‹ Le mistère du Siège d'OrléansChapitre 106 sur 154 · PONT · texte numérisé non relu

PONT

Encore esse plus grant honte A ces François de la souffrir, Et leur deshonneur les surmonte Qu'i la veullent ainsi suyvir.

Ne savoyent plus où fouyr; Mes sont en ceste fantasie Qu'i vont après comme berbiz.

Par son art et enchanterie.

GLASIDAS.

Las! messeigneurs , je vous emprie, Allons sur eulx diligemment; Se nous tardons, je vous affie, Métrons noz gens à sacquement.

LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEANS. A97 F" 3a3 v°. Et de vray, je scay vrayement Que noz gens y ont fort à faire; Secourir les fault prestement Et courrir sur ceste bergiere.

Lois, tous en ordonnance, les Anglois sauldront des Torrelles et bouloart, et viendront à Saint Jehan le Blanc, oii y trouverront tous les Anglois mors et Saint Jehan le Blanc pris de la Pucelle. Et les François et la Pucelle se seront tous retralz en un ysle sur la rivière, audessus de Saint Jehan le Blanc. Et adonl les Anglois se metleront tous en bataille devant les François. Et incontinent sault la Pucelle et puis La Hire après contre la puissance des Anglois. Et puis après tous les François suyveront et entreront très impétueusement, et y a grant bruit et fait d'armes et grant vaillanlises, tellement que les Anglois seront contraincls eux recuUer et poursuys jusques à leur bouloart et Torrelles. Et la Pucelle et les Fran- F° 32^1 r". çois prandronl les Augustins fortilhez des Anglois, et y trouverront grant quantité de prisonniers enferrez et Ivez, François que les Anglois là tenoient. Et la Pucelle et les François tiendront là le siège, et y vouldra coucher toute la nuyt. Et dit

LA PLCKLLE.

Il est aujoiird'uy vendredi, 11,735

Ce Vl^ jour de may,

Où nous avons, la Dieu inercy,

Noz anemis mis en esmay.

Que, ainsi cotiiine je le croy,

Y n'ont pas éu Tavantaige, 12,740 Mès un très piteux dosarroy

Ont eu et ung grant doinniaigc.

Y nous convieul mesliuil tenir Gy devant contre les Torrelles,

Que nul d'eulx n on puisse saillir 13,745 Par quelques façons ou caulclles.

Y nous sont divers et rebelles Et en France les maislres lonl :

Mès en bref temps froides nouvelles De leur cruaulté en auront.

Dame Jehanne, vous estes lasse Et avez très fort travaillé ; Prenez loisir, temps et espace Que vostre corps ait sommeillé.

Vous avez aujourd'uy veillé Sans avoir en aucun repoux, Et grant assault avez baillé, Qu'il ont esté très bien secoux.

LA HIRE

Dame Jehanne, nous ferons tous Vostre plaisir, n'en doubtez point.

Saint Jehan le Blanc si est à vous Avecques les Augustins, Où des prisonniers avoit mains François, souffrans tormens divers, Lesquelz avons mis en voz mains.

Quant par vous y sont recouvers.

GRAVILLE

Jehanne , vous avez cy conquis Honneur et très grant vaillantise.

Quant vous avez voz anemis Gombatuz, tout à vostre guise.

Et leur armée avez soubmise, Deschacée en leur bouloart.

Bonne a esté vostre entreprise, Je congnois qui sont à désert.

YLLIERS.

Jehanne, par vostre bon conduit François sont venuz au dessus; Saint Jehan le Blanc avez destruit, Et sont fort les Anglois confuz.

Si ne reste mès au seurplus Que puissiez avoir les Tourelles, Ainsi que vous avez conclus; Se leur seroit niaises nouvelles.

SAINTE SUAIRE

Dame Jehanne, que dictes vous?

Volez vous cy siège tenir, Ainsi que par vostre propoux Vous avez volu maintenir ?

A peine y pourrez parvenir; Leur bouloart est deffensable, Puis les Tourelles sans mentir, Qui est ung lieu trop imprenable.

BARON DE COLUNCES.

Dame, je ne puis y comprandre Les Torelles puissiez avoir.

Ne je ne le puis pas entendre; Que les Anglois ont grant povoir, Comme povez appercevoir, De leurs fortifficacions, Et ont leans ung grant manoir, Artillerie, pouldres, canons.

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