‹ Le mistère du Siège d'OrléansChapitre 100 sur 154 · LE PROCUREUR · texte numérisé non relu

LE PROCUREUR

Très chiers et honnorez seigneurs, Grans nouvelles sont survenus, Qui fort esjoïssent nos cueurs,

Ainsi que les avons cognus :

Que naguercs si sont venus Grant force vivres à la ville, Artillerie grosse, menus, Qui est prouffitable et utille.

Et sachez que c'est la Pucelle Qui les a conduit jusques cy, Laquelle, très courtoise et belle, Est arrivée devant Checy, Qui nous vient secourir ainsi Gomme pieça nous fut promis; Si vous pry, advisez dessy Qu'il est de faire, à voz advis.

BASTARD D'ORLEANS

Bien devons estre resjoyz Des nouvelles que vous nous dictes, Et croyez que joyeulx en suis; Dieu nous aydera par ces mérites.

Je cognois qu'il nous est licites Que nous voisions par devers elle, Pour l'amener, à grant conduicte, A Orléans, la noble Pucelle.

SAINTE SUAIRE

Vous devez aller au devant.

L'aller quérir et luy faire honneur; Et très bien y luy appartient, Qu'elle est digne de grant valeur Et Pucelle en noble cueur.

Puisque le Roy la nous envoyé.

Pensez que Dieu le créateur Lui a permis, c'est chose vraye.

VILLARS

Je suis bien contant y aller

Pour la conduire jusques cy. 11,600 Bien la vouldroye ouyr parler, Et aller vers elle à Checy, Si m'y offre à aller dessi Avecques vous en compaignie ,

Et dy qu'on le doit faire ainsi; ii,6o5 Elle en sera plus resjouye.

F^sgiv». LE PROCUREUR.

Nous sommes plusieurs de la ville Lesquelz yront avecques vous, Pour recevoir la noble fille

Et la mener icy à nous, 11,610 Pour la conserver devant tous, Et qu'elle ne soit rencontrée Des Anglois ; que il ont propoux Que par eulx sera arse et brullée.

BASTARD D'ORLEANS

Messeigneurs, qui vouldra venir 11,61 5

Droit à Checy, nous y allons; Mès aussi, pour vous advertir, A Saint Loup^ les Anglois y sont.

Et ung grant bouloart y font.

Dangier y est, comme je croy; 11,620 Pour y passer, ne le ferons, Mais yrons passer à Semoy.

' Ancien couvent situé à 3 kilomètres d'Orléans, où les Anglais avaient construit une forte bastille.

h^'x LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEANS.

Lors le Bastard d'Orléans accompaigné de plusieurs seigneurs, avec- F° 996 r°. ques des bourgeois de la ville, yront à Checy, et là trouveront la Pucelle, toute armée à blanc, et la salue le Bastard d'Orléans :

LE BASTARD D'ORLEANS

Jehanne de excellant renom, En qui est vertu et prudence ,

Dieu vous dont faire à vostre bon 11,625 Et acomplir vostre plaisence!

Je viens devant vostre presance Vous recevoir pour les François, Qui ont en vous grant confiance

Et très joieulx sont de vous vois. )i,63o

Je voi cy aussi les bourgeois

De la ville et cité d'Orléans,

Qui sont gens humbles et courtois

Et nous ont fait beaucoup de biens.

Voy les cy, je les vous présente, ii,635

Et bien je les vous recommande :

Ayment leur roy sur toutes riens;

Jamès amour ne fut si grande.

LA PUCELLE

De vostre salut humblement,

Monseigneur, je vous remercye; n.e/io F" 296 v°. Et estre venu si avant

Devers moy y n'appartient mye.

Dieu vous rende la courtoisie, Et à vous, mes amys d'Orléans.

En vostre ville la jolye 11,64.5 Je vueil aller incontinant.

LE RECEVEUR

Dame, bien soyez vous venue

Et toute vostre compaignie.

Vous serez à joye receue

A Orléans, la cité garnie,

Et toute vostre baronnie,

En ce que faire nous pourrons,

Sans nous espargner, je vous prie,

Mais tous obbeyr vous voulons.

LA PUCELLE

Quant il vous plaisa partirons, Messeigneurs, et je vous emprie.

Et à Orléans nous en yrons Ensemble et nostre compaignie.

BASTARD D'ORLEANS

Dame, ne vous en basiez mie, 297 r°. Que le plus tart si vault le mieulx. De peur du bruit, je vous affie.

Et du peuple qui sera joyeulx.

LA PUCELLE

Ce qui vous plaisa je le vieulx.

Allons donques tout bellement; Que pour aujourduy, ce mes dieux \ Toust ou tart, ne me chault comment.

Lors y a pause. — Et se melteroiit tous en ordonnance. Puis

LE BASTARD D'ORLEANS

Çà, dame Jehanne, y nous convient Aller, se c'est vostre plaisir; Que l'eure si est convenant Pour mieulx sus le soir parvenir.

' Pour se m'ait, si m'aide Dieu.

Et aussi, pour vous advertir, Anglois ont une bastille Sus nostre chemin, sans mentir, A Saint Loup, auprès de la ville; Mès nous yrons autre cousté.

De doubte avoir encombrement; Que s'i savoyent, de vérité, F" 297 v°. Nostre venue aucunement,

Nous donroyent empeschement Et feroient des maulx merveilleux,

LA PUCELLE

Ne vous en chaille nullement; Passons hardiment devant eulx.

Adont partiront, et viennent le chemin tout droit, et y a pause. — Et passeront par devant Saint Loup où seront les Anglois en leur bastille, desquelz nul d'eulx ne sauldra ne ne i'ei'ont aucun semblant de riens ; et viendront à la porte Bourgogne. Et à l'entrée, la Pucelle fait porter son estandart, au soir, à torches devant elle, armée et montée sur ung gros cheval blanc. Et cliascun de la ville va au devant d'elle. Et puis, après qu'elle est arrivée, dit

BASTARD D'ORLEANS

Dame Jehanne, la mercy Dieu, A Orléans vous estes venue.

F" 998 r'. En France n'est place ne lieu ii.685 Oij vous soyez mieulx soustenue; Que y n'est chose soubz la nue Où vous ayez vostre pensée , Soit petite, grande ou menue,

Qu'elle ne vous soit accordée. 1 1,690

Les bons bourgeois de ceste ville Offrent vous faire tout plaisir De ce qui vous sera agille,

Pour voz volentez acomplir.

Et les bourgeoises, sans faillir, Sont prestes vous faire service , Et vous festoyer à plaisir En tout qui vous sera propice.

LA PUCELLE

Monseigneur, je vous remercye,

Bourgeois et bourgeoises d'Orléans,

De vostre noble compaignie

Et dont vous me offrez tant de biens.

Le Dieu du ciel qui trestout rent,

Mes amys, le vous veuille rendre,

Et des anemis anciens

Vous veuille garder et deffendre!

Je vueil de présent envoyer

Deux herault devers les Anglois,

Qu'i me renvoyent mon messagier,

Qu'ilz ont retenu par faulx drois.

Et ont fait comme mal cOurtois

Des lectres que leur envoyé;

A tout le moins les povoient vois,

Mais retenir n'est pas la voye.

BASTARD D'OBLEANS.

Dame Jehanne, ainsi sera fait :

Vostre herault leur manderons, Et comment il ont trop forfait Dont ainsi retenu [vous] l'ont.

Si croy que y le vous rendront Si toust que leur auray mandé.

Ou tous les prisonniers que avons Morront, que je l'é commandé.

Sus, herault, faictes diligence Et entendez bien à mes dis :

Aller vous fault sans demourance Vers les Anglois, noz anemis, Leur dire que desplaisant suis Du messagier de la Pucelle, Dont i l'ont retenu et pris, Qui n'est ne licite ne belle; Qu'i lui renvoyent sans atendre Et qu'il en ont trop mal ouvré ; Que messagier n'est à reprandre Ne nul n'en doit savoir mal gré; Que quant ung messaige est livré Et leur allegances produictes, Le doit ung cliascun prendre en gré, Et s'en doivent retourner quictes.

Dy leur aussi pareillement La Pucelle en est mal contante, Qu'i le renvoyent diligamment, Sans en faire plus longue atente; Et que je tiens plus de quarante Eu mes mains de leurs prisonniers.

Que morir feray à tourmente, S'i ne le m'envoyent voulantiers.

PREMIER MESSAGIER

Monseigneur, nous acomplirons De très bon cueur vostre messaige.

Et en l'oust des Anglois yrons Leur dénoncer en bref langaige.

II' MESSAGIER

Nous acomplirons le voyage,

Et le messagier ranierrons

Par devers Jehanne, noble et saige,

Et tout leur voulloir rapporterons.

F° v". LA PUCELLE.

Je vous pry que vous faciez dont u,7.'i5 Que mon messagier je recouvre.

BASTARD D'ORLEANS

Ne vous doubtez que nous l'aurons, Et n'ayez jà peur qu'i demeure.

PREMIER MESSAGIER

Y nous fault aller grant aleure

Devers les princes des Anglois, 11,760 Qui sont de grant estature Et fort terribles gens à vois.

I" MESSAGIER

Très nobles et puissans barons, Duc et contes de grant valleur, Possidans terres, régions, En qui est proesse et honneur.

Ainsi que par ambassadeur, De par le Bastart d'Orléans Et de par Jehanne, au noble cueur, Noble, saige et advenant.

Vous mandent que leur envoyez Le messagier de la Pucelle.

F° 3oor'. Incontinant, sans délayer. Sans extorcion cruelle. Renvoyez le par devers elle Et ne le vueillez retenir;

Mal ne doit avoir pour icelle, Ne nulle autre peine encourir.

II' MESSAGIER

Monseigneur le Bastard vous prie Que vous ne le retenez plus; Ung ambassadeur ne doit mye Avoir aucun mal, sus ne jus.

Pour quelque façon ou abus Ou quelque chose qu'il apporte, N'en doit avoir aucun rébus; Tout temps messagier en supporte.

TALLEBOT.

C'est à toy parlé hardiment!

Et comment es tu si hardy De parler si villainement?

Saiche que tu en seras pugny.

Ne comment ose tu venir Ambassader pour la paillarde, Que je feray en ung feu morir, Et le luy promès, que qu'i tarde?

C'est une ribaude prouvée, Venue d'estrange pays; Le diable l'a bien amenée Et fait delesser ses amys.

En despit d'elle si est mis Au plus destroit de mes prisons Son messagier, et est soubzmis Endurer tous les jours grillons.

PREMIER MESSAGIER

Messeigneurs, je vous diray dont

Que Baslard d'Orléans si vous mande

Tous voz prisonniers qui- là sont

A Orléans et de vostre bande,

En fera une grande escande.

Si est qu'i les fera tous morir,

Si le messagier qu'i demande,

Ne le veullent lesser venir.

11° MESSAGIER

Dit aussi voz ambassadeurs Qui de présent sont à Orléans, Pour paier les rançons d'iceulx Qui sont prisonniers de présent, Ne lerra venir plus avant.

Se le dit herault ne rendez.

TALLEBOT.

Il est maleureux et meschant De celle putin contanter!

FACESTOT.

Lieutenant, pour Dieu ne vous chaille : Luy bailleroie leur messagier. D'elle ne luy n'est rien qui vaille; Baillez leur pour tout abréger.

Y nous en peut venir dangier Et traveil à noz bons amis; Pour ung peu se vouloir vengier, Cela n'est que faulte d'avis.

SUPPORT

De ceste oppinion je suis.

Et est bien raison voirement.

m LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEANS.

Puisqu'elle a en sa teste mis,

Ne s'en depportera autrement. h,8Ho Vous savez que communément Que quant une femme s'arreste A peu de chose ou autrement, Jamès n'en fera riens qu'à sa teste.

ESCALLES.

Cela ne vault pas le parler; 11,8.35 Envoyer vous le devez faire.

F°3oi y". Le Bastard veult obtempérer

Tant seullement pour luy complaire.

Vous savez, c'est une bergiere

Qui vient encore tout droit des champs; ii.<s'io Y se moquent d'elle en derrière.

Et ne sera d'elle que tout vent.

TALLEBOT.

Sà, messagier, je suis contant Luy comjîlaire pour ceste foiz.

Au très noble Bastard d'Orléans, \\.i<uh Qui me requiert de cueur courtois; Mès non pourtant, avant ung mois, De la faulce putin, ribaulde.

Je feray par armes et droit

Que je la garderay estre baude. h.sôo Lors luy bailieront leur herault Jyé et enferré. Puis le deferreul et deslyeiil. et

dit

PREMIER MESSAGIER

Tu peux bien compter maintenant Et dire de ton adventure.

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