‹ Le mistère du Siège d'OrléansChapitre 130 sur 154 · MARESCHAL SAINTE SUAIRE · texte numérisé non relu

MARESCHAL SAINTE SUAIRE

Messeigneurs , adverti je suis

D'une besoigne très doubteuse, Par quoy bien dire je vous puis Que nous peut estre dommageuse.

Vous avez veu la sumptueuse Deffence qu'Anglois nous ont faicte, Qui a esté moult merveilleuse Et encontre nous mal extraicte, Et dont y se tennent si fors; Je vous diré chose pourquoy, Comme j'é ouy les rappors Et comme on le dit tout de vray :

Si est qu'i leur vient grant charroy De vivres et de très grant demaine De devers Paris, et le croy; Chascun le dit et acertaine.

Si me semble qu'i seroit bon De lever le siège d'yei, Et que audevant nous aillons, Que nous ne faisons rien yci Fors y estre en paine et souci, Voir tuer noz gens à foison :

Bien avons le cueur endurci De souffrir telle desraison.

FLEURANT D'ILLIERS

Il est commune renommée

Que secours leur vient voirement,

Et sont deux mille en l'assemblée,

Tous gens de fait certainement;

Si nous pourroient encombrement

Donner, se cy les atandons,

Et vaudroit mieulx faire autrement :

Si est que vers eulx nous aillons,

Que y sont leans pour tenir D'icy à ung mois ou à deux, Et povons avoir desplaisir.

Se une foiz sommes surpris d'eulx.

Vous voyez qu'i sont corageux, Qu'is atandent bien le secours; Si dy que le cas est douteux Et que on n'en doit avoir pours.

JAMET DE TILLAY

De cela n'est rien plus certin ,

Que messire Jehan Facestot

Conduit l'armée et tout le train,

Et messire Jehan Tallebot.

Si dy que nul ne soit si sot

Soy plus tenir devant la ville,

Que on nous pourroit en ung blot

Tous tuer icy à la fille.

Mès pour aller au devant d'eulx

Les deroquer aucunement,

Me semble que ce seroit le mieulx

Sans le voloir faire autrement.

Vous voyez icy clairement

Que riens n'y povons conquester,

Mès noz gens morir à torment,

Les ungs blessez et degastez.

THUDUAL, le Bourgeois.

On dit que la chose est certaine , Qu'i sont deux mille combatant, Et que Facestot les amaine Avecques vivres largement.

Par quoy me semble bonnement

Que nous devons dosamparer Plus toust que tenir longuement, Et nous y devons préparer.

Vous aurez veu la griefve paine Qu'il a convenu endurer; Il n'y a eu ne ner ne vaine Qui n'y ait falu labourer.

De noz gens plusieurs sont blessez Et mors une grant quantité; Dont de plus icy se amuser Il n'est point de neccessité.

DUC D'ALANSON.

Messeigneurs, vous dictes tous bien, Que pas n'avons eu le milleur; Mès, comme je croy et soustien, Point n'y avons de deshonneur.

Gliascun y a fait grant labeur, Et tant d'un cousté comme d'autre; Eu ont la moictié de la peur Et n'y ont riens gaigné du nostre.

Mès pour desamparer ce siège, Je n'en say bonnement que dire; Vostre voloir voulantiers ferè ge, Et ne veil nul aucun dédire.

Toutes foiz faut il bien élire D'un cliascun les oppinions, Faire tant que doyve souffire, Puis faire les conclusions.

Ung de mes amis y est mort, Et estoit d'Anjou proprement, Dont j'en ay deul et desconfort Et m'en desplaist bien grandement.

Et sans atandre longuement, Mès que Dieu me preste santé, Quelq'un en fera le paiement, Se je puis, à ma volanté.

VENDOSME

Messeigneurs, nous ne faisons rien; Y fault savoir de la Pucelle, Que, s'i vient inconvénient, Tout le resort tournera sur elle.

Elle est si très savante et belle Et en ses diz, qu'i n'est riens mieulx Que à son plaisir m'apareille, Et luy obbayr en tous lieux.

BASTARD D'ORLEANS

Mon beau cousin , vous dictes bien :

Savoir fault son oppinion, Luy obbayr sur toute rien, Acomplir son intancion. Remplye est de devocion , Saincté et debonnaireté, Que à tousjours mès mencion En sera de sa sainteté.

Çà, dame Jehanne, que vous semble De cest assault ici dernier?

Tant que sommes ici ensemble.

Bon seroit de en adviser.

Plusieurs en sont fort esmayez Dont n'avons esté les plus fors; Les ungs sont las, aultres blessez.

Et autres plusieurs en sont mors.

Puis on dit qu'i leur vient secours

De Paris, à très grant puissance; Plusieurs de noz gens en ont pours Que surpris soycnt par oultrance, Disant qu'an toute diligence En doit aller au devant d'eulx, Sans soy tenir ci en doubtance, Et disent tous que c'est le niieulx.

LA PUCELLE

0 mes bons amis vertueux, Monstrez icy vostre vaillance, Ne vous souciez, n'ayez peux; Tout fera bien, n'ayez doubtance.

Ayez en Dieu ferme fiance A garder le bon loyal droit, Et soyez tous en asseurance, Sans avoir peur de rien qui soit.

Vous, La Hire, que dictes vous?

Ne veillez point desamparer Et ne vous doublez de secours, Que point ne vous pourra grever; Et avant deux jours vous aurez Geste ville à vostre bandon.

Où grans avoir y guaingneron.

Helas! ne la lessez pas don!

Si ne vous devez esbayr Pour ung seul assault seullement, Vous qui estes à parvenir En si grans honneurs noblement.

Vous avez fait si vaillamment Qu'on peust jamès dire de bouche, Puis voloir deshonnestement Desamparer à grant reproche!

Je vous requiers tant que je puis Que vous ne veillez départir, Et ayez cueurs preux et hardis Pour voz anemis assaillir.

Aujourd'uy pensez parvenir A aquerir louenge et gloire, Que à tousjours mès, sans mentir, De voz grans faiz sera mémoire.

LA HIRE

Dame Jehanne, ne vous doubtez Que je vous tiendray compaignie, Et où il vous plaist me boutez; Je ne vous en dediré mie Ne tous mes gens, je vous affîe.

Pour vostre voloir acomplir, Y emploiray mon corps et vie, Croyez de vray, et pour morir.

DUC D'ALANSON.

Certes, dame, j'ay grant désir De faire à vostre volante.

Et quel qu'i m'en doye advenir, Vous servir suis entalanté; Nonobstant que j'ay esté Très fort pressé en cest assault, Mès vous proviez de vérité.

Que morir veil, se je vous fault.

VENDOSME

Ne moy aussy pareillement, Jà n'en veil faire la retraicte, Combien je say certainement

Que aucuns si l'ont desjà faicte.

Mes faictes sonner la trompeté, Puis ung chascun s'assemblera, Et par vous sera la chose l'aicte;

Ung chascun vous obbayra. i6,i35 BASTARD D'ORLEANS.

Dame, tout vostre bon plaisir Acompli sera sus toute chose, Et tous volons vivre et morir Aveques vous, bien dire l'ose.

L'amour de vous si est enclose 16,1/10 Aveques nous si ardamment, Desobbayr nul ne vous ose F" il 0 9 \\ Pour vostre hault gouvernement.

SAINTE SUAIRE

Faictes en ce qui vous plaira, Que à vous du tout m'en atant; Je ne say comme il en yra.

Se Dieu plaist, bien comme j'entant.

De nous tenir icy devant, ()uant c'est le gré de la Pucelle De demeurer, j'en suis contant; Je m'en rapporte bien à elle.

FLEURANT D'ILLIERS

En ce cas, je ne say que dire :

La chose me semble doubtable; Mès nului je n'en veil dédire; En soit fait le plus convenable. i6,i55 La compaignie est tant notable, Par quoy à vous tous me sommés.

i6,ii5

Et à avoir tout agréable

Tous voz beaux diz et tous voz faiz.

JAMET DU TILLAÏ.

Pas n'estoie d'oppinion 16,160 Que nous deussions plus demeurer; F" t\ Mès je voy la conclusion,

Par quoy je n'y veil différer, Mès veil à tous obtempérer

Et mesmement en dame Jehanne, 16,1 65

Que ces faiz sont délibérez

De Dieu, comme la sainte manne.

THUDUAL.

J'estoie tout prest à partir Et tous mes gens certenement; Mès je vous voy tous subvertiz De demeurer entièrement :

Jà à Dieu ne plaise nullement Que je desampare l'armée, Lessez ung tel gouvernement Ne une si noble assemblée.

LA PUCELLE

Messeigneurs, je vous remercie De l'onneur et du bon plaisir, Que, à l'ayde Dieu, ne sera mye Ne ne tournera à desplaisir.

Et tant que nous avons loisir, 16,180 Que on charge l'artillerie Diligemment, sans deffaillir, F" io3 v°. Et qu'elle soit bien assortye.

Premièrement, devant la tour

Y sera assis la Bergère, Et des canons tout à l'antour, Qui n'y demorra pierre entière.

Et raoy, presenteray ma baniere Jusques auprès de la muraille, Et commanceray la première.

Aujourd'uy, en ceste bataille Ne soyons point ici venuz Que ne facions aucun fait d'armes; Nous nous sommes tousjours tenuz En fait et en diz tretous fermes.

Nous avons aussi des gendarmes . • Qui est la fleur de toute France, Si devons dont tenir bons termes Allencontre toute puissance.

Se de présent nous retournyons Sans ceste ville subjuguer, Désormais honneur nous n'arions, Et, de toutes gens évoquez, Ghascun disoit que desroquez Arions esté de peu de gens, Qui seroit pour nous desvroquez En nostre deshonneur très grant; En vous priant tant que je puis Que ung chascun preigne coraige.

Et faire tant que soient sommis.

Deschassez hors de l'eritaige Du noble roy puissant et saige, A qui le bon droit appartient.

Voz anemis sont ci en caige A en faire à vostre talant; Croyez qui seront esbaïz De nous vois retourner sus eulx.

Que y sont las et refroidiz

Et si n'ont eu guiere de mieulx;

Que j'é veu de leurs gens plussieux i6,a2o Tuez, navrez et fort blessez :

Si devons dont estre soigneux De aujourd'uy les prochasser.

Lors icy y a une petite pose de trompetes, ce pendant que cliascun soy assortisl son artillerie et prépare pour bailler l'assaut. — Et puis dit

CONTE DE SUFFORT

Mes fpeces et mes bons seigneurs, Vous savez les très grans laLeurs 16,325 En ce présent assault premier, F° /lo/i v". Le traveil et les villains heurs.

Dont plusieurs sont en grans doleurs

Tant des mors comme des blessez.

François nous ont fort oppressez, 16,280

Très fort matez et fort lassez,

Par une euvre fort oultrageuse;

Ne say qu'en dire ne penser,

Mès nos malades fault penser

Par une voie très [s]oigneuse. 16,335

ToutelToiz, quant bien je regarde.

Nous avons eu si bonne garde

Et gens de si bonne défiance

Que les François (que feu les arde

Aveques leur faulce paillarde iG,a/4o

Remplie de toute insolance!)

N'y ont eu nulle recouvrance,

Fort maleureté et meschance,

Sans aucune chose y aquerre.

Leurs gens tuez à grant oultrance, lO.i'iô

LE MISTERE DU SIEGE D'OULEANS. 027

Navrez et blessez abondance Qu'on en eust peu couvrir la terre.

De retourner je n'en say plus; Mès y n'aront pas le dessus

De leur desloyalle entreprise. i6,i!5o Y pert bien de leur faulx abus, De penser estre remis sus Par une fille mal aprise, Qui de faulceté est reprise F°io5 r". Et de paillardise surprise : 16,355 Gela il est tout évident.

Mès, par la mort Dieu! s'el' est prise, Nue comme ung ver, sera mise Toute vive en ung feu ardant.

MESSIRE JEHAN DE LA POLLE

Mon très chier frère, je vous prie 16,260 Que ne vous esmayez de riens; Victoire arez, je vous affie, Contre ces desloyaulx chiens. Que à nous y ne sont puissant.

Quant victoire avons eu sur eulx. 16,266

Le coup premier vault toujours cent;

Qui bien en fait ung en fait deux.

Nous avons de leurs gens à mort

Mis, des plus hault et plus vaillant;

Je les ay veuz charger au port 16,270

En ung basteau devers Orléans.

Geulx là n'apresseront plus avant,

Ne ceulx qui sont en noz fossez.

Qui y gisent là tout edant\

Murtriz, mors et tous renversez. 16,275 ' Sans doute pour adens, à plat ventre.

Toutes foiz j'é vou la Piicelle; Mieulx luy fust fiHer sa quenoille Que procéder ceste querelle, F° /lof) v". Ou qu'on luy monstrat à l'escolle.

Et si n'a pas esté si folle i6,a8o

Soy voloir trouver en mon rent;

La teste luy eusse fait molle :

Jamès n'eust esté plus avant.

Ne vous doublez, nous les arons,

Se gueres sont icy devant, i6,a85

Que noz gens qui viengnent seront

Arrivez cy incontinant,

Et n'y ara petit ne grans

Des François qui s'ose monsti'er,

Ne la Pucelle tant ne quant; 16,290 Pensera ses bagues trousser.

MESSIRE ALIXANDRE

Je advise à leurs façons;

Mès tousjours sont en parlement,

Et ne say se y c'en yront

Ou s'i demouront longuement. 16,29.5 Et si croy, à mon jugement, Qu'i pourront icy séjourner, Que partiz en estoit gramment Dont lesquelz j'é veu retourner.

Et selon mon intencion, iC,3oo Y font une grosse assemblée, Et sont là comme en ficquecion , Comme à deviser leur armée.

F" /106 r°. Leur volenté ne leur pencée

Je ne le puis pas bien savoir; i6,3o5 Mès faire guet jour et nuytée

LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEAWS. 029

Nous en devons faire devoir.

S'i retournent et nous guaingnons,

Destruiz seront à tousjours mes;

Plus puissance sur nous n'aront i6,3io Et desconfiz seront désormais, Que serviz les avons d'un mes Oui pain et potaige a valu; S'il ont encore ung entremès,

Il [Ij'aront tous cuit et mollu. i6,3i5

Pensons à nostre artillerie,

Et la charger, comment qu i soit,

Afin qu'i ne nous preignent mie

En desarroy par nul endroit .

Qui bien se garde, bien se voit 16,320 Et bien se trouve bien souvent :

Qui deffault, souvent se déçoit Et en vient inconvénient.

CONTE DE SUPPORT

Messeigneurs, à vous m'en atant :

Faictes tous à vostre plaisir, 1 6,325

Que non n'arreste tant ne quant A voz volantez acomplir.

Faictes charger sans deffaillir F" Z106 v°. L'artillerie grosse et menue,

Que quant viendra à l'assaillir, i6,33o

Que leur armée soit confondue.

Puis après, faictes porter pierres

De fais tantoust sus la muraille,

Broches ardant à grosses quarres

Pour percer jaserans à maille, 16,335

Maillez de pion, autre ferraille.

Aussi ars, piques et raillons,

Jusarmes, liallebardes de tailie, Vouges et grant bec de faucons,

Salades et grans bassinez, i6,34o

Oveq arbalestes de passe,

Lances et fers bien affinez,

Qu'i ne soit riens qu'on ne trespasse.

Et pour batailler face à face,

Espées fines, dagues d'acier : i6,3'i5 De tout ce diligence on face.

D'en finer qu'il en est mestier.

MESSIRE JEHAN DE LA POLLE

De tout ce ne vous souciez.

Que en ren n'y aura deffault;

De ce que nous avons mestier i6,35o Fourny en sera bas et hault.

Ne ne say comment il leur chault F" /107 1'. De voloir sur nous retourner;

Y semble qu'i ne leur en chault

D'eulx volioir faire definer. i6,35:î

MESSIRE ALIXANDRE DE LA POLLE

Ne vous en chaille, mon cher frère,

Que se celle folle y retourne,

La venue luy costera si chère

Que vouldroit estre en Babillonne.

Veu fais à Marie de Bolongne i6,36o

Que, se entre mes mains repère,

Morir la fray de tel vergoigne

Plus que Néron ne fist sa mere!

Faictes noz trompetes sonner

Pour ralyer tousjours noz gens, 16,365 Et sus les murs, sans séjourner.

Soit porté pierres de «^raiit pesant,

Pour acraventer toutes gent

Qui voudront monter par esclielles;

Sans espargner petit ne grant, 16,870

Faictes y euvres immortelles.

Lors icy ceulx de la ville feront leurs aprestes de pierre, lances et F° '107 v°. autres habdlemens de guerre qui se doivent faire en assault, et y a une pose de trorapetes et taborins, clairons. — Puis après, la Pucelle vient et dit

LA PUCELLE

Au nom Dieu, mes loyaulx amis, Il est heure les assaillir.

Soyez tous vaillant et hardis

Et prenez coraige et plaisir, 16,375 Afin que puissiez parvenir A acquérir louenge et gloire, Que Dieu vous donra, sans faillir, Grâce aujourd'uy d'avoir victoire.

Lors icy, après que la Pucelle aura parlé , tous ensemble les François cryront : à l'assault, à mort! Ceux de dedans pareillement feront ung merveilleux cry et cryeront : à l'arme ! sonnei^onl trompetes et clairons; bien effrement comme en ung assault sonneront. Et ceulx de dedans gecteront huilles, sacles, pierres, coulevrines, canons, et durera cest F" 608 r". assault assez longuement. Puis les trompetes sonneront une retraicte, et les François se retrayront. Et demourra la Pucelle seuUe au pié de la muraille de ladite ville ; et ung Anglois prandra une grant pierre forz grosse et espée et la gectera droit sur la teste de la Pucelle. Et de ce coup ladite Pucelle cherra sur les genoux et les mains à teri'e, et dont ladite pierre se doit emyer en pièces, combien qu'elle fust de pierre de taille et pesante, et chascun la doit voir cheoir sur la teste de la Pucelle. Puis dit Monseigneur d'Alanson :

MONSEIGNEUR D'ALANSON.

Trompetes, sonnez la retraicte.

La Pucelle est morte ou blessée, Que j'é véu choir sus sa teste Une pierre grosse et carrée, Pesante et desmesurée,

Qui l'a fait à terre chéoir. 1 6,385

Y convient que soit gouvernée, Vois aussi qu'elle peut avoir.

F° 4 08 y". MONSEIGNEUR DE VENDOSME.

J'é veu la pierre proprement Grant et large comme de fais,

Si suis esmerveillé comment 16,390

Elle a peu soustenir ce fais.

Allons à elle par exprès

Et savoir comment elle se porte,

Que je croy, moy, que loing ou près

Qu'elle en mourra, s'elle n'est morte. 16,395

Lors viennent et la trouverronl assise au long de la muraille. Et dit

LE BASTARD D'ORLEANS

Dame Jehanne, comment vous est De ce coup que vous avez eu D'une grosse pierre de fais?

Choir sur vous chasciin l'a véu.

J'en ay le cueur si fort esmeu i6,/ioo

Que je ne say que dire doye.

Et de vray je suis resoleu

De vous bouter hors de la voye.

F° Z109 r"- MARESCHAL SAINTE SUAIRE.

J'é esté fort espo venté

Quant j'é véu choir ceste pierre, i6,ûo5

Qui tout droit sus elle a esté; Mès s'est esgrenée comme ung verre.

Toutesfoiz si est cheute à terre Pour le moins, les genoulx flechiz, Et bien pensons sans plus enquerre Qu'elle deust de ce coup morir.

LA HIRE

Je say bien comment il en va, Que j'estoys tout au plus près d'elle.

L'Anglois qui la pierre lâcha Estoit auprès d'une torrelle; La pierre estoit grosse à merveille Et droit sus sa teste est chouate, Guydant luy frucer sa cervelle, Mès c'est emyée comme paste.

MESSIRE FLEURANT D'ILLIERS

Messeigneurs, je conseilleroie Ghascun retourner en sa tente, Et puis demain prandre la voye, Devers Orléans la droicte santé ; Que je vous asseure et me vente Que icy nous ne ferons riens.

Et n'y perdons que nostre atante, Morir noz gens en degoustant.

JAMET DU TILLAY

Y sont fort leans asseurez,

Et croy qu'i sont grosse puissance;

Si dy que vous vous abusez

Et y avez folle fience.

Vous voyez morir à oultrance,

Noz gens finer piteusement,

Et si n'y voyez apparance

En plus que du commancement.

THUDUAL.

Mès pensez l'inconvénient Et le dangier de la Pucelle, Que le dommaige eust esté grant Déshonneur à nostre séquelle, Et par tout eust esté nouvelle ; Jamès ne fust clieust le cbappeau Qu'on n'eust mené Jehanne la belle Faire morir devant Jargueau.

ALANSON.

Dame Jehanne, y fault tout cesser Et reposer nous et noz gens; Trois heures a que, sans cesser, N'avons eu repoux tant ne quant.

Puis vous avez eu traveil grant Du grant coup que receu avez; Si volons tous sur toutes riens Bien soigneusement vous garder.

VENDOSME

Jehanne, y nous fault retirer, Et vous mesme, de ceste presse.

Anglois ne tachent qu'à tirer Droit à vous, pour vous faire oppresse, Et voy que chascun d'eulx ne cesse De tacher à vous courir seure.

Qui nous seroit deul et destresse, S'i vous venoit quelque adventure.

LA PUCELLE

Mes amis, ad ce ne pensez, Que de partir n'est pas saison.

Quant verray qu'y faille cesser, Je le vous diray, c'est raison ; Mès perdre si noble maison Qui vostre sera aujourd'uy, Ce nous seroit grant déraison Avoir ainsi le cueur failly.

De la pierre dessus moy cheute, Je vous pry que ne vous en chaille; Le mal que m'a fait ne rebute.

Ce n'est riens que à parler faille Que je ne retourne en bataille; ]Ne jamès je n'en partiray D'icy auprès de la muraille, Qu'i m'aront ou je les aray.

N'ayez point de peurs, je vous prie.

Et donnez dedans sans atandre.

Tirez la grosse artillerie Et me faictes la tour descendre, Ceste grosse muraille fendre, Que nous puissions entrer dedans; La ville vous feray anuyt rendre Maugré tous les contredisans.

ALANSÛN.

Jà n'en seray contredisant; Faire en veil à vostre devise.

LA PUCELLE

Messeigneurs, tirez en avant.

F° /i 1 1 r°. VENDOSME.

Je n'en seray contredisant,

LA PUCELLE

De la vilie et des habitans Ferez anuyt à vostre guise.

LE BASTARD D'ORLEANS

Jà n'en seray contredisant; 16,490 Faire en veil à vostre devise.

Lors icy tous les François retourneront à grand cry, et fera on uug merveilleux assault, tant de dehors que de ceulx de dedans, qui se deffendront vaillamment. Et l'artillerie des François ahafra la tour et de la muraille grant partie, et y aura grant tuerie. Et les François et la Pucelle entreront dans la ville de Jargueau. Et eu sortira pour guaignier le pont Messire Guillaume de la Polie, conte de Suffort, Messire Jehan F° Zii 1 de la Polie, son frère, et Messire Alixandre, qui sauldra après; mais sera enclos de François qu'i sera occis avant qu'il soit au pont. Et dit un gentilhomme au dit Alixandre, nommé Guillaume Renault :

GUILLAUME RENAULT

Vaillant chevalier Alixandre,

A ce coup n'yras plus avant;

Pence hardiment de te deffendre;

Pas ne seras le plus puissant. i6,i!i()5

Oii sont tes frères maintenant

Qu'i ne te viennent secourir?

Regarde à ce coup s'il est pesant,

Qu'i le te convient soustenir.

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