‹ Le mistère du Siège d'OrléansChapitre 113 sur 154 · PIERRE DE LA CHAPPELLE · texte numérisé non relu

PIERRE DE LA CHAPPELLE

L'assault a esté oultrageux.

Que du matin, souleil levant, On n'a point eu repoux contre eux Qu'i n'ait esté souleil couchant.

Il est samedi, et pourtant 13,570

Me semble estre bon soy retraire

Et se refroichir à Orléans,

Que n'est nul Anglois qui appere,

LA PUCELLE

Bien dictes, mes loyaulx amis,

Mès y ne se fault pas haster 13,575 Que par nous bon guet ne soit mis Par la ville et de tous coustez.

Anglois si sont à redoubter De leur faulce et maise pencée,

Que croyez qu'i sont irritez i3,58o Dont il ont perdu la journée.

F" 3i'i r". Sur les murs nous fault mectre gens Et faire garder les Tourelles, Que plus depiz sont que chiens

Dont leurs besoignes sont ytelles, 13,585 Qui leur sont rudes et cruelles A leur voir souffrir ceste chose, Que de leur chappeau et querelle Il ont perdu leur belle rose.

Or allons donques, par Jhesus, 13,590

Ung peu nous reposer meshuit,

Et puis penserons au seurplus

A nostre fait sans mener bruit.

Puisqu'ainsi que Dieu nous conduit,

Tenuz sommes le mercyer, 13,595

De très bon cueur, de jour, de nuyt,

Et grandement le regracier.

Lors viendront, et à l'entrée de la ville les douze de la ville viennent au devant. Et dit

LE RECEPVEUR.

Dame, bien soyez vous venue Et toute vostre compaignie!

Par vous grant joye est survenue ■ 1 3,600

Aux citoyens que Dieu begnye.

Quant, par vostre chevallerie, Nous apportez telles nouvelles, F" 3itii v°. Que de nostre gent anemye

Avez bouté hors des Tourelles. i3,6o5

IP BOURGEOIS

Dame, humblement vous mercyons De la grant peine que avez prise, Quant par voz faiz ainsi voyons.

Et par vostre noble entreprise.

Que ceste cité avez mise i3,6io En joye et en solempnité;

Que ceste place qu'avez prise Nous tenoit en captivité.

IIP BOURGEOIS.

Pucelle de haulte excellance.

Bien sommes tous tenuz à vous, Quant par vostre très grant vaillance Les Tourelles avez recous, Qui est ung si grand bien pour nous Et pour ceste cité notable; Vostre renom par de sus tous ' Tant que le monde sera estable.

LA PUCELLE

Mes amis, Dieu en soit loué. De la victoire à nous donnée; Gliascun doit bien estre voué F° 3/i5 r°. Le mercyer de la journée. 18,625 Faictes sonner toute nuytée Toutes voz cloches sus et jus, Et à haulte voix desployée Chantez Te Deum laudamus.

Lors yci y a grant pause et grant bruit en la ville de joye et resjouyssenient; toute nuyt sonner, trompilier et cryer Noé. — Puis dit

TALLEBOT.

Dolleur et angoisse m'estraint » io,63o

Que je ne scay à qui le dire;

Du deul que j'ay le cueur me taint

Tant suis remply de deul et d'ire.

Mon corps endure tel martire

' Ancienne leçon :

Qire tenuz nous sommes à vous.

Qu'il est prest à desespoir; Jamès ne le puis avoir pire Ne que me pourroit tant doloir.

0 et Dieu quelle journée !

Or sont tous mes bons amis mors, Noyez, tuez, mis à l'espée, Sans en estre misericors!

0 faulce putin, de ton corps Je m'en vengeray se je puis, Que, avant qui soit ung an hors, Morir te feray sans mercy.

Glasidas, vaillant cappitaine, D'Angleterre le plus vaillant, Pour vous j'endure moult de paine Autant que homme qui soit vivant.

Donner vouldroye mon pesant D'or fm, et vous fussiez en vie; Ou avec vous estre presant :

Helas ! mort tu ne fusse mie.

Vous aussi, le sire de Pons, Vous estes mort avecques luy; Vous estes ung des vaillans hons Qui fut en tout nostre party.

Le sire de Molins aussi, Et le noble bailli de Mente, Et d'autres dont j'ay tel souci Qu'à peine que je ne carvente.

0 fleur de toute noblesse, Fleur de vaillance et hardiesse, A ce coup cy estre perdue !

D'Angleterre la grant proesse Honneur, vaillantise et largesse.

Bien vous avez esté deceue.

Je ne scay qui vous a demeue,

Ni qui vous a ainsi polue,

Veu que vous estiés si puissant;

Je ne croy pas que soubz la nue

Y eust gens à vostre value,

Ne qui fussent si suffisant.

Par le hault Dieu où je me fie,

Je renonce à chevallerie

Si de la putin ne me venge,

Et des François leur felonnye;

Dix mille en perdront la vie.

Se jamès en guerre me renge ,

Mon cheval feray baigner en fange

Des François, jusques à la sangle,

En leur sang, de ce me fais fort;

Ny aura privé ne estrange

Ne sy hupé que je ne plange,

Et que je ne le boute à mort.

Arou! arou! arou! j'enrage.

Je sens en mon cueur telle rage

Que je ne say que devenir,

Quant y me souvient du dommaige

Que je voy, devant mon visaige,

Ainsi povrement advenir,

Et mes bons amis définir,

Les plus vaillans qu'on peust choisir.

Tuez, noyez piteusement.

Plus ne demande que morir.

Ou m'en venger du desplaisir

Contre François cruellement.

DUC DE BETEFORT.

Sachez, le desplaisir est grant,

Et n'est nul à qui n'en desplaise; Mès si ne faut il pas pourtant Que en souffrez telle malaise.

Y convient que on se rapaise Sans démener tel desplaisir; De ce dommaige ce nous poise, Et en sommes tous bien marriz.

LE SIRE D'ESCALLES.

Y fault penser de recouvrer, Les mors mectre en sépulture, Et pescher ceulx qui sont noyez Pour mectre en terre saincte et pure.

Et supportez ceste adventure

Tous le plus gracieusement, Combien qu'elle nous soit fort dure; Mès aller n'en peut autrement.

LE DUC DE SOMBRESET

Sire Tallebot, je vous prie, Que vous preignez coraige en vous, Et ne vous desconfortez mie; Je vous empry, amy très doulx.

Vostre deul et vostre couroux Nous fait nostre sens bestourner.

Et ne pouvons avoir repoux Dont tellement vous démenez.

CONTE DE SUPPORT

Tallebot, vous estes prudent Et bien apris de toute guerre; Soubz le ciel n'est nul plus vaillant Que vous qui soit dessus la terre,

Et qui pour perdre ou pour conquerra, De cela vous estes apris :

Si dy encor povez acquerre Et à la fin avoir le pris.

LE SIRE HONGREFORT.

Point ne se fault desconforter, 13,780 Que encor n'avez tout perdu; Orléans pourrez reconquester Une autre foiz, en temps et lieu.

Se de présent nous est esleu

Avoir fortune en nostre guerre, 13,735 Y n'est pas dont pour tant conclu Autre foiz ne doyons acquerre.

MESSIRE JEHAN DE LA POLLE

Sire Tallebot, vous savez Toute fortune de bataille,

Et considérer le devez : 13,760 Fortune à qui elle ^ veult le baille.

Peu de gent et de menu taille Abat souvent grosse puissance; Fortune en fait et en détaille F°3i7v°. Tout bien souvent à sa plaisance. • 18,745

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