‹ Le mistère du Siège d'OrléansChapitre 114 sur 154 · ALIXANDRE DE LA POLLE · texte numérisé non relu

ALIXANDRE DE LA POLLE

Nulluy ne se doit esmouvoir Des grans fortunes de la guerre; C'est pour y perdre ou pour avoir :

Nulluy n'est point sceur y conquerra.

A qui y survient le tonnerre 13,760 Ne se peut de ce garantir; ' Lisez comme s'il y avait el.

C'est la planète qui cleffeiTe Les combatans, à son plaisir.

FOUCAMBERGE.

Ne parlons plus de tout cecy.

Penser nous convient autre affaire

Et lesser tout cela ainsi,

Sans soy donner tant de misaire.

Noz amis nous convient retraire

Qui sont mors, et chanter pour eulx,

En faisant à Dieu la prière

Que leurs ames preigne en ces cieulx.

LE SIRE D'ESCALLES.

Oultre plus, fault tenir conseil Et assembler nostre puissance, Et de nostre dueil et traveil

Y mectre aucune pourvoyance.

A Saint Poais avez abondance De nobles gens et vertueux; Faictes les venir en présence.

Et puis vous parlerez à eulx.

MESSIRE SIMON MOYHIER.

Le pleur n'y vault ne le gémir;

Y fault que ce deul nous passions.

Tous voz gens fault faire venir

Et ouyr leurs oppinions ,

Et aussi leurs intencions.

En ceste nuyt de samedi

Et ne fault pas que nous dormions;

Mes faisons bon guet, je vous pry.

MESSIRE THOMAS RAMETON.

Tallebot, vous commanderez A voz trompetes, je vous prie, Chçiscun se vueille préparer Venir vers vostre seigneurie, Sans leur monstreV chiere esbaye Ne qu'i vous touche tant au cueur.

Faictes ainsi, je vous supplie.

Et demonstrez force et vigueur.

TALLEBOT.

Ha! quelle journée doloreuse.

D'avoir perdu ce bel joyau De ceste place vertueuse, Et qui tant François menoit beau !

Nous croyons tout le Portereau Et la ville jà presque prise; A recommancer de nouveau Sommes et de nostre entreprise.

Et encore ay plus de doleur De Glasidas et de sa bande.

Qui me touche tretout au cueur, Qu'onques je n'euz doleur si grande.

Mès à voz diz vueil qu'on entende, Que tous nos princes assemblions, Et puis après qu'on leur demande Leurs advis et conclusions.

Sus, messagier, va sans atendre En la bastille de Saint Pois :

Que chascun d'eulx se vueille rendre Devant moy, à tous leurs harnois.

Aux aultres compaignyes yras

Leur faire par moy ce messaige,

Et à tretous tu leur diras

Qu'i vieDgnent sans plus de langaige.

MESSAGIER

Monseigneur, de très bon coraige 1 3,810

F° 3/19 r". Le vois faire à tous assavoir.

TALLEBOT.

Va et faiz bien ton messaige; Et qui s'en viengent dès ce soir.

MESSAGIER

Monseigneur, je feray devoir

Envers toute la seigneurie : 1 3,81 5

Vous en pourrez appercevoir.

TALLEBOT.

Fais diligence, je te prie.

Lors y a pause.

MESSAGIER

Messeigneurs, Dieu vous doint honneur, Joye, santé et bonne vie.

ROBIN HERON, cappitaine.

Qui a yl?

Il y a douleur. 13,820

ROBIN HERON

N'a pas [joye] ?

F" 3^9 v°. MESSAGIER.

N'en doubtez mie.

Monseigneur vous mande et vous prie Que tous viengnez par devers iuy, Et toute vostre compaignie, Bien armée et en point aussy.

ROBIN HERON

Par tous les sains, nous doubtons bien Qu'il y a ung très grant dommaige En noz gens, ainsi que je tien.

Et ung très grant vilain oultraige.

Glasidas gardoit le passaige i3,83o Et tout le pays de là l'eau, Et tenoit à son avantaige Les Torrelles et Portereau.

MESSAGIER

Messeigneurs , venez vistement

Dès ce soir, ainsi qu'i commande. 1 3,835

ROBIN HERON

Il a à besoigner grandement, F" 35o r°. Et fault que chascun y entende.

MESSAGIER

Je voys icy en autre bende Qui est devers la Madalaine;

Si fault bien que chascun s'y rende, t3,8/io Si ne veult mal avoir et paine.

Pose.

Messeigneurs, Dieu vous dont santé!

Tallebot devers vous m'envoye.

Que chascun soit entalanté

Venir vers luy la droicte voye, i3,865 Et que chascun de vous se voye, Monté de liarnois et en point.

LE SIRE FASTOT.

Messagier, nous savons assez Des nouvelles de delà Loire,

Noz gens ont esté fort pressez i3,85o Et y ont eu beaucoup à faire, Dont à nous tous doit bien desplaire D'un ytel oust estre deffait; Que nul homme ne sauroit croire F" 35o v°. La vaillance qu'en eulx estoit. i3,855 Va t en, nous allons après toy Pour reconforter Tallebot, Qui endure, comme je croy.

En son cueur un divers sanglot;

Que c'estoit tout nostre complot 1 3,860

Et toute nostre espérance, Que y tenoient pour leur lot Le passaige et la clef de France,

MESSAGIER

Je m'en revoys sans demourance

Devers les seigneurs qui là sont, 1 3,865

Qui vous prient que chascun s'avance, Ainsi que enchargé le m'ont.

Pose. — Lors vient.

Dieu vous sault, messeigneurs barons!

Je viens de vers la seigneurie

Et en toutes les garnisons, 18,870 Lesquelz viennent, ne doubtez mie.

F" 35 1 r°. TALLEBOT.

Messagier, fais toust, je te prie; Sonnez tous clairons et trompetes, Jusques à une heure et demie,

Que noz besoignes soient faictes. 18,875 Et sonnez ainsi que retraictes Pour amasser icy nosLre oust.

MESSAGIER

Voz diz et voz raisons parfaictes.

Mon cher seigneur, seront tantost.

Or sus, trompetes et clairons, 18,880

Sonnez sans que plus on le die,

Pour assembler tous les barons

Et princes de nostre partie.

Ne cessez heure ne demie.

Que ainsi m'est il commandé. 1 3,885

Ne vous faignez, je vous emprie.

Que vous avez beaucoup tardé.

Lors tous, clairons, trompetes et autres instrumens sonneront jusques F" 35 1 v°. que les Anglois seront arrivez devant Tallebot, et se serront sus des bans. Et puis se lieve Tallebot et dit

TALLEBOT.

Messeigneurs, vous savez comment Nous sommes venuz cy, devant

Geste cité, Orléans nommée, 13,890

Et avons esté longuement.

Il y a neuf mois proprement

Que fut la première arrivée,

En la quelle grant assemblée

Y arriva, et noble entrée,

Des plus haultz princes d'Angleterre,

Lesquelz si ont conduit l'armée

Si à point et bien ordonnée

Que on peust faire en fait de guerre.

Dieu ayt l'ame de Sallebry,

Lieutenant du bon roy Henry,

Qui son parent prochain estoit!

Et de la vaillance de luy

N'est à comparoir à nulluy

Ne du sens qui en luy gisoit;

Que de ce qu'il entreprenoit

Tousjours à bonne fin venoit,

Et au dessus de son affaire.

Jamès bataille ne perdoit,

Et chascun luy obeissoit :

Riens ne trouvoit à luy contraire.

Vray est que de plaine arrivée

Quant y vint, luy et son armée.

Les Tourelles du pont gaingna,

Dont la ville fut effrayée

Et griefment molestée,

Si que chascun d'eulx le doubta.

Et du premier qu'il arriva

Aux Orlenois notiffia

Qu'il les auroit dedans six jours;

Mès la mort vint qui le tua

D'ung tret qui sa teste emporta,

Dont ne peut fournir son propoux.

Depuis, ainsi que vous savez,

Y vous a pieu de moy mander A venir à vostre assemblée, Et, comme à mes amis privez, Ay volu vers vous arriver

En personne et tout mon armée.

Et advint que à mon entrée Charge me fut par vous baillée Estre lieutenant dessus vous.

Dont, se je ne l'ay excersée Suffisamment, s'i vous agrée, Vous le me pardonnez vous tous.

En oultre vous savez aussi Glasidas, nostre bon amy.

Fut esleu garde des Torelles Et du Portereau, par ainsi Que il auroit avecques lui Gens de bien, pour garder les elles; Dont l'avoir de tous fussent telles Que pour garder donques ycelles Le sire de Pons y seroit.

Qui savoit des tours et cautelles En fait de guerre, et si cruelles Que homme vivant n'en craignoit.

Avecques eulx, en celle tante,

Y fust mis le bailli de Mente, Aussi le sire de Molins,

Et des chevaliers bien quarante, Qui eussent osé faire atante A mille François bien en point.

Et y estoient de point en point Hommes d'armes les plus certains, Bien cinq cens en leur compaignie.

Lesquelz sont tous morts et estains,

Noyez, tués et mis à fins,

Par art ou par enchanterye.

Je en ay en moy tel douleur

Je n'en puis avoir joie au cueur,

Quant de ce fait cy me souvient.

Helas ! quant j'eusse esté Lien sceur,

Pas y n'eussent eu ce malheur.

Je y fusse bien allé à tant;

Mès jamès ne pensoie à riens ,

Qu'il estoient si suffîsans

Pour atendre toute puissance !

Il estoient artillez leans,

Fortiffiez hors et dedans.

Et de vivres grant abondance.

Messeigneurs, je vous ay mandez Pour tenir conseil en ce cas, Et à vous tous pour demander Que nous devons faire en ce pas.

Dictes en ic'y hault et bas Ce nous devons plus cy tenir; Que autrement je ne vueil pas Sinon voz voloir acomplir.

DUC DE BETEFORT.

En ce fait cy ne say que dire :

Je voy devant nous le maleur, Et voy que nous avons le pire.

Pour le présent, j'en suis bien seur, Que nous avons perdu la fleur De nostre armée ou autant vault.

Si croy que ce seroit le milleur De ne leur donner plus d'assault.

LE SIRE D'ESCALES

Geste place cy qu'il ont prise Nous donne esbayssement; F" 353 v°. Ne scay comment i l'ont surprise. 13,990

Je n'y entent riens nullement.

Je ne cuide point autrement Que ce ne soit ceste Pucelle; Que, depuis que vint, vrayement

Nous n'avons eu bonne nouvelle. 13,990 C'est celle qui nous a gastez.

Par avant, obtenyons victoyre, Nulluy ne nous contredisoit, " Et nul ne disoit du contraire.

La faulce, maudite bergiere, 16,000

Qui nous a ainsi desvoyez !

Par la mort bieu ! elle est sorcière;

Elle a fait Glasidas noyer.

DUC DE SOMBRESET.

Messeigneurs, je croy et me semble

Qu'i vault mieulx nous dessemparer, ii,oo5

Demain au matin, tous ensemble,

Estre en point et bien armez,

Et bien en bataille rangez.

En nous en allant doulcement;

Et se sur nous viennent frapper, i6,oir DelTendre se fault vaillamment.

CONTE DE SUPPORT

Ainsi faire conseilleroye.

F'Sôir". Au plus matin nous assemblons;

De harnoiz chascun se pourvoye, ^

Que peut estre nous assauldrons. i/i,oi5 A tout le moins nous deflendrons ; Et ayons trestout bon coraige, Que nous perdrons ou gaignerons Et ne l'aront pas davantaige.

LE SIRE DE HONGREFORT

Demain, savez, il est dimenche; 16,020

Y ne se doubteront point de nous.

S'i viennent, chascun se revenche, Et ne doubtez à donner coups; Mès s'i nous lessent en repoux

Sans aucunnement guerroyer, 1 '1,025

Allons nous en en nostre oust Et pensons du siège lever.

Puis qu'ainsi fortune a volu Geste journée cy avenir,

Et que je voy qu'il est conclu, i6,o3o Simplesse est nous y plus tenir.

En pièce pourrions parvenir Recouvrer ce qui est perdu, Et nous vault mieulx abstenir

Que estre tout point confondu. !/i,o35 ALIXANDRE DE LA POLLE.

Y me fait grant mal de cecy; Mais quoy ! il n'y a nul remède.

Il le fault prandre tout ainsi, Priant Dieu autreffois nous ayde,

Et que puissions, par sa conduite, \h,oào Sur François acquérir vengence,

Et sur la Pucelle maudite

Qui tant nous fait de desplaisance.

FOUQUAMBERGE.

Au regard du fait de la guerre,

Souvent le plus fort ne l'a pas.

Quant les François nous vindrent queî're,

Il estoient dix contre trois,

Que nous amenyons le harnois

Et les vivres devers Paris;

N'eussent pas le bon les François

Au près de Rouvray Saint Denis.

LE SIRE D'ESCALLES.

Pour eulx ne fut pas la journée; Toute la noblesse de France Y fut là soubniise et tuée, Et tout par leur oultrecuidance :

Que bien souvent qui trop s'avance Son fait ne vient pas en avant.

Bien y parrut par leur oultrance, Quant vint la journée des Harans.

MESSIRE SIMON MOYHIER.

Se de présent nous en allons.

Ce n'est point nostre deshonneur.

Que les François blessez avons De nostre puissance et vigueur.

Nous avons destruit leur labeur, Leur ville, fauxbours et églises, Que de cent ans, j'en suis bien seur.

De leur perte ne seront remises.

MESSIRE THOMAS RAMETON.

Messeigneurs, je congnois en vous

Que vouliez le siège lever,

Et je suis bien de ce propoux

Que ainsi faire le devez.

Mès aussi fault voye trouver

Avoir Glasidas et les princes,

Et en noz pays les mener,

En priant pour euk saint et saintes.

ROBIN HERON, cappitaine.

Bien suis de ce consentement Que levyons le siège demain, Et que soyons totallement Tous armez et au plus matin; Que se François nous font hutin, A tout le moins serons nous prest Pour nous delTendre main à main, L'espée et la lance en arrest.

TALLEBOT.

Gà, messeigneurs, puisqu'il vous plaist.

Avez dit vos oppinions.

Les acompliray sans arrest

Et aussi vos intencions.

Demain donques nous partirons

Au plus matin, trestous ensemble

En bataille, et nous en yrons

A Meung; il est bon, ce me semble.

Les mors, je les feray mener

A Ghartres, en la grande église.

Et là feray pour eulx prier

De tous les prestres, sans faintise, 1^,095 Et en terre par bonne guise, Ainsi que il ont bien desservi, F" 356 r'. Priant Dieu qu'i les preigne et vise Trestous ensemble avecques luy.

Adont icy y a pause. — Et chascun des Anglois fera son bagaige, et serront leurs biens toute la nuyt et se armeront. Puis après vient à la Pncelle ung faiseur de guet :

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