisans gascons et batailleurs y est assez vivement dessina. Mais nous devons ajouter que lauteur s'est montre sobre de pa* ' reiUes scènes. Il semble qu'il n ëtait pas porté par la nature de son esprit à la grosse gaieté qui remplissait les ^rces, les soUes et même certains mystères de ce temps-là.

Dans le reste de Touvrage, lorsque le poète se borne à faire parier les principaux personnages, soit pour préparer les faits qui vont suivre, soit pour chercher à en prévoir le résultat, il s'en tire, en général, avec sagesse et convenance, et ne leur prête que des sentiments conformes au rôle qu'ils ont joué dans l'histoire. Jeanne d'Arc, par exemple, ne se montre pas seulement dévouée et animée de l'amour de la patrie, elle témoigne encore en toute rencontre une douce pitié pour les ennemis vaincus. Par malheur, ces sentiments sont traduits sans élévation, et trop souvent l'auteur place dans la4)ouche de l'héroïne, comme dans celle des principaux seigneurs, des expressions d'une singulière platitude. En résumé, si, dans ce poème, les idées sont bonnes, la forme ne l'est pas, et pourra rebuter d'abord plus d'un lecteur. Les conseils que le3 chefs anglais ou français tiennent entre eux, et où ils répètent l'un après l'autre les mêmes opinions en termes presque identiques, sont d'une insupportable longueur, et c'est justement par une scène de ce genre que s'ouvre le drame. Il faut, si l'on est trop sensible à ces inconvénients, se reporter aux passages où la grandeur des événements amène des scènes plus vives et plus intéressantes. On verra que l'auteur, ayant pris l'histoire, la vérité pour guides, ne s'égare jamais, s'il ne s'élève jamais bien haut.

Pour son style, nous n'entreprendrons pas de le défendre. Un

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illustre écrivain, M. Villemain, disait avec raison, en parlant des poésies du ducd'Oriëans, composées à la même époque, que le style y offre une élégance prématurée. Cest le contraire dans le Mystère du mge XOrléam.

S'il eût écrit en prose, sans doute notre auteur eût été moins à la gêne et n eût pas laissé voir aussi clairement Tinsufiisance de ses ressources. Mais il a voulu être poète, malgré Minerve, il faut le dire, et de là les embarras, les misères, les pauvretés quon peut lui reprocher, non-seulement au point de vue du style, mais même à Tendroit de la grammaire, que les exigences de la rime l'entraînent trop souvent à oublier. Nous disons oublier, à supposer qu'il Tait jamais bien connue; et parfois il donne lieu d'en douter, lorsqu'il écrit, par exemple :

Mais je scay bien qu'elle y est Et luy trouverrez, vous affie*.

Il faut lire : «Et ïy trouverrez. tj C'est une erreur qui revient souvent et qui çà et là ne laisse pas d'arrêter un instant. Ainsi, page 679, vers 17,661, on lit :

Que luy a grant affection.

et le sens exige : Qu^elk y a. De même, page 773, vers âo,â8o: Que mors, que pris y luy sont tous.

est pour :

Que mors, que pris il y sont tous.

Mais peut-être n'est-ce pas à l'auteur, peut-être est-ce à un copiste ignorant qu'il faut attribuer ces fautes et d'autres du même

* P. &io,v. 10,61/i.

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genre. Nous aimerions à le croire, et toutefois, comme rien ne le prouve, nous n'avons pas entrepris de les corrigera

S'il nous eût fallu appliquer à ce texte le système de rectifications, de corrections perpétuelles, auquel on a soumis les œuvres mêmes de nos grands maîtres, nous l'aurions singulièrement modifie, et sans avantage bien apparent, à ce qu'il semble, excepte pour les personnes qui font leurs dëlices de la grammaire et qui ne trouvent rien de si beau qu'une orthographe constante et régulière. Gomme c'est, après tout, un goût fort respectable et que nous sommes loin de blâmer, nous aurions pris plaisir à le satisfaire, et nous nous serions appliques à faire du Mystère du siège d'Orléans un modèle d'orthographe, si cette tâche ne nous eût paru offrir des difficultés au-dessus de nos forces, et si, d'ailleurs, nous n'avions vu à une pareille transformation des inconvénients préjudiciables à la cause même que nous aurions voulu servir, celle de la grammaire. Justifions notre scrupule par deux exemples.

Il arrive assez souvent à notre auteur (c'est bien lui, en ce cas, et non son copiste qui est le coupable) d'en user très-librement avec le pronom féminin de la troisième personne elle. Il ne le compte que pour une syllabe, comme l'avaient fait parfois et longtemps avant lui ses prédécesseurs du moyen âge. Mais ceuxci, du moins, figuraient ainsi le mot : el. En ce cas, au moyen d'une apostrophe, si on le juge à propos, on peut marquer l'élision que le mot a subie. Selon le parler de notre poète, elle se réduit encore davantage et devient un son simple qu'il a eu l'idée de noter ainsi :

* Ce qui nous donne sujet, au contraire, paiiicipe présent pour Tinfînitif, faute qui de lui attribuer ces fautes, c'est qu'il en revient très-Grëquemment ^ qui dcaue parest qu'on ne peut porter qu'à son compte; fois à son langage une certaine ressembliftice telle est surtout celle qui consiste à em- avec le parier des nègres. Voyez , par exemployer l'infinitif pour un autre mode, ou le pie, p. 83 , dernier vers.

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