‹ Le mistère du Siège d'OrléansChapitre 132 sur 154 · MARESCHAL DE SAINTE SUAIRE · texte numérisé non relu

MARESCHAL DE SAINTE SUAIRE

Dame Jehanne, comme je voy, De nous ung chascun est contans A acomplir de bonne foy Voz oppinions en tous sans; Par voz diz et par voz moyens, De ce qu'i vous plaisa de faire Nului n'en est contredisant, Mès vostre bon plaisir parfaire.

POTON

Tousjours j'é suyveu ceste guerre, Voire dès le commancement, Et me suis fort trouvé en serre Par plusieurs foiz et bien souvent; Mès puis le bon advenement 17,530 F" /i35 r". De Jehanne, la noble Pucelle, Nous n'avons eu encombrement, Mès sommes demeurés en selle.

LA HIRE

Pour vous en dire mon advis, Aller devons à Baugenci, Passant par Meung, selon les dis De Jehanne, je l'entent ainsi, Et acomplir du tout aussi Ainsi qu'elle dit et propose, Que avec elle n'ay soussi :

En son voîoir me dispose.

MESSIRE FLEURANT D'ILLIERS

J'en suis de ceste oppinion;

Je ne veil nului contredire

Ne la Pucelle de renon.

Ce que veult acomplir désire;

Que pour la besoigne conduire

N'est nul de nous qui puisse mieux :

Par quoy je dy, sans nul médire.

Servir la devons en tous lieux.

JAYMET DE TILLAY.

Je n'en veil point faire de doubte Ne oppiner aucunement, Que ma volanté si est toute A son plaisir entièrement; Qu'elle nous a si noblement Gouvernez puis qu'elle est venue, Que tousjours en accroissement La chose est tousjours parvenue,

THUDUAL DE CARMOISON.

Messeigneurs, de ce cas icy En dire n'est nécessité ; La Pucelle du bien de lui Nous a nostre fait tout noté.

Ne que je soye entallanté Voloir dire allencontre d'elle Il ne sera jà rapporté, Qu'ensuivre je veil sa querelle.

JAQUES DE DIGNAN, Seigneur de Beauraanoir.

Jamès ne voudroye au contraire Aller de son oppinion, Que en tous lieux, il est notoire, Ces dis sont de permission;

Car tout à son intencion 17,570 Où y lui plaist elle parvient :

F' ^36 r". Par quoy ma resolucion

Si est faire comme elle entant.

THIBAULT DE THERMES , vidame de Chartres.

Je vous diray, mes bons seigneurs,

Et comme je voy et me semble, 17,075

Que vous avez fiché vos cœurs

A Jehanne, qui les vous assemble,

Et que vous estes tous ensemble

Uniz et d'une oppinion,

Dont mes fais et mes dis resemble 17,580 Tous à la vostre intencion.

ALANSON.

Çà, dame Jehanne, pour conclure Ferez ce que avez entrepris, Et quant verrez qui sera heure

Mandez le nous à quelque pris, 17,585 Et que nous ne soyons surpris Quant vous plaisa le nous mander, Que de guerre sommes apris , Et je croy que bien l'entendez.

LA PUCELLE

Je vous diray pour abréger i7'â9o V i36 v". Meshuit nous ne partirons point; Ghascun pense de soy loger Et mectre son harnois à point.

Que demain y n'y faille point,

Qui a harnois ni aultre chose, i7'595 Et que chascun de point en point

De soy armer se dispose ;

Que, en nom Dieu, comme je pance,

Au plus matin nous partirons

Et tous yrons courir la lance, 17.60..

Vois ci Anglois nous trouverons,

Que, se je puis, nous les arons.

Ou y delayront le pays

De France, que trop tenu l'ont,

Ou yl y seront mors ou pris. 17,605

Pose (le tronipetes, menestriers et autres instrumens. — Puis après arrive le messagier devant le Roy et dit

LE MESSAGIER

Or sui ge bien à point venu Et ay fait bonne diligence.

Quant le bon roy Charles j'é veu Et que je le voy en présence.

A luy m'en voys sans demourance 17,610 ¥" us-! r . Lui raconter mon vray message.

De par la dame d'excellance.

C'est dame Jehanne, au gent corsage.

Très chier seigneur, Dieu vous dont joye ! Devers vous vien message faire 17,615 De par la Pucelle humble et coye, Laquelle est remply de bonn'aire , Qui de son cas et son affaire Vous en mande, roy excellant,

De par moy, comme il est notoire 17,620 Et que vous diray en presant.

De ses nouvelles vous apporte, Comment Jai-gueau a esté pris Par elle et des gens de sa rotte,

Qui avec elle estoient commis, Et tous les Anglois à mort mis, Fors que le comte de Suffort Qui à grant ranson est sommis. Et son frère Alixandre mort.

Si dit on que messire Jehan, Son frère, aussi est prisonnier, Et à Orléans, je le say bien,

Y sont soigneusement gardez Par voz princes et voz subgectz, Qui ont pour le présent corage Plus fier que n'aroit le sanglier Qui chacé est ou vert boucage.

Lesquieux sont très grosse puissance, Et de toutes parts en survient, Vous faisant tous obéissance

En vous servant soigneusement, Obbeyssant entièrement A la noble vaillant Pucelle.

Ghascun quiert la vois bonnement Et estre obeyssaat à elle.

Et ainsi que partir voloye, Disoieiit aller à Baugenci, Où des Anglois très grant monnoye

Y avoit, et à Meung aussi.

Et leur voloir estoit ainsi ,

Que de .xx. lieux entour Orléans Ne queudront sauge ne percy D' Anglois qui repérait leans.

Et me dist la noble Pucelle Qui vous plust à Orléans venir Incontinant ceste nouvelle, Que de vous vois avoit désir;

Et aussi que pour parvenir A sa très noble intencion

Y vous plust de ne luy faillir, Que luy a grant affection.

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