‹ Le mistère du Siège d'OrléansChapitre 117 sur 154 · LE BARON DE COLONCES · texte numérisé non relu

LE BARON DE COLONCES

En ce cas, ne fault faire atante,

Mès soy armer diligemment,

Aller à eulx la droicte sente,

Vostres sont, croyez fermement.

Et les assaillir roidement.

Que de nuHuy n'ont plus recors,

Et si croy véritablement

Qu'i vouldroient jà estre mors.

MESSIRE FLEURANT D'ILLIERS

J'en suis de ceste oppinion Que nous le devons ainsi faire.

Nostres sont, sans remission.

Et je ne voy riens au contraire Geste chose de nous parfaire Tout prestement, sans longue espasse; Et croy que de nostre victoire Parlé en sera en toute place.

LE SIRE DE GAUCOURT

Point ne les fault lesser aller Ainsi legierement de nous; Et se aller vous n'y volez, Y diront que nous avons poux, Et si leur donrez en propoux Sur nous autre foiz retourner.

Par quoy je dy ci devant tous Qu'on ne les doit point espargner.

LA HIRE

Ce nous seroit ung grant reproche Eulx en aller sans coups ferir, Et perdre si belle destrouce Pour nous à tousjours enrichir.

J'emeroye autant morir Que tel reproche recepvoir, Quant nous aurons temps et loisir Pour les bien combatre et avoir.

POTON

Aller y convient, c'est raison.

Puis qu'an si beau gibier y sont, i4,q95 Ghacer fault telle venoison Gomme ces desloyaulx Godons, Oui à jamès ne furent bons, Mès tant fait de doleur et paine,

Lesser aller pas ne devons i/i,a3o De nostre pays et demaine.

LE CAPPITAINE CAVEDE.

Dame Jehanne, qu'an dictes vous?

Les devons nous point assaillir?

Vous voyez ci la voir' de tous; F' 359 v°. Faictes en à vostre plaisir. 1/1,235 Quant à moy, je suis de loisir; Moy et tous mes gens sommes prest A vostre voloir acomplir, Et à faire ce qui vous plaist.

LA PUCELLE

Mes bons seigneurs, or entendez J'é ouy vos oppinions Et tout ce que vous prétendez, Avecques voz intencions; Dont vous dis voz affections Si est les Anglois assaillir.

' Sic , sans doute pour la voix, l'opinion.

Mais, sauve voz corrections, Ne scay se à Dieu est son plaisir.

Bien je conseille vous armer Et vous bouter en ordonnance, Et avecques vous vueil aller Pour aller voir leur contenance ; Mès à vous tous je fais deffance Que nulz assault on ne leur baillent, Et pour l'onneur du saint dimenche, Que premier y ne vous assaillent.

Mès s'il advient aucunement Que commancent nous assaillir, Défendez vous si vaillamment Que vous les faciez tous périr; Mès s'i ne se viennent offrir.

Et qu'i s'en aillent doulcement, Lessez les, et, sans coup ferir.

Ne leur donnez destourbement.

BASTARD D'ORLEANS

Dea Jehanne! pour quoy et comment?

Y sont icy en plain pays, Tout à nostre commandement, Et puis y sont noz anemis.

LA PUCELLE

De cela ne vous chaille, et puis Une autreffoiz les recouvrons.

Nous ferons à vostre devis.

Et quant vous vouldrez partirons.

LA PUCELLE

Y convient que nous nous armyons, Et y allez par bonne voye.

SAINTE SUAIRE

Ce qui vous plaisa nous ferons; F° 3Go \". Que tout vostre plaisir octroyé. 1^275

LA PUCELLE

Ghascun de harnois se provoye; Je ne say s'i nous assaudront.

LE SIRE DE COURAS

Dame Jehanne, je le vouldroye, Que désir de frapper avons.

Lors icy y a grant pause. — Et se doit armer la Pucelle de blans harnois, et tous les autres. Et puis dit

LA PUCELLE

Vous, Bastard d'Orléans, mon cliier sire, 1/1,980 Vous semble temps que nous partions?

BASTARD D'ORLEANS

Tout est prest, n'y a que redire, Et tous noz gens abillez sont.

Devisez ce que nous ferons.

Et de par nous sera acomply. ^ 1/1,385

LA PUCELLE

F° 36 1 r°. Devant les Anglois nous yrons

Pour les vois, et de cueur hardi; Et au seurplus , je vous supplie

Que chascun se tiengne en son rant, Et que nul ne démarche mie Sans congié, soit petit ou grant.

Messeigneurs, gouvernez voz gens Que sus Anglois nulluy ne saille, Tant que je voye qu'i soit tant; Mès vous tenez tous en bataille.

BASTARD D'ORLEANS

Ne vous doubtez que nul y faille; Fait sera selon vostre dit, Et, comme vouldrez qu'on y aille.

On acomplira vostre esdit.

Voyez ci l'armée en grant bruit, ii,3oo Pour en faire à vostre ordonnance.

LA PUCELLE

Or, allons dont vois le desduit Des Anglois et leur contenance.

Lors ia Pucelie et tous les seigneurs, tous armez, avecques leurs gens F°36i v°. et estandars, partiront d'Orléans en belle ordonnance et viendront devant l'oust des Anglois qui seront aussi en grant point; et sonneront trompetes, clairons, tant d'un cousté que d'autre. Et y seront tant et si longuement que les Anglois s'en yront droit à Meung , et les François tout bellement apressant, tant que les dits François les perdront de veue. Et alors les gens d'armes trouverront vesselle d'argent, d'estain, robbes fourrées de martres , en leurs tantes , qu'ilz auront lessez , de liaste d'eulx en aller. Puis dira

LA PUCELLE

Messeigneurs, nous ne voyons plus

Les Anglois; y sont evaguez, ]/i,3o5

Et, comme dolant et confuz,

Honteusement s'en sont allez

Jamès d'eulx vous n'oirez parler Pour venir devant vostre ville,

Ne pour vous voloir exciller, i 'i,3io

Ne pour faire autre chose vile.

Retrayons nous tous à Orléans, Que il est aujourd'uy dimenche, Mercyant Dieu sur toutes riens.

F" 362 r'. A luy appartient la louenge î?i,3)5 Que de ceste gent ci estrange Vous a ainsi du tout chacée, Et vostre cité pure et franche Vous a préservée et gardée.

Neuf mois il y a tous entiers «/i,39o

Que y vindrent premièrement.

Dont par eulx deul et destourbiers

Avez souffert et griefvement,

Grans peines et grant encombrement,

Ainsi que c'est chose certaine. ï/i,3aâ

Souviengne vous d'où et comment

Estes rachatez de la paine :

Que l'an nn^xxix,

Le vui*' ^ jour de may,

Fut rediffié tout de neuf iû,33o Orléans estant en grant esmay, Que ce propre jour, sans delay.

Honteusement se desloger ent Les Anglois, en grant desarroy,

Et droit à Meung y s'en allèrent. 1/4,335 Mes amis, bien vous en souviengne, Et ceulx qui viendront après vous :

Que ceste chose vous enseigne Que Dieu vous a esté bien doux, ' Correction; le texte portait d'abord IX°.

Et que de ce vous a recoux l'u.Sâo

Par sa divine Providence.

Si faictes mémoire à tousjours

De ceste belle délivrance.

F° 362 v°. Lors y a une pause. — Et se doivent appresseï' de la ville. Puis viennent les bourgeois de la ville , et dit

LE RECEPVEUR.

Vous, très noble et puissante dame,

Humblement vous remercions; i'i,3'i5

Chascun de nous si vous proclame

Que par vous la victoire avons

Encontre ces Angiois félons

Ayant ceste ville assigée :

De la perdre en dangier estions, iZi,35o Se vous ne l'eussiez recouvrée.

1" BOURGEOIS

0 chiere Pucelle honnorée.

Trop à vous nous sommes tcnuz.

Quant par vostre puissante armée

Les Angiois avez confonduz, i'u3d5

Lesquelz nous ont icy tenuz

L'espasse de neuf mois entiers ,

Ainsi comme gens esperduz

Et comme povres prisonniers.

ir BOURGEOIS.

Or nous avez vous délivrez iZi,36o De la main de noz anemis, ¥" 3C3 1". Qui à mort nous vouloient livrer Et degecter de ce pays,

Dont par voz puissans faiz et dis Vous avez obtenu victoire. Très haulte dame de hault pris, A vous en est louenge et gloire.

LA PUCELLE

Mes amis, ce n'est pas à moy,

C'est, à Dieu, qui a cecy fait :

Pitié a eu de vostre esmoy,

De votre doloreux exploit.

Si ayez tous, tant que qui soit,

Dieu devant vous et en mémoire,

Puisque ainsi vous a parfait

Avoir eu ceste grant victoire.

Et si ayez en souvenance

De ce jour icy, mes amis,

Comment Orléans eult délivrance

De ces anciens anemis.

Comment il ont esté soumis

L'an mil nn*^ xxix;

Faictes en mémoire tous dis;

Des jours de may ce fut le neuf.

Et comme j'ay ci recité,

Qu'il en soit mémoire après vous,

Comment ceste noble cité

De Dieu si a esté recoux

Encontre Anglois, qui en propoiix

Avoient de tout point la prandre,

Dont Dieu, qui est courtois et doux.

L'a volu garder et delTendre.

Si me vueil d'icy deppartir,

Et m'en aller devers le Roy,

Et j'é voulanté et désir

De faire ce qui est en moy;

Que de bref, ainsi que je croy,

Me convient le mener à Rains

Sacrer, ainsi comme je doy.

Et pour parvenir à ces fins.

Dont vous tous vous remercie

De Tonneur et du grant plaisir,

Et de voslre chère planie

Que vous m'avez volu offrir.

Jamès ne vous vueil delTaillir

Qu'en vostre besoin je ne soye.

Quant vous plaisa me requérir

Pour vous faire ce que pourroye.

Si veul de vous, bourgeois, marclians,

En présent, de vous congié prandre,

De voz femmes saiges, prudans.

Lesquelles ont volu entendre

A vostre cité bien deffendre,

De bon cueur et soigneusement,

Et, en grant diligance prandre,

Y ont besoigné notablement.

Et de tout feray relacion

Au bon roy Charles bien aymé.

De vostre grant perfection

Et bon voloir bien confernié,

Lequel avez eu afermé

Au bon droit, comme il appartient;

Puis Dieu le vous a consommé,

Que jamès n'oublie les siens.

Aussi des biens que m'avez fais

A vous je suis très fort tenue;

Je ne les oubliray jamès,

.Te pry Dieu qu'i les vous value.

Honnestement m'avez receue Et donné planté de vos biens; Dont, mes amys, à mon yssue Grâce et louenge je vous rens.

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