‹ Le mistère du Siège d'OrléansChapitre 125 sur 154 · LE CONTE DE VENDOSME · texte numérisé non relu

LE CONTE DE VENDOSME

Vous dictes toute vérité :

Le délayer rien ne nous vault;

Point ne sommes en seureté, 15,370 Et semble que ne nous en chault.

On ne doit point craindre l'assault De Jargueau ou en autre part; Mès y doit on, sans nul deffault,

Les assaillir de part en part. 15,375 Noz gens sont frais et refraichiz, Et perdent leur force et coraige Pour tant en repoux les tenir Que ainsi que en reclusaige.

Y convient faire ce voyage 1 5,380 Droit à Jargueau, y n'est pas loing,

Et la Polie qui est en cage, La resveiller à ung mâtiné

MESSIRE FLEURANT D'ILLIERS

Messire Jehan et Alixandre,

Ses deux frères, sont avec lui; i5,385 De là les fault faire descendre Et leur donner ung peu d'ennuy.

Si vouldroye que aujourd'uy

' Jeu de mots sur le nom du chef anglais, qu'on prononçait La Poule.

Nous partissions pour y aller; Croyez que desplaisant je suy Que je ne les vois resveiller.

JAMET DU TILLAY

Dame, ne fault que commander A partir quant y vous plaisa.

Faictes comme vous l'antendez, Et ung chascun si vous suyvra; Tout vostre voloir on fera, Ghiere dame, n'ayez doubtance.

Et chascun de nous s'armera Pour acomplir vostre ordonnance.

SAINTE SUAIRE

De ce qu'i dit ayez fiance, Que nul ne le veult autrement.

Ordonner à vostre plaisance, On le fera totallement.

Propposé avez vrayement Gomme il est licite de faire; S'i vous plaist, dame, entièrement Vueillez la besoigne parfaire.

LA PUCELLE

A voz dis je vueil bien complaire.

Faictes tantoust et sans atendre ■Que on mette sus la Bergère; Pour la mener y fault entandre.

Pareillement y nous fault prandre Une partie de voz canons.

Que, ainsi que je puis comprandre, Je say bien qu'i se deffendront.

DUC D'ALANSON.

Tout vostre plaisir nous ferons, Madame, ne doubtez de rien.

La Bergère nous mènerons Et des canons tout aussi bien.

Et dès anuyt, comme je tien, i5,i9o Tout sera chargé pour mener.

Sans y faillir, fer ne lien; Demain y sera à desjeuner.

LA PUCELLE

Oultre plus, aussi je vous prie Que demain tous soyez armez, Au plus matin, je vous supplie, Pour nostre besoigne affermer Tellement que puissions fermer Demain et tenir siège clos.

Et qui puissent estre enfermez.

F° 386 r°. Ainsi comme j'ay en propoux.

Et que pour resveiller noz gens Vous faciez trompetes sonner.

Au plus matin, soyez contant; Partir je vueil sans séjourner Et dès demain assault donner Es Anglois qui sont à Jargueau :

Par moy seront abandonnez, Et y feray ung peuple nouveau.

ALANSON.

Tout vostre voloir sera fait, i5,/j4o Et ne vous doubtez du contraire.

Chascun suyvra vostre bannière De coraige et de cueur parfait.

VENDOSME

Y m'est bien tart que demain soit

Pour vois les Anglois en frontière. i5,/(.'i5

THUDUAL DE CARMOISI.

Tout vostre voloir sera fait,

Et ne vous doubtez du contraire.

LA PUCELLE

Mes bons seigneurs, comment qu'i soil, F" 386 v. Vueillez y demain si bien faire

Que en puissiez louenge et gloire i5,45o Acquérir tant que monde soit.

ALANSON.

Tout vostre voloir sera fait.

Et ne vous doubtez du contraire.

VENDOSME

Chascun suyvra vostre baniere

De coraige et de cueur parfait. ib,!xb'i

Lors la Pucelle et tous les seigneurs se retrayeront et se arriveront. Et cependant ung lierault anglois dit :

LE HERAULT

Je m'envoys, sans atendre plus, A Jargueau dire la nouvelle Gomment François se mectent sus, Acompagnez de la Pucelle,

Par une façon très cruelle, i5,i6o Qui demain au matin s'en part.

Si convient que je le revelle

A mon niaistre, ains qu'i soit plus tart.

Pose.

LE HERAULT

Monseigneur conte de Suffort, Plaise vous ouyr et entanrlre Dont je vous vois faire rapport

Et à monseigneur Alixandre.

Deux jours a que j'é volu prandre Mon chemin aller à Orléans,

Pour ouyr, pour vois et aprandre 1 5,^170

Et savoir qu'on faisoit leans; Si est bien mauvaise nouvelle, Et me pardonnez, s'i vous plaist, Que demain sera la Pucelle

Devant Jargueau, dont me desplaist. i5,hfù

Et suis venu tout exprès

Pour vous dénoncer ccste chose.

Et plusieurs François sont après

Pour vous venir cy tous enclose.

CONTE DE SUFFORT

Gomment, messagier, que dy tu?

Est il vray ce que tu me dis?

Mon coraige en est fort esmeu.

Et ne say en quel point je suis.

Je te requier tant que je puis Que tu me comptes hault et bas :

Bien certin je cuide estre et suis Que la Pucelle n'y est pas.

LE HERAULT

Monseigneur, ne le croyez pas,

Que, par ma foy, je lui ay veue;

Et ovec des gens ung grant tas 15/190 Depuis deux jours elle est venue.

Et disoit on parmi la rue Que demain elle doit venir.

C'est vérité toute congnue;

Ne m'en sachez nul desplaisir. iS.'igG

CONTE DE SUPPORT

Par tous les sains, j'ay grant despit

De ceste maudite truende;

Assez croy ce que tu as dit :

Faire me vouldra quelque escande.

Maudit sois tu, toy et ta bande, i5,5oo

Faulce, desloyale, putin!

En un gibet veil qu'on me pande

Se par moy tu n'es mise à fin.

Çà, messeigneurs, pensez ici;

Je me doubte de la Pucelle, ' i5,5o5 Et mettra nos gens en souci, Que ung chascun si a peur d'elle.

Je croy qu'elle soit immortelle P° 3881". Ou que au deable et soit donnée;

Jaymès n'ouyz parler de telle, 1 ."),:) 10

Je ne say s'elle est deable en fer^

MESSIRE JEHAN DE LA POLLE

Ma pencée en est fort troblée, Et en ay deul en mon coraige.

Je pansois que s'en fust allée

' Sic. Peut-être faut-il lire ou fer, à moins de restituer

Je ne say s'csl deable d'enfer.

Demeurer en quelque villaige, Faire du lait et du fromage, Qu'il y a desjà plus d'un mois, Guidant que fust en reclusage.

Et ne pansoye plus la vois.

Mès quoy! y nous fault tenir tous Et faire bon guait jour et nuyt, Garder noz murailles et tours Très gentement, sans mener bruit.

Que chascun de noz gens soit duit A gouverner l'artillerie, Pour bien la tirer à proffit, Et que on ne leur faille mie,

MESSIRE ALIXANDRE

Plus à elle je ne pansoye,

Et depuis le siège d'Orléans

On disoit qu'elle estoit en voye

Et que d'elle n'estoit plus riens.

Elle a fait du mal si très grant

Que nul ne le saroit pencer :

Par ces fais, ainsi que j'entant.

Elle fist Glasidas noyer,

Qui estoit puissant cappitaine,

Très fort hardi et corageux;

Si luy fist souffrir tant de paine,

Puis l'a mort oveques plusieurs,

Par assaulx si très merveilleux

Que nul ne les pourroit comprandre.

Mès une faulte fut en euix

Qu'i se lesserent trop surprandre.

Il avoit divisé un pont

Assis sur deux arches coppées;

Mès y n'y adviserent onc Quant vint es batailles données.

Dessus ce pont à grant volées Vindrent chacer leurs adversaires, Puis la pesanteur fonsa les pées, Dont en l'eau trestous trébuchèrent.

Non pourtant ne la devons craindre Ne tant doubter; je suis asseure Que nul ne pence de ce faire, Mès tous à elle courrir seure.

Que se je la tiens, je vous jure, Trayner je la feray es champs.

Et morir de mort laide et dure, Et estrangier à mes chiens.

MESSIRE GUILLAUME DE LA POLLE, conle de Suffort.

Or sus, pensons du renienant.

Et ne soyons point esbaïz Quant nous les verrons ci devant.

Soyons preux, vaillans et hardis.

Et, tant que nous avons loisir,

Y nous convient fortiffier

De bois, de terre et de paliz.

Que V nous vendront défier.

Y sont gens pour nous cuider prandre A ung soir ou à ung matin ;

Je vous pry, mon frère Alixandre, Que vous y tiengnez bien la main.

Vous, messire Jehan, de cueur fin Je vous en pry tant que je puis; Faisons tellement qu'en la fin François soient par nous desconfis.

Qui pourroit avoir la Pucelle

Ou de tret la faire niorir, François n'ont fiance qu'en elle, Par ce pouriés à chef venir.

Par les champs les verriés fouyr i5,58o En tel voye et en tel façon Que sus vous jamès revenir F° 389 v°. Ne les verriés, je vous faiz bon.

Si convient le faire assavoir

A tous noz vaillans chevaliers, 1 5,585

Comment chascun face devoir.

Bourgois, marchans, gens de mestiers, Que tous y facent volantiers Devoir pour deffendre la ville,

Tant archiers et arbalestriers, 15,590

Ung chascun selon son stille.

Et qu'i soit crié, publié

Par tout la ville de Jargueau,

Es environs notiffié,

A Saint Denis ^ et de çà l'eau, 15,595 Pour mectre à ung chascun créneau Gens et garniz d'abillement.

Qui sara riens le monstre beau Et se deffende vaillamment.

Puis fault avoir des chauces trapes, 1 5,600

Des gresses et huylles boylantes.

Puis en croix soit cloué des sacles Et autres choses excellantes, Qui les assaillant fort tonnantes

Et leur font de grief le possible. i5,6o5 Que tous y boutent leurs entantes A leur faire chose nuysible.

' Saint-Denis-de-l'Hôtel, sur la rive droite de la Loire, vis-à-vis Jargeati.

MESSIRE JEHAN

Ce que vous dictes sera fait, F° 390 r'. Mon très beau frère, incontinant;

Chascun y fera si bon guet 1 5,610

Que vous en serez bien content.

Et de vray, ainsi que j'entant,

Devant trois jours certin je suis

Que secours nous aurons très grans

Amenant vivres de Paris. 1 5,61 5

Le conte de Suffort y est

Qui nous a promis, vous savez,

Et l'a mandé tout par exprès,

Qu'i nous viendra avitaiiler,

Et aveques luy amener 15,620 Mille hommes de fait, j'en suis seur.

Dont, ne vous devez esmayer :

François n'aront pas le milleur.

MESSIRE ALIXANDRE

Je vous pry que prenez bon cueur.

Que; s'il y venent, j'é couraige 15,635

De leur faire telle rigeur

Qu'i ne l'aront pas daventaige.

Leur souvient il point du voyage

Qu'i nous vindrent ci assaillir,

Dont plusieurs d'eulx sont en ostage i5,63o En terre, oveques les froniiz?

Ung de leur puissant cappitaine, Qui se nommoit le Gasecon, FVSgov". Pour sa bien venue, à l'estraine,

Reçut ung coup de vireton, 1 5,635

Qui trespersa son auqueton

Et son hariiois de Gii acier.

Encore le trouveroit on Gisant tout mort en ces fossez.

MESSIRE GUILLAUME DE LA POLLE

Je ne les crains point ne ne double, Et y viengnent quant y vouldront; Serviz seront en somme toute De bombardes et de canons.

Arbalestes assez avons, Foison de bonnes couleuvrines, Tret de passe à gros raillons Qui après ne fault medeyines^ Frère, faictes aller crier Parmy la ville et à trompeté Chascun se vueille préparer Pour demain et sa chose preste.

MESSIRE JEHAN

Vostre volante sera faicte; Je le vois faire sans atandre.

i r°. Hérault, prenez vostre trompeté A coup et vueillez ci entandre :

Gryer fault sus peine d'amende A tous, de quelque estât qu'i soyent, • Demain au plus matin se rende.

Et de bon harnois se provoyent, A soy sortir ainsi qu'i doyent, Dont y savent le mieulx jouer, Contre François qui sont en voyent^ Pour nous venir ci assiger.

Sic. Il faut lire sans doute medessines, médecines. Sic, pour en voie, afin de rimer pour l'œil.

HERAULT

Je le vois haultement crier,

Ne vous en doublez du contraire, 1 5,665

A son de trompe publier Qui à tous sera bien notoire.

Lors trompeté sonnera; puis dit

HERAULT

Veillez tous ouyr et retraire, De par le conte de Suffort,

Sur peine d'amende arbitraire, 15,670 Escoter tous sans nul déport :

Est que ledit seigneur vous mande F" 391 v\ Que tous, demain, diligemment. Expressément vous commande

Que entendez soigneusement 15,675

A vous provoir de ferrement,

Ung chascun selon son estât,

Pardevant luy, honnestement,

Sans bruit, sans noise et sans débat;

Que y luy est venu nouvelles 15,680

Gomment François doyvent venir,

Acompagnez de la Pucelle,

Gomme on l'a volu advertir.

Si ne vueille ung chascun faillir,

Sur peine de pugnicion 1 5,685

Et sa malle grâce encourir,

Aussi son indignation..

Monseigneur, j'é tout acompli

Ge que par vous m'est commandé.

Et n'en ay riens mis en obli 15,690

De ce qui m'a esté mandé; Et le cas ay recommandé Que ung chascun fera devoir :

Arbaleste et à arc bandé Demain les verrez coniparotr.

SUPPORT

Çà, beaux frères, que dictes vous?

Sommes nous pas assez puissans A nous deffendre contre tous Et garder la ville en tous sans?

Nous sommes de neuf à huit cens Tous escuiers et chevalliers, Expers et bons combatans, Et garniz de bons artiliiers.

En oultre, nous espérons Secours du sire Facestot, Et que vivres nous amerront De Paris : en ont pris complot, Et deux mille sont en ung blot Qui partiz sont pour venir ci ; Et y est sire Tallebot, Qui ne nous laira pas ainsi.

MESSIRE JEHAN DE LA POLLE

Ghier frère, ne vous en doubtez Que François nous ne devons craindre; S'i venent, y seront frotez, Que je ne pence pas me faindre; Et autant le grant que le maindre, Ung chascun de nous a coraige, Et se sur eulx povons ataindre, Il en maudiront le voyage.

MESSIRE ALIXANDRE

Frères, bien je conseilleroye 15,720 F" 392 v°. De nous retraire pour meshuit;

Mès commectre gens par la voye, Sans en faire noise ne bruyt, Qui bon guet feront toute nuyt

Environ et sus la muraille, 15,725 Dont ung chascun d'eulx sera duyt Y entandre, comment qu'il aille.

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