‹ Le mistère du Siège d'Orléans (volume 2)Chapitre 57 sur 143 · LE · texte numérisé non relu

LE

Ne nous ayez en oubliance, A vostre congié et licence.

LE ROY

Dictes leur quil ayent fiance.

Que, de brief, secours il aront.

LE PREMIER

A vostre congié et licence.

LE IP

Ghier sire, nous nous [en] allons.

38oo

Pose. — Puis dit F* 95 V-.

LE ROY

Venez çà, sire de Dunois, Je vous pry, venez en avimt.

Venuz sont noz loyaulx François, Ge sont noz bons amys d'Orléans, En nous priant et requérant Que leur veullions donner secours Encontre anemis anciens.

38io

Qui sont à leur porte et faubours- Si vous requiers tant que je puis, A ce faire vueiilez pourveoir, Et y mener de nos aniyz, De noz bons et Joyaulx François; Que, pour certain, assez congnois Se la ville d'Orléans perdoye, A grant peine la reconveroys.

Et fort desplaisanl en seroie,

Y ni'ayment, je croy, loyaulment, Et jusques au morir se tendront; James ne feirent autrement,

Que tout temps sont loyaulx et bons.

Si vous pry que advisez dont Et apenser * quii est deffaire, Que, en ce fait» nous y voulons

Y pourveoir en toute manière.

38so

F' 96 r\ LE SIRE DE DUNOIS, bastard d^Orleans,

Je croy qu'il ont beaucoup à faire, On ma dit, y a près d un mois.

Que le sieg^y est tout notoire, Et à grant puissance d'Engloys.

Si est bien besoing y prouvoir, Que à Orléans sont gens de bien.

Et pour vous y morront ainçois Que vous faillir sur toute riens.

Envoyer fault un*messagier Hastivement à voz amis. Incontinent, sans séjourner, Viengnent à vous grans et petiz,

Mko

En armes et les plus hardis, Pour aller Orléans secourir.

LE ROY

Je vous eu pry tant que je puis, Que vous le vueillea acomplir.

LE SIRE DE DUNOÏS, basUrd d'Orléans.

Messagier, amy, lieve sus, Aller te convient, sans actendre, Hastivement, sans tarder plus.

Vueille moy oyr et entendre :

F* 96 V . Y te convient ton chemin prandre,

Pour aller devers les seigneurs, Leur dire qu'i se vueillent rendre Devant le Roy, grans et mineurs.

Premier, te convient aller querre Le sire de Saincte Severe, Que il est hien homme de guerre , Et en luy très fort j'espère; Le sire de Ghaumont sur Loire, Aussi au sire de Ghambai\|B.

Ung autre dont on fait mémoire, . C'est Theaulde de Vallepaigne.

Après, le sire de Bruoil^ Qui est homme de grant façon; Pour gens de guerre a bel recueil , Et a aussi très graot renom.

Puis tu t'en iras, de rendon, Au très hault puissant cappitaine.

C'est La Hire, bien le devons Aymer, c'est bien chose certaine.

Tu leur diras honnestemen^t

Que le Roy leur mande exprès Qu'à iuy viengnent hastivement, En armes, faabUiez et preste.

Incontinent et sans arrest Viengnent, sans faire demouréei • Et tous leurs gens, que ainsi plaist Au Roy, pour conduire une armée.

Mon très chier sire» ne doubtez, Acompliray^ vostre messaige , Et les seigneurs feray haster.

De venir, et de bon coraige J^ m'en voys faire le voyage.

Du tout au mieulx que je pourray,

LE ROY

Fais le comme prudent et saige, Et ainsi pas ne te obliray.

Puis le messagier s'en yra, et doivent arriver ceuix d^OrloatiA, el , en pi^sence du receveur et d'autres seigneurs, diront ;

LË PRËMIËB BOURGEOIS.

Messeigneurs, comme vous savez.

Et que, par la vostre ordonnance.

Vous a pieu de nous envoyer Devers le noble roy de France, Auquel avons, en sa présence, Dénoncé tout vostre messaige, De point en points sans differance,.

Et devant son noble bernaige.

Premièrement, Iuy avons dit Du siège mis par les Anglois,

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Et comment, de jour et de nuyt,

Nous chassent par diverses voyes, •

Que nous n'avons repoux ainçois

Une seuHe heure ne demye, 3900

Qu'i sont à guecter et à voir,

Pour nous vouloir toHir la vie.

Aussi plus, luy avons parlé

Des beaulx faubours et ediffices,

De ce qui a esté brullé, 3905

Qui pour Ja ville estoient propices;

Et de ceulx qui sont prejudicians

Vous en baille povoir, puissance,

Tant par vous que par voz complices,

En faire par vostre ordonnance. 3910

Pareillement, dit luy avons ^

Qu'i luy plust nous donner secours

Pour nostre ville et environs.

Et pour deffendre les faubours.

Dont lequel, par son bon propbux, 3915

Nous a donné bonne responce,

Et est fort desplaisant pour nous,

Ainsi que par nous vous dénonce.

Nous a dit que nous .vous dyons

Que vous tiengnez tant que pourrez; 3980

De par luy secours nous aurons ,

Et vous en tenez asseurez;

Que du tout se veult disposer

A nous ayder de sa puissance,

Gomme à ses amis préférez, 3935

Esquelz a parfaicte fiance.

LE RECEVJUR.

eurs, voyez, en présence.

Du Roy nostre souverain sire

Sa reaponce et son ordonnance,

Gomme il ont volu icy dire. 3930

Si devons bien, sans contredij*e,

Mectre en ce fait resistence

Contre ceulx qui veuUent destruire

Nostre terre et appartenance.

Anglois sont présent esbahiz 393'^

De Sallebry qu'il ont perdu,

Bien desplaisans et bien marriz,»

Dont pour euk leur est mat venu.

Si croy bien que Dieu l'a voulu.

Que il avoit trop granl coraige; 3940

S'il eust encores gueres vescu, ^

Nous eust fait ung vilain dommaige.

LE SIRE DE VIUARS

Sallebry estoit oultrageux.

Et remply de tout mauvaiz vice; F" 98 \\ Il estoit faulx et orguilleux, 3945

£t garny de tout maléfice.

Par sa faulceté et malice De Glery desroba l'église; Mais Dieu en a fait la justice, Que sa vie a esté surprise. 3950

MESSIRE MATHIAS

Pareillement faulsa sa foy

Au duc d*Orleans, le bon seigneur,

Quant luy promist cpie nul desroy

Ne luy feroit ne nul rigeur;

Mais que, en toutJ)ien et honneur, 395:^

Lui garderoit son pays et terre

De crisme, de toute fureur Et toute lésion de guerre.

• LE SIRE DE GUITRY

Par ce il s'est trouvé parjure, Et aussi Dieu l'en a pugny.

Pitié n'avoil de créature, Et de tout mal estoit remply ; Si en est leur oust afoibly.

Que c'estoit toute leur deffence.

Ne en autre qu'an Sallebry N'avoient nulle espérance.

F- 99 v\ LE RECEVEUR.

Messeigneurs, voicy, en présence, La bombarde nouvelle faicte, Qui est de très belle apparence.

Bien composée et bien extraicte De bon*metail, saine et parfaicte, Pesant deux mille ou environ; L ouvrier l'a fait plaisante et necte.

Et la Bergiere a ainsi nom.

LE SIRE DE SÂINTRÂU.LES

La Bergiere est ung beau nom Et est honnefste et délectable ; Bergiere dont la nommera on.

Que le nom est bien convenable Pour une cité si notable; D'Orléans, de saillir telle bergiere^ La chose si est raisonnable, • • Et en sera tousjours mémoire.

POTON

Messeigneurs' pour tout abregier, Et sans plus |siire de langaige,

Y la fault aller assiéger 3985

Auprès du port sur le rivaige , Et qu'elle puisse, à l'avantaige, F* 99 ^". Tirer droit contre les Tourelles,

Que leur puisse faire dommaige Que nous endurons pour icelles. * 3990

LE SIRE DE GORAS

Entre vous, bourgeois delà ville, Allez vous mesmes 1 asieger.

Et prenez ung ouvrier abille . Qui la puisse bien manyer, Bien conduire et la gouverner, 3995

^ Que dedans les Tourelles frappe,

Que nul d'eux ne s'ose trouver Dedans,, que ne tue ou atrape.

Lors y a pause. — Et mènent la bombarde, et le messagier arrive devant Tallebot, et dit

Mercy à Dieu, je suis venu

Et arrivé en Normendie> a 000

Les François m'ont pris et tenu , Mais, non pourtant, les remercie Qui m'ont voulu sauver la vie.

Ainsi qu'en leur dangier j'estoie; Que bien advis ne m'estoit mye 4oo5

Voir l'eure que j'en reschapperoye.

p 100 r". Je voy messire Tallebot, ••

Et autres plusieurs grans seigneurs; Si luy vois faire mon rapport A luy à qui sont tous honneurs, Et de mes peines et labeurs Luy compterôy de mon voyage, Aussi des peines et douleurs De ceulx qui sont sus le rivage.

[S'adressaDt à Talbot :]

Très chier et redoubté seigneur, Je viens cy en vostre présence, De par les haults princes d'onneur, De l'oust des Anglois l'excellance.

Glasidas, prince de vaillance, Monseigneur, devers vous m'envoye, Lequel est en grant desplaisance, Et bouté hors de toute joye.

Voicy lectres pour vous bafller, En vous suppliant humblement Que y vous plaise que veillez Venir vers eulx présentement.

Il ont eu grant destourbement.

Comme par lectres pourrez voir.

TALLEBOT.

Messagier, dea, die moy, comment!

Ne sont pas maistres les Anglois ?

Nenny, sire, les Orlenois Ont tenu grant rèsistence.

Ijo9s lit les lectres, en faisant grant admiration; puis dit

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Pioov*. TALLEBOT.

Par tous les sains, comme je crois,

C'est trayson et decepvance.

Hal hayl voici grant desplaisànce, 'io35

Est mort le conte Sallebry?

LE MESSAGIEB.

Ouy, monseigneur.

TALUftOT.

Quant je y pense, J'en suis desplaisant et marry.

Je jure Dieu qui est lassus

Se je n'y vois en ma personne, AoAo

Et sa mort vengeray sus et jus, Contre François, qui que en groigne.

Retourne à eulx ,, «ans plus d'aloigne , Que devant Orléans m'en yray.

Et pour mieulx £aire leur besoigne, 'lok^

Petit et grant n'espargneray.

Monseigneur, à Dieu vous commant!

Je m'en revoys la droicte voye

A messeigneurs, devant Orléans,

Le grant trot, que Dieu me convoyé! ^»o5o

F* 101 r\ TALLEBOT.

Dy leur que je me mes en voye.

Pour les aller brief secourir, Et qu'i m'est bien tart que je y soye, Pour les François faire mourir.

Lors part le messagier, puis dit

TALLEBOT.

Çà, messeigneurs, sans demourance, Armez vous fout incontinant, £t vous mectez en ordonnance, Pour a^jler au siège d'Orléans.

Faictes et soyez diligens De charger bombardes, canons, Serpentines à grant puissance, Arbalestes, bez de faucons, Pouldres, pierres, maillez de pion, Jaques et auberjons à maille, Lances, vpulges à grant foison, Broches de fer, crochet, tenaille.

Je vueil que tout, comment quil aille ^ Y soit mené devant* Orléans, Que je vueil raser leur muraille.

Ville mectre à. feu et à sang.

LE MARESCHAL TALLEBOT.

Monseigneur, ne vous en doubtez.

Quant y vous plaira, partirons.

Je vois faire tout aprester.

Et faire les provision^.

Vivres aussi nous mènerons Avecques vostre artillerie, Que les François ne dureront Devant vous heure ne demye.

• TAUEBOT.

Mareschal, mes je vous emprie, Faictes en ce cas diligence,

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Que partir vueil, n*en doublez mie, Sans pluï en faire demourance,

LE MARESGHAL TALLEbT)!.

Monseigneur, je vois en présence, Et ne vous doublez autrement, Que vous en verrez apparence Avant deox jours certainement.

Puis y a pause, — Et le messagier du Roy dit :

Or, sui ge tant allé, venu.

Arrivé suis ou droit reperre, Quant noble mareschal j'ay veu, C'est le sire Sainte Sevaire, Je m'en voys vers iuy me retraire F* lofli^. Pour Iuy annoncer mon messaige.

Ainsi comme c'est chose voire, De par le Roy très noble et saige- Puis est monseigneur de Bueil, • Jaques de Chambannes aussi; Je les voy là, de noble aqueil Et de noblesse bien garny.

Leur vois dénoncer tout ainsi Comme enchargé m'^ esté, AflGn que tantoust acomply Soit mon messaige et appoiucté,

[S^adressaot au maréchal :]

Vers vousj maresohal de valeur, ,

Je vous viens cy faire messaige, De par le Roy, prince d onneur.

Vous mande 3 comme noble et saige,

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Que vous et tout vostre bernage Vous amenez pardevers luy, Pour faire aucun beau vasselaige, Gomme vaillant, preux et hardi. a no

Monseigneur de Bueil aussi, Chargé je suis de le vous dire, Gomment le roy Gharles vous pry Que vous viengnez vers luy, de tire.

Et vous aussi, très noble sire, ^ hub

Monseigneur Jaques de Ghambannes, Venez à lui sans contredire.

Gomme preux et vaillant en armes, Incontinent et sans actendre; ^»

M'a chargé que je le vous dye, h no

Que vous et voz gens vueillez prandre, F^ 109 V*. Et mener vostre compaignie,

Que ainsi faire le vous prie.

Et que tous soyez diligent.

SAINTE SUAIRE

Acomply sera, n'en doubte mie, ^las

Tout son plaisir incontinent.

Messeigneurs, vous avez ouy

Du Roy cy présent son nSessaige,

Gomment nous est mandé par luy,

Que nous et tout nostre bernaige ài3o

Vers luy nous facions le voyaige;

Pour son vouloir aucunement,

Si dy que nous tous de coraige

Devons l'acomplir bonnement.

LE SIBE DE GHAMBANNES.

Vous dictes bien certainement; Ai 35

De luy obeyr c'est raison,

Et faire son commandement,

Luy complaire ^n toute saison,

Que je me tiens de sa maison

Pour luy obeyr et complaire, hiUo

El le servir sans mesprison

Du tout à son bon plaisir faire.

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