LE PREMIER BOURGEOIS
Très hault et très redoubté sire,
Nostre noble roy souverain,
Vers vous voulons noncer et dire.
Se vous plaist oyr de certain
Des nouvelles, du tout à plaisir,
Que voz bons, saiges et amys
D'Orléans qu'i vous mandent à fin •
Qu'en vostre grâce soient mis.
Très chier seigneur, il est bien vray
Que les Anglois ont assiégé
Orléans et fait ung grant effroy.
Et ont le pays dommage.
Les habitans fort oultraigé
Par plusieurs assaulx et saillies,
Lesquelz si ont contraryé
Encontre leurs faulx anemis.
Dont, par nous vous prient humblement
Qu'i vous plaise les secourir,
Que y veullent totallement
Pour vous, sire, vivre et morir,
Ainçois qu'i vueiUent consentir
James à aux Angloys leur rendre ' ;
* Leur rendre, se rendre.
lie ^ LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEANS.
Mais à vous veulent obeyr
Et à tous voz plaisirs entendre. 37*0
Et, avecques ce, vous requièrent
Leur donner povoir et licence
A démolir maisons prestoires,
Qui pourroient faire nuysance
A la ville et vfbllence, . • 3715
Tous ediffices et églises;
Sire, que c'est leur espérance
Eulx dcfîendre par toutes guises;
Et, s'i vous plaist leur envoyer.
De vostre grâce, du secours > 3730
Qui les peust ung peu soîayer.
Qu'f y aront heure de repoux.
H ont assigé les faubours,
Pris Tourelles et Portereau;
11 en sont maistres et des tours, 37*15
Et tout jusques au rees de î*eau.
V i/d r. LE ROY CHARLES, VIP de ce nuuu
Nos chers et bons amys d'Orléans,
Joyeux suis de vostre venue,
Saichez ne vous fauldray en riens
De chose qui soit soohz la nuf^ S730
Vostre voulenté j'é congnue ,
Que vous estes bons et Idyaulx.
Et en tout temps Tay apperceue.
Vous estes mes amys feaulx.
Du siège qu'avez me desplaist, ^fàb
Dont noz anciens anemis,
Qui vous font des tors et des griefs,
Lesquelz si ont le siège mis.
Je vous prie tant que je puis.
Et sur la foy que me devez, 37/10 •^
Que, vous d'Orléans, soyez unyz, ^ en unyon vous tenez.
De tout ce que faire pourray, Pour vous ayder et secourir,
De très bon cueur je le feray, ^7^5
Croyez le de vray, sans faillir; Et vous vueillez pour sceurs tenir Que, de mon povoir et puissance, Je ne vous lairay encourir.
Mais y feray tout diligence. 3750
En oultre, ce que demandez.
De destruire bours et églises, F* gà t\ Faictes en comme l'entendrez,
Je vueil que à vous soient soubmises,
En faire du tout par voz guises, 3755
Pour préserver vostre cité.
N'en ayez en vous nul faintises.
Vous donne toute liberté. •
Tenez vous le plus que pourrez,
Que bien est mon intencion • 3760
Du secours de vous envoyer.
Et ma deliberacion;
Que, de bref, visitacion
De gens de bien vous envoyeray.
Et toute consolacion 3765
A vous d'Orléans je vous feray.
LE IP
Chier sire, nous vous mercyons
Du grant bien et du bon voloir,
Et à Orléans le rapporterons,
Donques ainsi nous consoloir. 3770
iàS
Si ferons tous nostre devoir,
Et bien l'avons tous entrepris,
De nostre puissance et povoir, •
A rachater noz anemis.
Sire, nous vous recommandons
Vostre ville et les habitans,
Qui, tous les jours, pour le présent.
En peine et en travail sont.
LE ROY
Ainsi que nous espérons,
Y seront de nous bien contans.
r BOURGEOIS.
Sire, nous vous recommandons Vostre ville et les habitans.
LE ROY
Mes vrays amys, je vous respons Que, à tous jours, moy et les myens, Ne vous fauldray pour nuHe riens.
Que trouvez vous ay loyaulx et bons.
LE n* BOURGEOIS.
Sire, nous vous recommandons Vostre ville et les habitans, Qui, tous les jours, pour le présent, En peine et en travail sont.
LE ROY
Je scay bien à besoigner il ont.
Dont il me desplaist grandement; Mais de brief y remedirons,
Et n en doubtez aucunement.
Tenez vous vertueusement, Et ayez en moy espérance ; Je ne vous fauldray nullement De tout mop povoir et puissance.