‹ Le mistère du Siège d'OrléansChapitre 131 sur 154 · ALIXANDRE · texte numérisé non relu

ALIXANDRE

J'ayme trop cher mieulx à morir Que me rendre es mains des François.

i6,5oo

Encontre tous me vueil offrir A combattre seul contre trois, Disant que vous estes Vaudois

De soustenir une querelle, i6,5o5 De croire une fille des bois Et que vous ahourez Pucelle.

F° 612 r'. Lors Guillaume Regnault et Alixandre s'enlrebateront, et puis cherra tout mort Alixandre à terre. Et dit après au conte de Suffort, qu'i rencontre en sa voye,

GUILLAUME REGNAULT

Rendez vous, conte de Sûffort, Ou morir vous fré de mort dure; Jamès vous n'en n'arez support A ce coup, je le vous asseure.

Je vous ay poursuiveu une heure Et fait que je vous ay ataint; Rendez vous à moy, ou je jure Par moy serez mort et estaint.

SUPPORT

Je suis contant estre en tes mains, Mès que tu soyes gentil homme.

GUILLAUME REGNAULT

Gentil homme suis, c'est du mains.

SUPPORT

Je suis contant estre en tes mains.

F° it2 v°. GUILLAUME RENAULT.

Ren toy à moy à toutes fins, 16,520 Ou morir te feray en somme.

SUPPORT

Je suis contant estre en tes mains, Mès que tu soyes gentil homme.

GUILLAUME RENAULT

Sufl'ort, ren toy!

SUPPORT

A qui?

GUILLAUME RENAULT

A moy.

SUPPORT

Qui es tu?

GUILLAUME RENAULT

Guillaume Renault.

SUPPORT

Es tu gentil homme?

GUILLAUME RENAULT J

Ouy.

SUPPORT

Je le croy.

GUILLAUME REGNAULT

SutTort, ren toy!

SUPPORT

A qui?

GUILLAUME REGNAULT

A moy.

SUPPORT

Es tu chevalier?

GUILLAUME REGNAULT

Nenny; pour quoy?

SUPPORT

Faire le te vueil, qu'i le fault.

GUILLAUME REGNAULT

Suffort, ren toy!

SUPPORT

A qui?

GUILLAUME REGNAULT

A moy. i6,53o

po/aiSy". SUPPORT.

Qui es tu?

GUILLAUME RENAULT

Guillaume Renault.

SUPPORT

Chevalier vous fray sans deffault, Et puis à vous je me rendray, A faire du tout bas et haut

De moy, et tout acompliray. 16,535 Je vous sains de l'espée dorée

6à0 LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEANS.

Comme preux vaillant chevalier, Que vous ne refusez journée En quelque lieu où vous aillez; Aussi les espérons dorez, Que voyez que je vous présente, Foy de noblesse garderez A vostre povoir et entante.

Lors le baise et luy saint l'espée dorée :

Or çà dont, messire Guillaume, Prisonnier vous suis de présent; Guaingné dont vous avez mon heaulme, v hih i'. Que vostre je suis maintenant A acomplir vostre tallant, Ainsi qu'à chevallier doit faire, Et comme à noblesse appartient; Que ne le veillez point forfaire.

MESSIRE GUILLAUME REGNAULT

Conte de Sulîort, ne doubtez Que traicté serez honnestement , Ne ne vous veil molester, Mès vous tenir paisiblement.

Vous estes mien certainement Que pris vous ay en bonne guerre, Si vous garderay soigneusement Sans que souffrez nulle malerre.

Ordonné m'avez chevalier, Et de ce je vous remercye; Si croyez de bon cueur entier Je maintiendray toute ma vye Bonne ordre de chevallerie,

Tant soit à petit ou à grant :

Traiclé sera en ma compaignie Tout ainsi comme il appartient.

CONTE DE SUPPORT

Vous ferez que vaillant seigneur; Par ce acquerrez renommée, Gomme prince de grant valeur Et à qui louenge est donnée.

N'ayez en vous fiere pencée, Soyez tousjours humble et courtois; De tout le monde sera prisée Vostre personne, et entre roys.

MESSIRE GUILLAUME RENAULT

Ne vous en doubtez du contraire Que faire le veille autrement; Mon voloir est du tout parfaire Voz diz et voz enseignement, Dont vous remercye humblement.

Mès, de présent, il est saison Vous retraire présentement Et vous mener en ma maison, Que de ce soir sans plus atandre Vous meneray dedans Orléans, Que sur vous on ne veille prandre Aucun débat d'aucunes gens.

Et pourroit inconvénient Advenir sur vostre personne, Par quoy seroie mal contant, S'i vous advenoit quelque essoine; Que desjà j'é ouy débat.

Et menacer les prisonniers De les tuer et mectre à plat Par commune gens et archiers.

Si vuei] que partions des premiers Pour doubte de leur destourbier, Qu'il en peut sourdre des dangiers Et ung très vilain encombrier.

SUPPORT

Faictes en à vostre plaisance,

Et croy bien que ce sera le mieulx.

Mès j'ay au cueur grant desplaisance,

Que les larmes me cheent des yeulx,

De mes frères tant vertueux.

Tant honnestes, tant excellant;

Or ne sai ge où il sont eulx deux,

Dont je seuffre doleur moult grant.

Du jeune, mon frère Alixandre,

Je doubte qu'i soit mis à mort,

Tant plaisant, "tant jeune et tant tandre

Helas! quel deul! quel desconfort!

Hardi, corageux estant fort.

Plus que nuluy de sa jeunesse!

Hé Dieux! François, vous avez tort

D'avoir occis telle noblesse.

A peine que le cueur me fault,

Tant de doleur je suis surpris;

L'un est mort et l'autre autant vault :

Je ne say s'il est mort ou viz.

Mais se il advient que y soit pris,

A son maistre le recommande.

Que d'or et d'argent ung grant pris

Il ara, mès qu'i me le rende.

MESSIRE GUILLAUME RENAULT

Çà, gentil conte de Suffort,

Venez vous en diligemment, 16,62.5

Que j'é ung basteau sur le port

Qui vous merra courtoisement.

Et n'ayez esbayssement

De voz deux frères vifz ou mors;

Pensez de vous tant seullemcnt, i6,63o Et à préserver vostre corps.

Lors le mené, et les trompetes sonneront, cl sera pillée la ville de Jargueau : vesseile d'argent, estain, liz, mesnaige, draps, couvertures et tous autres utancilles de mesnaige, qui à prise d'assault se doit faire ou que on a acoustumé de faire, et pris prisonniers, que ung chascun tendra son prisonnier lyé de cordes, et mené devant luy, et deschassé F°ii(i r". deshonnetement. Et après ce, y a pouse. — Et dit la Pucelle :

LA PUCELLE

0 nobles et vaiilans seigneurs, Bien devez eslever voz cueurs Envers le vray Dieu tout puissant Des grans biens et des grans honneurs, Que sur terre ne sont greigneurs, Qu'i vous a donnez de présent.

Dont vous seriez trop mal faisant, Se vous n'allez recongnoissant La belle louenge et gloire Qu'i produicte a de présent, Quant y vous a fait premenant D'avoir eu si noble victoire.

Or est il, comme vous savez.

Que ceste ville cy avez Guaingnée, et est à vous soumise,

i6,6io

Dont très bien garder la devez.

Et de noz bons amis privez

Devez lesser tant que suffise ;

Et que garnison y soit mise

De noz gens, et qu'on y advise

Au nom du noble roy François,

Afin que plus on ne nous nuyse.

Ne nul n'y boute sa devise

Ne autres armes que Valois.

Puis après, je conseilleroye

Que ung chascun si prist la voye

De retourner droit à Orléans,

Et là y emmener sa proye.

Soit prisonnier, or, ou raonnoye,

Que desamparer il est tant.

Duc d'iVlanson, soyez contant

De voloir coramectre des gens

X la garnison de Jargueau,

Que vous y estes suffisant.

Bien expert, saige et prudent;

Faictes comme il vous semblera beau.

DUC D'ALANSON.

A y mectre gens, c'est raison, Avecques ung chef capitaine Qui pourra garder la maison, Ayant puissance toute plaine , Voire de la cour souveraine, Et estre lieutenant du Roy De toute la terre et demaine De Jargueau; ainsi je l'octroy.

Voilà messire Thudual; Luy et ses gens je luy octroyé

A en faire amont et aval, A son plaisir, de ceste voye.

Et autant que nul que je voye, Sans nul blasmer, est suffisant; Dont, s'il luy plaist, à très grant joye, De Jargueau sera gouvernant.

VENDOSME

Il est bien expédient Garnison y soit ordonnée, Et y mectre gens suffisant, A qui la charge soit donnée Pour gouverner ceste contrée.

Dont ma voix si sera baillée Au bon messire Thudual, Et tandray la chose asseurée; Chevalier est droit et loyal.

BASTARD D'ORLEANS

Messeigneurs, cy en gênerai

Avez fait bonne ellection :

C'est que messire Thudual

Aura ceste commission

De garder ceste région;

Et suffisant y est sans faulte,

Que, selon mon intencion.

On [n']en doit point élire d'autre.

MESSIRE THUDUAL.

Messeigneurs, je vous remercye De l'onneur que vous me voloir; Mès la charge ne accepteré mie.

Que c'est tout contre mon voloir.

Et plusieurs sont pour y provoir, Qui sont que moy plus suffisant Pour gouverner ung tel manoir Que je ne suis, et plus duisant.

SAINTE SUAIRE

Quant la charge vous est donnée, Plus ne le devez reffuser; Vostre personne est honnorée Dont on vous y veult imposer.

Aussi y saurez disposer, Et y estes propre et savant; Ne vous y veillez opposer, Que la chose vous appartient.

LA HIRE

Je vous ayderay de mes gens Moy mesmes, se besoing avez; N'en soyez point contredisant, Que ainsi faire le devez.

Quant honneur aquis y avez.

Et pour ce n'en différez plus; Nous sommes vos amis privez A vous servir de plus en plus.

MESSIRE FLEURANT D'ILLIERS

Mon cher amy, je vous supplie

Que vous veillez obtempérer

A ceste charge, et si vous prie

Que ne la veillez reffuser.

Je ne vous puis excuser

Que vous ne le doyez bien faire;

Et n'en veillez point différer,

Que c'est à vostre honneur et gloire.

JAMET DE TILLAY

Beau cousin, vous ne devez pas

Delesser ceste charge cy,

Que la chose est pour vostre cas

Hors de dangier, la Dieu mercy.

Que se besoing aviez icy,

Ou gens qui vous vousissent close,

IN'en ayez en vous nul soucy;

Secours aurez sus toute chose.

LA PUCELLE

Çà, messire Jehan Thudual,

Y vous fault garder ceste place; Vous estes chevalier loyal

Et de chascun estes en grâce.

N'ayez peur que nul vous meftace; Que s'aucun est qui viengne à vous, Nous ferons après telle chace Qu'i ne retorront pas trestous.

Croyez nous, ne vous lairons point De loing sans avoir voz nouvelles, Et des nostres, à toutes fins,

Y vous seront continuelles.

Et s'aucuns vers vous sont rebelles, Ou que mestier ayez de nous, Nous nous trouverons soubz voz elles Incontinant et devant tous.

THUDUAL.

Vous, dame, et tous messeigneurs,

6/]8 LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEA.NS.

Qu'i vous a pieu de moy eslire, Vous remercye de voz honneurs

Sans plus vous vouloir contredire. 16,760 Combien pour la chose conduire En sont cy de plus suffisant Et plus savant, je le veil dire; Mais vous veil estre obéissant.

Et du tout au mieulx que pourray 16,765 Je feray, ne vous doubtez mie, Et la place vous garderay Soigneusement et sus ma vye, En priant Dieu qu'i vous conduie F° ^119 r°. Et vous face tousjours joyeux, - 16,770

Et en tous lieux, à chère lie, Puissiez estre victorieux.

Pose.

LA PUCELLE

Çà, messeigneurs, sans plus enquerre, Que chascun tire vers Orléans,

Et tant par eaue comme par terre. 16,776 Partez, mes amis, il est tant; N'arestons plus ne tant ne quant.

Sus, trompetes, venez en place.

Nostre artillerie quant et quant,

Faictes qu'après nous on la chace. 16,780

Lors trompetes sonneront. Et partiront tous en belle ordonnance, et chascun ennierra ses prisonniers, le conte de SulTort, Messire Jehan de la Polie et plusieurs autres. Puis ceulx d'Orléans dient ce qui s'en suit :

LE RECEPVEUR.

Messeigneurs et mes compaignons.

LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEANS. m

Vous savez assez les nouvelles F° 6t9 v°. De noz gens et que fait il ont

Euvres très puissantes et belles,

Qu'i n'en fut onques les pareilles, 16,785 Ne fait de guerre si vaillant :

Sembloit qu'i fussent immortelles, Ainsi que disent les passant.

Et est vray, comme vous savez,

La ville de Jargueau est prise, 16,790 Les gens de dedans pris, tuez.

Prisonniers et fait à leur guise.

Par les haulx fais et vaillantise De la noble excellant Pucelle :

A la paine qu'elle y a mise 16,795 Jargueau est de nostre querelle.

PREMIER BOURGEOIS

Y n'en fault point faire de doubte Que tout ce fait par sa conduite; Ce que dit et fait, somme toute, Est toute besoigne d'élite.

C'est Dieu qui la nous a produite Et envoyée en ce pays.

Que par elle et par sa mérite Sont confonduz nos anemis.

Touttefoiz, il est grant nouvelle Que aujourd'uy vient à Orléans, Et tous les princes d'entour elle.

Qui sont très nobles et vaillant.

F" i2o r°. Si conseille que au devant Nous y aillons les saluer, Quant des anemis anciens

Y nous ont volu délivrer.

IP BOURGEOIS

C'est raison, on y doit aller Et les mercyer humblement,

Que il ont esté travaillez i6,8i5 Et mitrayez Lien longuement.

Aussi ont il honteusement Deschacé par force et puissance Les Anglois, qui villainement

Ont tenu le pays de France. i6.8ao

Il ont usurpé le pays

A tort, sans cause et sans raison,

Guidant guaingner la fleur de liz

Qui est de si noble maison,

Où y n'avoient nul achoison 16,825 Y venir en nulle manière.

Si l'ont tenue longue saison; Mès plus n'y feront leur repère.

Pose. — Et trompetes sonaeront et se appresseront de la ville ; et , à l'entrée , dit le recepveur :

F" 420 v°. LE RECEPVEUR.

Dame, bien soyez vous venue.

Et tous messeigneurs que ci sont; i6,83o

A joye vous serez receue

De tout ce que faire pourrons,

Et de telz biens que nous avons

Gy en nostre ville d'Orléans,

Faire plaisir vous en voulons, i6,835 Ainsi comme il vous appartient.

LA PUCELLE

Mes amis, je vous remercye;

Tenue suis à vous grandement.

Dieu vous rende la courtoisie Et vous rémunère voz biens!

Chascun pregne pour le présent Son logis pour soy reposer, Puis demain, ainsi que j'entant, Voudrons quelque edit proposer.

Pose. — Et puis dit un messagier anglois :

MESSÂGIER.

Or, me convient sans arrester F° 621 r". Aller en toute diligence

Devers messeigneurs, raconter

La doleur et la grant offence :

Que François, par oultrecuidence,

Ont la noble ville destruite

De Jargueau, et la grant puissance

Ont mis à mort et à la fuyte.

On m'a dit que dedans Estampes

Est messire Jehan Facestot,

Et sont en armes excellantes

Avec le sire Tallebot :

Lesquieux ensemble par complot

Venoyent Jargueau secourir;

Mès les princes tous en ung blot

Ont esté perduz et meurtriz.

Je leur vois dire la nouvelle

Et la chose si très piteuse

Qui n'en fut onques point de telle,

Si villaine ne oultrageuse,

Et pour Anglois tant dommageuse

Que nului ne saroit pencer

i6,8Zi5 i6,85o i6,855 16,860 ) 6,865

D'euvre qui fust si maleuseuse :

Ne say qui la pourra passer.

Pose. — Et s'en va devers les seigneurs et princes anglois, et dit

MESSAGIER

Mes chiers seigneurs, Dieu vous dont joye F" /i2i v°. Et acomplir vos bons desiz! 16,870 Devers vous me suis mis en voye Pour nouvelles vous advertiz ; Que dire vous veil sans mentir De Jargueau, dont je suis venu,

Ung grant deul et grant desplaisir 16,875 Qui à voz gens est advenu.

TALLEBOT.

Comment, Vallepas, qui a y?

Quieux nouvelles, que font noz gens?

Dy nous, ne soyes point esbay;

Compte nous tout cy en présent. 16,880

MESSAGIER VALLEPAS.

Has! messeigneurs, le cas est grant!

Il est vray que Jargueau est pris; Tout tué, pillé, mis à sang. Et d'assault ont esté surpris.

TALLEBOT.

Harou! sandieu! veeci le pis; i6,885 Tu me compte dure nouvelle.

F" Z123 r°. Des François desloyaulx, fuytiz, M'en vengeray, de l'euvre cruelle.

MESSAGIER

Ghascun dit que c'est la Pucelle Qui a conduit cest euvre cy.

TALLEBOT.

Comment dy tu? y estoit elle?

MESSAGIER

Ouy, monseigneur, certin en suy.

Et est le conte de Suffort Prisonnier aveques son frère; Le vaillant Alixandre mort :

L'ont occis à grant vitupère; Et bien vni'= gisant en bière, Gentilz hommes et chevaliers; Puis ce sont tous allez retraire A Orléans et leurs prisonniers.

TALLEBOT.

Messeigneurs, je ne say que dire:

Tant ay de deul et desconfort, Et tant ay mon cueur rempli d'ire.

Ne say si je suis vif ou mort.

Et ! vaillant conte de Suffort , Avecques tes frères ensemble, Au monde n'estoit rien plus fort.

Pour vous subjuguer, ce me semble, Fault qu'il y ait eu trayson; Je ne le croy point autrement, Que jamès telle déraison Ne vous fust venue nullement, Vous, qui estiés totallement

La conduite de nostre guerre,

Et tout nostre gouvernement,

Tout des plus nobles d'Angleterre.

0 quel trésor avoir perdu !

0 quelle noblesse est soumise!

En vous estoit toute vertu

Et nostre espérance mise.

Et je fais veu à sainte église,

Avant qu'i soit ung mois entier,

Sur François feray telle prise

Cryer mercy leur sera mestier.

Et toy aussi, faulce Pucelle,

Qui au diable tu t'es donnée.

Tu en auras froide nouvelle.

Et en maudiras la journée,

Voire, de quoy tu fuz onc née

Et le pere qui t'engendra.

Se entre mes mains es rencontrée,

Nului ne te rachètera.

Par toi le vaillant Alixandre,

Tant noble et vaillant chevalier

Qu'on peut fmer, tant jeune et tendre.

Si loyal, si franc et entier,

As tu eu coraige si fier

L'avoir volu ainsi occire?

Que vous l'eussiez pris prisonnier.

J'eusse paié qui deust suffire.

De messire Jehan, vostre frère,

Je ne say s'il est vif ou mort;

Se prisonnier est, n'y sera guiere,

Que je Taré, je m'en fais fort.

Et vous, le conte de Suffort,

A quelque renson soyez mis.

Je vous auray, soit droit ou tort, Par force d'argent ou amis.

LE SIRE FACESTOT.

Troublé suis merveilleusement

De ceste maudite adventure,

Qui venue est soudainement

A noz gens, sans en savoir l'eure.

Allez y fussions sans demeure,

Que nous n'en n'estions pas fort loing.

Qui nous est une doleur dure

Avoir failly à ce besoing.

Helas ! raès qu'il eussent tenu

Ung jour ou deux tant seullement,

Nostre oust à tant y fust venu ,

Je le say véritablement.

Has! faulte de gouvernement

Ou trayson y a esté,

Croire ne le puis autrement;

Aucuns est qui tout a gasté.

Tailebot, mon loyal ami,

Ne vous en troublez, je vous prie,

Ne en vous n'en prenez ennuy

Ne aucune melancollie.

Puisque Suffort si est en vye

Et son frère, messire Jehan,

Bien les aurons, n'en doubtez mie,

Et si ne nous costera rien;

Que j'espoir avant ung mois

De me trouver en lieu et place

Où rencontreray les François,

Esquieux feray belle verdase;

Que sur eulx feray telle chace

Que maudiront l'eure et le jour De leur naissance et leur entrace, Ne dont sus nous fissent estour. 16,980 Y ne se fault de rien troubler, Seullement apecter vengence Et lieu où nous pourrons trouver Les avoir à nostre plaisance.

F°/i2ir°. Nous avons très grosse puissance 16,985 A Meung, Baugenci et ailleurs, Chartres, à Paris l'excellence.

Tous noz princes et les grigneurs.

Ne nous fault seullement mander

Que il nous envoyent secours, 16,990 Ou aultrement le commander.

Vous Tarez ains qu'i soit deux jours; Et des faulx abus et faulx tours Des François et de la Pucelle

Vengez serez, par tant de tours 16,995 Que d'eulx ne sera plus nouvelle.

LE SIRE D'ESCÂLLES.

Sire Tallebot, y dit voir,

Faire n'en fault tel marrement :

Guerre est pour perdre ou avoir;

C'est l'eur qui ne fault ne ne ment. 17,000

Vous arez veu évidemment

Que souvent ung peu de puissance

Abat grant oust certainement.

Et le met en obéissance.

Dont, se le conte de Suffort, 17,005 S'il a perdu aucunement, Qu'i n'ait pas esté le plus fort Ou qu'il ait eu encombrement.

On pert et ne sait on comment; Que celuy qui cuide estre maistre, Par malheur et par aultrement, Bien souvent on l'envoyé pestre.

Vous savez de l'eur de fortune Que cil qui cuide estre avancé, En mains de cuillir une prune , Incontinant est renvercé, Et de nul n'est recompencé; Car ce que fortune ordonne Soit bien, soit mal, il est tancé :

A son voloir elle en besoigne.

Moy, qui ay maintenu la guerre Il y a .XXX. ans plainement, J'é esté à perdre et conquerre Et veuz fais d'armes largement, Sang espandre abondamment Souventes foiz en ma présence; Esbayr ne se fault pour tant :

On a tousjours espérance.

MESSIRE THOMAS RÂMETON.

Mès de quoy vous souciez vous,

Tallebot? A vous c'est simplesse.

Pour ung bien petit de corous

Vous prenez une grant détresse.

Y fault que vostre deul se cesse

Sans vous démener tellement.

Se volez acquérir proesse

Et à voz amis hardement.

Du vaillant conte de Suffort

Ne de messire Jehan son frère,

J'entant que nul d'eulx deux n'est mort,

Et que à Orléans font grant chère. 17,0/10

Pensez voloir la vendre chère

A quelcun la folle entreprise;

Que j'ay tousjours ung hart derrière

Dont chascun ne sait pas la guise.

Depuis que party d'Angleterre, 17,0^5

Je n'é cessé d'estre en hutin

Tant à perdre comme à conquerre;

Tousjours j'ay esté au butin,

Et n'é cessé soir et matin

De tenir les rens roidement; 17,000

Si ne devez prandre desdin

De perdre ou guaingner nullement.

A la grant journée de Gincourt \

Paige estoye d'un chevalier

D'Angleterre, tenant estour 17,055 Autant vaillant qu'on peust fmer.

Des François y avoit assez, Et toute la grant seigneurie De France, comme vous savez,

Y fut là occis et murtry. 17,060 François estoient .x. contre ung.

Et pensions entre nous Anglois F° 425 v". Morir tous ensemble en commeung Par les mains des tristres François, En disent tous à une vois 17,065 Que, pour nous, n'estions pour leurs pages; Mès eulx tous, ducs, contes et roys,

Y demeurèrent pour les gaiges.

Si ne se fault point esbayr

Pour une petite villete, 17,070 Que quant vouldrons la recouvrir, ' Sic, poui- d'Azincourt.

En peu d'eure l'aurons retraicte;

Que Jargueau ne sert que pour guiecte

Pour regarder les gens venir,

Me que soit ville de retraicte

Point ne le voudrois soustenir.

Du vaillant conte de Suffort,

Qui est prisonnier à Orléans,

Et son frère, bien suis d'acorl

Qu'on les recouvre pour argent,

Ou, si non, prandre de leurs gens

Tant et à si grande foison,

Soient menuz, petis ou grans,

Qu'i puissent paier leur renson.

Et croy que, ains d'un mois d'ici,

Les François, de leur bon coraige,

Rendront Suffort, son frère aussi,

Voulentiers et tout leur bagaige.

Sans paier argent ne truage,

Très volantiers les nous rendront,

Voire en despit de leur visaige,

Et nostre injure repareront.

LE CAPPITAINE ROUGEFORT.

Messeigneurs, je congnois Jargueau Et y ay esté aultrefois, Ung petit lieu plaisant et beau.

Et est bien plaisant à le vois; Mès que y nous soit de grant pois Pour le tenir et le garder, Jamès consentir ne vouidroys :

Qui premier vient le doit avoir.

Se c'estoit ville de tenue, Gomme Orléans ou autre cité,

Ou qu'elle fust à la value

De la tenir en seureté,

En puissance et auctorité,

De cela seroye d'acort

La garder en solanité.

Vaillamment juques à la mort.

Mès de ce n'en fault plus parler

N'en faire lamentacion;

Fault penser de avant aller

De corage et presumpcion,

Et par deliberacion

Les voloir confondre et destruire

De leur folle ostination

Qu'il ont volu sur nous produire.

DUC DE BETEFORT.

Puisque Jargueau avons perdu, Qui est peu de chose pour nous, Pencer nous fault d'un autre lieu Mectre noz vivres en repoux.

A Meung, à Baugenci sont tous Noz chefs de guerre et nostre armée, Si y devons pardessus tous Aller vers eulx sans demeurée.

Nous sommes ici à Estampes, Mès plus n'y devons séjourner, Et aller par bois et par landes Tant que François puissions trouver, Pour nous voloir dédommager De l'ofîance qu'i nous ont faicte.

Et tant aussi pour nous venger De nostre petite villete.

Et ne devez plus différer

N'arrester icy longuement,

Ainçois nous devons préparer

Pour nous venger des faulx tormens,

Et aller sur eulx pleinement

Les assaillir d'un franc coraige,

Et les mectre à definement.

Pour estre vengez de l'oultraige

Et pour prandre le droit chemin.

Tirer nous fault à Baugenci.

Vous savez que Meung n'est pas loing,

A. une lieue ou tout ainsi,

Où y avons des gens aussi,

Qui gardent la ville et le pont;

Si devons tous partir d'ici

Et aller là vois que y font.

TALLEBOT.

Messeigneurs et nobles barons,

Je vous ay voulentiers ouyz,

Escouté voz oppinions

Et bien je les veil ensuyvir;

Que pour vérité je désir

Faire tout par vostre ordonnance,

Et acomplir vostre plaisir

Par vostre bon sens et science.

Et par tout bien consideray

Voz oppinions en ce cas,

Mon volloir est délibéra y

De vous obbayr en ce pas,

Et en faire, soit hault soit bas,

Voz volantez entièrement,

Qu'an riens dédire ne veil pas

Encontre voz enseignement,

66'i LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEANS.

Nonobstant la grant destresse 17,16b F' 627 x°. Que j'ay eu et ay en coraige De Jargueau, nostre forteresse Où estoit si noble bernage, Estre si tost mis en servage

Des François, et hors de noz mains. 17,170 Endurer ne puis ce dommaige, Et ay cause se je m'en plains; Que, en mains de ,xxmi. heures, François baillèrent trois assault,

Dont les plus fors pas y ne furent, >7'i75 Que batuz furent sans defîault, Si bien que si grant ne si hault Y n'avoit cause de se plaindre, Qui s'en allèrent, autant vault.

Que François vouloient leur mort craindre. 17,180 Mès la Pucelle soy voyant, Ainsi comme on m'a rapporté.

Son fait estoit mis au néant Et comme ell'avoit tout gasté,

Si luy fut de nécessité 17,185

Les ralyer à sa cordelle.

Que plus riens d'elle n'eust esté

Emplus que d'une patorelle.

Que maudit soit l'eure et le jour

Que ne m'y trouvé en présence! 17,190

Je vous eusse joué d'un tour

Que j'eusse fait à ma plaisance ,

Dont il eust esté remembrance

D'ici à cent ans, voire plus.

Et n'eussiez pas eu la licence 17.195 F° 628 r°. De acomplir voz faulx abus, Çà, messire Jehan Facestot,

Vous aussi, le conte d'Escalles, Fault il endurer ce sanglot

Ainsi comme huistres de Quancalles, 17,200 Et le porter dedans noz malles Tant qui les faille deffermer; Après, montrons noz triqueballes Qui à aucuns seront amer.

Non pourtant que très bien me plaises 17,205 Voz dis, voz fais sus toute rien, Et, quelques doleurs ou malaises.

Nous fault trouver aucun moyen, Et faire comme gens de bien

Pour nous venger des forfaitures i7,aio Que nous ont fait, comme je tien, A tort François, et grans injures. Et ne nous fault tant seuHement Que l'eur d'une bonne journée

Pour François mectre à saquement, 17,215 A fureur de pointe espée, Et pour destruire leur armée Gomme à la journée de Verneil :

Toute France y fut consommée,

Et encore en dure le deul. 17.220 Ne onques puis beau fait ne fisent, Mès seuHement de definer; Que trop grant folie entreprisent Dont dz furent ostinez.

Quant nous voudrent jour assigner 17,225 F" /128 y°. En journée et champs de bataille. De leur coraige gros et fier Ne leur prolTita une maille.

Jurèrent et firent serment

Que nul homme de leur party, 17,200

S'i n'estoit noble et vaillant, Chevalier ou seigneur genti, Que de ce y fust adverti Aveques eulx ne se trouvast, Sur peine de en estre pugny Et que tantoust s'en retournast; Qu'i ne voloient seullement

Y avoir que toute noblesse.

Fut publié tout haultement,

Par tout leur oust, en grant liesse, Que nul si hardi n'en apresse S'i n'estoit duc, baron, ou conte Ou chevalier, ne en noblesse, Sans de tous autres tenir compte.

Et quant ce vint à l'assaillir, Eulx reluisant en leur harnois, Quant vint aux horions ferir, Ne savoient où il estois.

Ne savoient que devenir, ..Et furent vingt contre nous trois; Et les tuez on par les vois Ainsi que motons et brebiz.

MESSIRE FACESTOT.

Et à la journée de Gincourt, Vous savez, en firent autant.

Y reluisoient comme le jour Et ainsi que soleil ardant;

Mès, quant il advint au comptant A donner coups et horions,

Y fuyoyent parmy les champs.

Ainsi que brebiz et motons.

DUC DE BETEFORT.

Et encore nous en avons

Des plus hault et noble de France,

Qu'en nostre pays nous tenons

A nostre voloir et plaisance.

Et pour ce dont, n'ayez doubtance

Avoir François quelque matin.

Que souvent leur oultrecuidance

Les fait venir à malle fin.

TALLEBOT.

Mon intencion si est bien

Les voloir aller reveiller.

Et charcher la voye et moyen,

Le lieu où les pourray trouver.

Partons d'icy sans délayer

Et n'y faisons nul demorance.

Que chascun s'en veille advancer,

Et tous bouter en ordonnance.

Que je ne puis en oubliance

Mectre mon deul et mon tourmant,

Juques ce que j'aye vengence

A mon voloir entièrement.

Endurci en suis tellement

De voloir les François conquerre.

Les dechacer si laidement

Qu'on ne les sara plus où querre.

Faictes charger l'artillerie,

Et que nous partions dès demain

De corage et chère hardie.

Et n'ayez en vous le cueur vain;

Que je n'espargneray sang humain,

Du tout je métré à l'espée, Que des François feray la fin Ou je mouray en la journée.

Plus ne le veult dissimuler, Qu'i m'ont courroucé à oultrance.

Par devers eulx je veil aller A escu, d'espée et de lance, Que venger me veil de l'offance Que ainsi ont fait à Jargueau, Et n'ay pas mis en oubliance Glasidas et le Portereau.

HONGRESFORT.

On ne sauroit mieulx propouser, Sire Tallebot, c'est bien dit.

Vous estes saige et instruit; Partons d'icy quant vous voudrez.

TALLEBOT.

Faictes noz trompetes sonner, Si acomplirons mon edit.

MESSIRE JEHAN FACESTOT.

On ne saroit mieulx propouser, Sire Tallebot, c'est bien dit.

MESSIRE THOMAS RAMETON.

Je me vueil du tout disposer De partir, ains qu i soit mynuyt, Moy et mes gens, sans mener bruit; D'Estampes veil desamparer.

CAPPITAINE RENGEFORT.

On ne saroit mieulx propouser, Sire Tallebot, c'est bien dit.

MESSIRE JEHAN FACESTOT.

Vous estes saige et instruit; 17,31 5

/i3o v°. Partons d'icy quant vous voudrez.

Lors icy partiront, et sonneront trompetes et clairons. — Puis après la pose dit

LA PUCELLE

En nom Dieu, je voy qu'il est temps

Et saison de partir d'ici,

Que nous voyons ci le prinstemps

Et le jour bel et esclarci. 17,820

Si ne fault plus demeurer ci,

Mès aler vois nos anemis,

Qui ont fort le cueur endurci

Encontre nous, certaine en suis.

Mès, nonobstant toute chose, 17,825

Au bon roy Charles fault mander

De nostre estât, que je suppose

Qui désire fort en savoir.

Dont , pour luy en faire apparoir,

Envoyer lui fault un'messaige, 17,330

Qui luy saura dire le voir

De Jargueau, tout nostre voyage.

Messager, veille cy entendre :

Va incontinant vers le Roy,

Dihgemment, sans plus atandre, 17,335 43 1 r". Et le saluras de par moy,

Aussi de tout le noble arroy

De nostre haulte seigneurie,

Qui est icy en grant conroy

Et en très noble compaigine.

Tu luy diras que de Jargueau

Qui est comme à .v. lieux d'Orléans,

Sus la rivière auprès de l'eau.

Où estoient Anglois puissans,

Le tenoyent depuis lonc temps

Et en estoient seigneurs et maistres;

Mès y sont ses obeissans

Et de présent tous clercs et prestres.

Après aussi pareillement

Le suppli qu'i se veille rendre

Et qu'i luy plaist que à Orléans

Y luy veille son chemin prandre,

Pour aller couronnement prandre

Et partir ains qu'i soit ung mois.

Cependant, nous luy ferons rendre

Places que tenent les Angloys.

Et luy dy que partir volons

Pour aller droit à Beaugenci,

Et à Meung, oii les Anglois sont,

Lesquieulx font des maulx sans merci.

Mès, avant .xv. jours d'ici,

Dy luy que nostre intencion

Est nestoyer ce pays ci

Et les mectre à confusion.

LE MESSAGIER

Très noble dame de renom, Vostre messaige acompliray Au bon roy, qui est à Ghynon, Et tout le cas je luy diray.

Incontiiiant je partiray

De cest heure, sans plus ataiidre,

Et grant diligence feray

Pour luy bailler mon fait entendre.

Madame, à Dieu vous comment,

Que partir m'en voys de cest heure

Faire vostre commandement

Devers le Roy, et sans demeure,

LA PUCELLE

Je prie à Dieu qu'i te seceure, Messager, va diligemment, Et à bien parler met ta cure Pour faire mon commandement,

LA PUCELLE

Or çà, messeigneurs, que vous sanble?

Il est droit que chascun s'asamble Et vous veniez nouvellement.

Que depuis deux jours, ce me semble, Deux frères sont venuz ensemble Très nobles excellentement, Rempliz de très grant hardement :

Dont le premier certainement Si est le sire de Laval, Son frère aussi pareillement Renommé autentiquement, Qui est le sire de Lochat.

Si est aussi ung cappitaine Qui est renommé en Touraine, INommé le sire Chammigny, Qui a volanté très haultaine,

Ainsi comme je suis certaine, De soustenir ce pays ci.

Pareillement certaine sui Que il est arrivé aussi Le sire de la Tour d'Auvergne; A amené aveques lui Notables gens de son parti, Des plus vaillant de la Lymagne.

Donques à vous, seigneurs françois, Qui tous icy estes venuz Pour voloir deffendre les droiz.

Ainsi que y sommes tenuz. Que faulx Anglois ont maintenu Il y a .XXX. ans plainement, Sans que y soient parvenuz Y remédier nullement. - Mais bien voy que il ne plaist plus A Dieu que soyent en ce royaulme; Fault qu'i soyent de leurs abus Pugniz et chacez sans heaulme, A ung seul baston en leur paulme, Et defment piteusement, Sans jamès retenir la baulme, Qu i l'ont tenu trop longuement.

Et pour poursuivre la besoigne, Droit à Baugenci fault aller, Gomme chascun dit et tesmoigne, Que les Anglois s'i sont logez, Et que leans ce sont retraiz Pour faire maulx impétueux.

Mès en leur logis et retraiz Nous les irons vois pour le mieux, Et nostre chemin passerons

Pardevant Meung, mès qui vous plaise,

Et en passant savoir pourrons

S'il y a riens qui nous desplaise,

Qui nous puisse donner maliaise

Ou quelque petit encombrier :

Sans faire guère bruyt ne noise

Yrons à leurs portes hurter.

Et à vous tous, seigneurs, supplie

Que dire en veillez voz advis,

Par vous soit la chose acomplie

En voz enseignemens et dis.

Vous estes saiges et subtilz

Pour en dire et déterminer.

Plus expers que je ne suis :

Veillez en dire et ordonner.

DUC D'ALANSON.

Sauve à tous les bonnes raisons.

En deux mots dire je vous veil Que faire cest edit devons.

Que il est digne de requeil.

Ne contredire ne le veil, L'oppinion de dame Jehanne, Ne en moy n'est milleur conseil Que d'icelle; je m'y condampne.

VENDOSME

J'en suis de ceste oppinion

Que à Baugenci fault aller

Et à Meung, comme nous verron

Que nous nous devrons gouverner;

Si nous fault du tout nestoyer

Les villes d'icy à l'antour,

Et noz anemis dechacer

A force de guerre et d'estour.

BASTARD D'ORLEANS

Jaymès n'é volu contredire De dame Jehanne le voloir, i\e en riens ne la veil desdire; Mès son plaisir veil concepvoir Et acomplir de mon povoir, Moy et mes gens, en diligence, Et y -faire si grand devoir Que à tousjours sera souvenance,

LE SIRE DE LAVAL

Messeigneurs, au regard de moy, Je suis venu nouvellement Pour vous servir, vous et le Roy, A mon povoir entièrement, Et y faire toutallement Tout à mon devoir et puissance , Y employer abondamment De mon or et de ma chevance.

Si ay desiray fort à voir Dame Jehanne, noble Pucelle, Que sa grant prudence et savoir, En court loing d'ici la nouvelle, Laquelle est plaisante et belle Et en son parler et maintien, Au monde n'en fut onc de telle.

Dédire ne la veil en rien, Mès son voloir veil acomplir

Et faire par son ordonnance.

Avec eile vivre et morir, C'est mon voloir et ma plaisance, Que eile a belle contenance, Bien instruicte en fait de guerre.

Servir la veil sans differance Autant que soit dessus la terre.

LE SIRE DE LOCHAT

Messeigneurs , vous devez savoir Que nous sommes vers vous venuz Pour vous ayder et consoloir, Et comme y sommes tenuz. Nous et noz gens, grans et menuz, Vous volons faire obéissance, Sans que de nous espargnez nuz A acomplir vostre plaisance; Que nous sommes très désirant Servir le noble roy de France De nostre corps et de noz biens, Sans espargner or ne chevance.

Et faire par vostre ordonnance.

Soit en bataille ou autrement.

Que des Angloys nostre espérance Est de les mectre à finement.

Et vous, Pucelle de renon, Où en vous est tant de prudence.

Que par tous pays est le non De vostre proesse excellance, Avecques vous veil ma puissance Demonstrer, ma force et vertu.

Afin que ayez cognoissance Que avecques vous m'avez veu.

61à LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEANS.

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