‹ Le mistère du Siège d'OrléansChapitre 105 sur 154 · EVREUX · texte numérisé non relu

EVREUX

Or sus donques, ainsi soit fait.

La chose est très bien advisée, Que s'i se trouvent là endroit.

Leur vie n'aura plus de durée.

Faire y fault une grande allée Afin qu'i viengnent à monceaulx, Que se l'on mange chair sallée, On leur fera boire des eaux.

MENTE

Faire le fault secrètement Devers la nuyt, comment qu'i soit, Sans faire bruit aucunement.

Par bons ouvriers et gens de fait.

Et, qui vouldra, j'en prans le fait De ceste chose là parfaire,

Et de faire vostre retrait,

Que j'entend toute la matière. 12,510

GLASIDAS.

Monseigneur, mès je vous emprie Qui vous plaise en prendre la charge; Que ceste femme trop m'ennuye Et qui nous a fait tant oultraige.

Mesmement, si luy meult coraige, 1 9,51 5

Elle nous vendra assaillir; Faisons dont à vostre avantaige Pour les François faire périr.

MENTE

Ne vous en doubtez nullement.

Je feray si bien la besoigne Que il en morra largement, Dont François auront grant vergoigne.

Et se la folle ne s'esloigne, Elle pourra venir cy près Qu'elle y demourra, qui qu'an groigne, Et ceulx qui la suyvent après.

Lors yront rompre deux arches du pont, et feront une planche, — Pose longue. — Et puis dit

F°3l8^^ NOSTRE DAME.

0 cliier filz, doulcement vous prie, Vueillez conduire la Pucelle; Que la chose soit acomplie.

Ainsi l'avez promis à elle. 12,530 Elle vous est très humble et belle.

Obéissant en tous voz dis; Plaise vous donc par icelle

De recouvrer les fleurs de lis.

C'est vostre petite servante; Veuillez la, mon chier filz, conduire.

En vous elle met son entante, Gomme luy avez fait produire.

Elle est en danger de martire, Et très grant besoigne entrepris; Secourez la, mon très doulx sire, A confondre ses anemis.

SAINT EUVERTRE.

Mon chier seigneur, tant que je puis, Vueillez vostre fdle garder, Et ceulx d'Orléans, vos bons amis, Vueillez en pitié regarder; Que se ne les contregardez, Il auront de bref fort à faire.

Pere, se vous n'y entendez, Pourront cheoir en grant misère.

SAINT AIGNAN

0 Dieu très digne et glorieux, Ayez pitié de vostre fille, Laquelle est en dangier périlleux, Qu'i n'en est de plus difficille; Aussi à vostre povre ville.

Dont vous pleust que fusse patron.

Que par fortune layde et ville Ne soit mis à destruction.

DIEU

J'ay bien à mon intention

La vouloir garder et deffendre,

Et mectre à exécution

Ainsi que luy ay fait entendre.

Non pourtant qu'elle est jeune et tendre,

Endurra beaucoup de diffame;

Mès, à la fin, je la vueil prandre

Et mectre en mon royaulme son ame.

Ad ce que je dis parvendra,

Dont ne sera sans grant torment,

Et beaucoup de peine endurra

Pour le royaulme tant seullement.

Le Roy aura recouvrement

Par elle, ainsi que je l'ay dit,

Sans que les François nullement

Y ayent honneur ne esdit.

Vous Euvertre, et vous Aignan,

Allez à Orléans la garder.

Et aydez sur toute rien

A la Pucelle et entendez.

Gardez la ville et deffendez

Que ne soit gastée et destruicte,

Et à ceste fin contendez;

Je vous en baille la conduicte.

SAINT EUVERTRE.

Chier sire, je vous remercye De i'onneur et du grant plaisir Que la cité ne soit perye.

Laquelle estoit en grant péril.

Nous voulons à vous obeyr Et ensuyvre vostre ordonnance.

Puis qu'i vous plaist la secourir, C'est par vostre begnivolance.

SAINT AIGNAN

0 Dieu , de divine puissance Quel don faictes vous à Orléans, Quant leur monstrez tel excellance Et leur conservez tant de biens!

Jamès ne sera eulx ne les siens, Toute leur generacion, Que de ce ne soyent souvenant Vers vous, en grant devocion.

DIEU

Allez et partez d'icy sus; Voz anemis convainquerez Par la Pucelle et subjuguerez, D'icy à cent ans, voire plus.

SAINT EUVERTRE.

Puisque ainsi avez conclus.

Nous yrons Orléans conserver.

DIEU

Allez et partez d'icy sus; Voz anemis convainquerez.

SAINT AIGNAN

Vostre voloir sera mis sus Et les anemis conjurez, Qui ne pourront persévérer A leurs faulx deliz et abus.

DIEU

Allez et, partez d'icy sus;

Voz anemis convainquerez F" 3-20 r". Par ia Pucelle et subjuguerez D'icy à cent ans, voire plus.

Adont y a pause de tous instrumens. — Et viendront saint Euverte et saint Aignan sur les murs de la ville d'Orléans, et puis feront le signe de la croix par toute la ville, et sur les Anglois les seigneront, et benisteront la Pucelle et les François. Puis dit

Messeigneurs et mes bons amis, 12,615 Il est temps d'icy de partir.

Pour aller voir noz anemis Qu'i sont ainsi volu venir.

Il les fault faire deppartir

Et les chasser d'autre cousté, 12,620 Qu'i vous ont fait grant desplaisir Bien huit mois qu'il y ont esté.

Traverser nous fault la rivière , Puis aller à Saint Jehan le Blanc \ Desployer là nostre baniere, 12,625 Qu i sont fortiffiez dedans.

F" 320 v°. Soyez vertueux et puissans, Aujourd'uy aurez fort à faire; Mès en Dieu soyez confians.

Et y vous donra la victoire. 12,680

LE BASTARD D'ORLEANS

Dame Jehanne, à vostre voloir Nous ferons et vostre ordonnance, Et chascun y fera devoir A frapper d'espieu et de lance.

Et avons fait grant diligence 12,635 ' Village sur la rive gaucho de la Loire, qui touche aujourd'hui au faubourg du Portereau.

Que on a besoigné ceste nuyt , Et fait très grande provoyance, Sans avoir fait noise ne bruyt.

LA HIRE

Quant y vous plaisa partirons, Que tous voz gens sont appoinctez, Abiiïez, gentilz compaignons.

De quatre mille bien comptez. Où y vous plaisa les bouter Et employer à vostre guise, A vous servir de tous coustez Et en faire à vostre devise.

GRAVILLE

Vous voyez très belle entreprise.

Dame Jehanne, et bien ordonnée, De grant façon gens exquise Et tous de très grant renommée , Pour vous servir disposée En tous cas à vivre et morir.

Si partez dont, si vous agrée; Loyaulment vous veullent servir.

LA PUGELLE.

En nom Dieu , je prans grant plaisir Et croy qu'i sont loyaulx et bons; Aujourd'uy pourront acquérir Victoire dessus ces Godons.

Et vous pry que advisez dont A y aller sans plus attendre, Et comme au droit des Bouterons Nous conviendra là tous descendre.

YLLIERS.

Tout est prest, n'en différez plus, Et toute vostre artillerie;

N'est celuy qui ne soit mis sus 12,665 A vous servir à chiere lye, F" dit v°. Vous avez belle compaignie,

Dame Jehanne, et très fort honneste.

LA PUCELLE

Vous tous, messeigneurs, vous mercye.

De par Dieu! partons; je suis preste. 19,670

Adout icy y a pause de trompetes, clairons. — Et tous, en belle ordonnance, leurs estandars desployez, partent et yront descendre au droit des Boulerons, et là s'assembleront tout ensemble. Puis dit

LA PUCELLE

Vous, Bastard d'Orléans, je vous prie Que nous pragnions Saint Jehan le Blanc; Derrière ne les lessons mie, Que y nous seroit trop nuysant.

Soyez hardy, preux et vaillant, 12,675 Et gardez que nul n'en escliappe ; Suyvez moy, venez en avant, Que je vois assaillir la place.

F" 32 2 1". Puis icy les François feront ung grand cry, et viendra la Pucelle contre Saint Jehan le Blanc et tous les François, qui impétueusement, de force d'armes, prandront Saint Jehan le Blanc; et ce pendant de là saillent ceulx des Torrelles : sonneront leur beffray et se armeront et se metteront tous en belle ordonnance pour venir secourir Saint Jehan le Blanc; mes avant la Pucelle entrera dedans la bastille Saint Jehan le Blanc, et tueront tous les Andois de dedans. Puis dit

GLASSIDAS

Messeigneurs, voilà les François

Qui assaillent Saint Jehan le Blanc; 12,680 Ad ce nous y fault bien provois, Qu'i mettront à mort tous noz gens.

Mes amys, soyez diligens, Et les allons tous secourir,

Si ne soyons negligens, 12,685 Qu i sont pour les faire morir.

FOUQUAMBERGE.

C'est ceste infâme paillarde Qui a les François amenez; F" 322 v°. Y nous fault prandre la coquarde,

Qui veult les François gouverner. 12,690 Or sommes nous mal fortunez Que, pour ceste faulce truande.

Nous ne savons quel part tourner, Qui nous est une grande escande.

BAILLY D'ESVREUX.

Pour y aller nous fault entendre 12,695 Sans nous effrayer nullement, Et tacher tous la voloir prandre, Y entendre soigneusement.

En armes tous généralement

Nous sommes de cinq à six mille, 12,700

Pour les destruire vaillamment

Et pour prandre aujourd'uy leur ville.

MENTE

Messeigneurs, tous en ordonnance

Voy les là vers le champ aux cordes;

Monslrer nous fault nostre vaillance.

N'ayez en vous nulles discordes,

Et tuez sans miséricordes

Les François, sans les espargner,

Et n'ayez pas peur qu'i vous mordent;

En leur sanc me feray baigner.

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