D'ILLIERS
Je ne pourrois cecy entendre.
Si promptement recommancer. ' Ny n'est nul qui le peut comprandre, Ne qui s'en voulsist avancer.
Plus de quatre heures sans cesser Avons esté icy devant, Et comme vousj)ovez penser Advancez ne sommes de riens.
SAINTRAILLES
INoz gens estoient frois, reposez, Preux, vaillant et victorieux, Et s'estoient disposez De faire l'assault oultrageux.
Lequel a esté merveilleux; Mès encore n'y avons riens fait.
Y retourner n'est pas le mieulx; C'est pour nostre oust estre deffait.
SUAIRE
Dame Jehanne, nul n'est contant De présentement y retourner.
Et aussi, comme je l'entant,
Y fault des blessez ordonner, Et qu'i soient bien gouvernez.
Que les plus vaillant navrez sont.
Si ne vueillez déterminer
Que meshuit beau fait n'y feront.
LA PUCELLE
Mes amis, c'est mal conseillé, Et je vous diray bien comment : Vous avez icy esveillé Et monstré un grant hardement, Oii vous avez certainement Travaillé fort vos anemis.
Et les avez en grant torment Boutez plus qu'i ne vous ont mis.
Quant de présent les assauldrez,
Y se trouverront esbayz,
Que y sont beaucoup travaillez, Qu'i ne savent que devenir.
Et s' esbayront sans mentir Où aurez pris ceste puissance;
Y se trouverront desconfiz
Et tous boutez hors d'ordonnance.
Vous savez qu'i sont mas et las, N'y ont plus force ne puissance; Delesser ne les devez pas, Mès les assaillir à oultrance.
Y ne pevent avoir recouvrance De nul qui soit pour le présent; Par quoy n'ont nulle espérance Résister aucunement.
POTON
Dame Jehanne, je vous suivray, Et croy en voz dis fermement; L'assault je recommanceray Encor plus oultrageusement.
Faictes sonner diligemment Trompetes et grant bruit ensemble; Les espoventez aucunement :
N'y aura d'eulx nul qui ne tramble.
BARON DE COLUNCES.
Je ne demeuray pas derrière.
Quant la Pucelle se présente.
Mes gens, qui sont soubz ma baniere,
Me suivront la droicte santé, Et y feront bien, je me vante, Leur devoir, sans nul contredit.
Sy n'en vueil plus faire atante.
Puis que ainsi a esté dit.
BASTARD D'ORLEANS
Dame Jehanne, puis qu'i vous plaist, A voz diz on obbeyra, Et quant vous vouldrez tout est prest.
Ung chascun de nous vous suyvra, Et tout le mieulx que on pourra On parfera vostre entreprise, Ne nul ne vous contredira Que n'en faciez à vostre guise.
LA PUCELLE
Messeigneurs , ayez bon coraige,
Aujourd'uy serez victorieux,
Et se vous avez ce passaige,
Jamès ne sera parlé d'eulx.
Si devez bien estre soigneux
De voloir avoir ceste place,
Qui vous est le plus dommageux
Et qui plus de mal vous prochasse.
En nom Dieu, je vois commancer,
Et qui m'aymera si me suyve.
Pour noz anemis dechasser.
Afin que du royaulme on les prive,
Ne qu i n'ayent nulle baillyve
En France, ne ung seul pié de terre.
Ne que plus nul Anglois y vive,
Mès s'en aillent en Engleterre,
Lors les trompetes sonneront de plus fort en plus fort, et seront les Anglois tout esbayz de voir telle puissance revenir sur eulx, et y a ung F° 3/10 r". gi'ant assault. Et ceulx de la ville sonneront et sauldront pour venir secourir la Pucelle et gens d'armes, et feront des planches de bois pour venir aux Tourelles et passer sur les arches rompues, et puis viendront ayder au bouluart de la Belle Croix, et de si grant force d'un coustë et d'autre que les François gaigneront le bouluart des Tourelles. Et se retrayront Glasidas et autres cappitaines, grand nombre d'Anglois sur le pont, lequel avoyent rompu; et tout à coup cherra ledit pont soubz lesdits Anglois , et seront tous noyez : c'est assavoir Glasidas , le sire de Pont , le sire de Molins, le bailly de Mente et plusieurs autres. Et furent prises les Tourelles d'assault et tout tué, fors que ung peu de prisonniers qu'on amena en la ville. Et puis [après] icélle pause et bataille dit
LA PUCELLE
Nobles et vaillans chevaliers, Qui par voz puissans faiz entiers F" 3/40 v°. Avez acquis louenge et gloire,
Encontre Anglois félons et fiers, i.3,/i3o
Qui tant ont fait de destourbiers ,
Il est évident et notoire.
Or est vray et c'est chose voire
Que sur eulx avez eu victoire,
Allencontre vos anemis; i3,Zi35
Mès doit ung chascun de vous croij'e
Que Dieu a volu cecy faire.
Et par luy les avez soubzmis.
Si ne vous fault plus riens doubter,
Puisque les avez déboutez ■id,iiUo
Des Tourelles et ruez jus,
Et que les avez surmontez;
De leur grant orgueil desmontez
Les avez et de leurs abus. -
Je dy à ce coup sont confus ^ i3,4Zi5
Que de puissance n'auront plus Encontre vous, loyaulx François.
Y sont tous noyez et perdus Et sont vostres, il est conclus, Mercy à Dieu, le roy des roys.
Si fault adviser nous retraire, Remercyer le Roy de gloire, Qui a conduit ceste euvre ci; Puis penserons de nostre affaire, De nostre entreprise parfaire.
Pour nous bouter hors de soucy; Que avant peu de temps d'icy J'é espoir, la Dieu mercy.
Que jamès d'eulx ne sera nouvelle.
Quelque cueur qu'il ayent endurcy,
Y n'en auront autre mercy.
Que il ont mauvaise querelle.
Des Anglois n'est nul réchappé Qui ne soit pris et atrappé.
Ainsi comme est l'oiseau en caige; Leur passaige avez estouppé
Et ung chascun d'eux occuppé Si bien qu'il ont eu le dommaige.
Mesmement eulx, par leur oultraige, Ont produit la voye et passaige ' Pour nous vouloir desavoyer; Mès souvent qui brasse potaige Ne vient pas à son avantaige, Car eulx mesmes ce sont noyez.
Et de vray, ainsi que j'entant, De leurs chefs et tous les plus grans Estoient en leur compaignie, Les plus nobles, les plus vaillans
Des Anglois estoient leans, Lesquelz ont tous perdu la vie.
Donques devons à cln'ere iye Remercyer Dieu et Marie De la grâce qu'i nous a faicte, De nous oster telle mesgnie.
Tel gent du royaulme anémie, Nacion de gens imparfaicte.
BÂSTARD D'ORLEANS.
Certes, Jehanne, vous dictes bien; Nous devons tous mener grant joye Et louer Dieu sur toute rien :
Chascun en doit prandre la voye.
Je voi cy la plus belle proye Qui ou royaulme fust onques faicte, Et dont à vous l'onneur octroyé, Que ceste chose avez parfaicte.
LE VICONTE DE TOUARS, sire d'Amboise.
Glasidas est noyé sans doubte, Avecques luy plusieurs barons Qui avoyent une grant route.
Et tous fors hardiz compaignons, Les plus vaillans qui furent ont Sailliz et venuz d'Angleterre; Si sont avecques les poissons :
Y ne les fault point ailleurs querre,
LE SIRE DE LA TOUR , baron d'Auvergne.
Le sire de Pont est noyé, Qui estoit avec Glasidas,
Prince cruel et desvoyé
Pour faire des maux ung grant tas,
Lequel ne nous espargnoit pas.
Aussi bien le bailly de Mente,
De MoKns a passé le pas;
Il est en Loire, je me vente.
MESSIRE LOYS DE CULAN
Y sont noyez plus de trois cens Gomment disent noz prisonniers, Les plus nobles, les plus vaillans, Et les plus hardiz chevaliers, Qui eussent paie grands deniers Quant à renson se fussent mis.
Quant la mort les en a desmis.
LA HIRE
Nous y avons ung grant dommaige Qui ne sont dedans noz prisons, Que d'or et d'argent grant truaige Eussent paié pour leurs ransons.
Mès, puisque noyez ainsi sont, D'iceulx ne nous fault plus enquerre; Leurs compaignons dire pourront Que plus n'iront en Angleterre.
POTON
Jamès ne fut telle conqueste Sur les anemis aticiens.
Ne en assault, bruit ne tempeste Ny en fait d'armes si vaillant.
Anuyt, depuis souleil levant, N'a onques cessé la bataille.
Jusque près de soulcil couchant, A frapper d'estoc et de taille.
MESSIRE CERNAY, arragonnois.
Pucelle, dame de renom, A vous en appartient l'onneur, Et le bailler le vous doit on Sans qu'il y ait autre seigneur.
Avez esté le conducteur De ceste besoigne cy faire; A vous, Pucelle de valleur, Si en est le lous et victoire,