‹ Le mistère du Siège d'OrléansChapitre 137 sur 154 · CAPPITAINE · texte numérisé non relu

CAPPITAINE

Faictes diligence très grant De voz gens en ceste nuytée; Puis, quant viendra à l'ajournée, Que vous soyez prest combatant.

SENESCHAL

Je m'en vois donques de présent Pour ordonner de ceste armée;

Mais, pour Dieu, qu'elle soit celée!

Dommaige y pourroit avoir grant.

Lors icy y a pose grande. — Et puis dit le comte de Richemont, nommé Artus, comiestable de France :

CONTE DE RICHEMONT, connestable de France.

Je voy qu'il est temps et saison.

Ainsi que de droit et raison.

Aller secourir les François, Qui sont de si noble maison

De France, dont grant meprison 18,370 Ont fait ces desloyaulx Anglois; Que le bon Charles de Vallois Ont frustré de ces beaux drois Et de ces païs ung grant nombre.

Donques, avant qu'i soit deux mois. 18,375

J'ay intencion de les vois.

Où je leur donray grant encombre.

L'ost des François, comme je croy,

A Orléans est en noble arroy,

Où sont grant nombre de seigneurs i8,38o Tous parens et amis du Roy, Qui le servent de bonne foy F°/456v°. En grans peine et en grans labeurs, Encontre gens diffamateurs,

Maleuseurs, larrons, decepveurs, 1 8,385

Qui sont Anglois de tel nature ,

Pires que Sarrazins ou Teurs,

Qui n'ont en eux bien ne honneurs,

Mès sont gens de malle adveuture.

Si ont eu, depuis quatre mois, 18,390

Beaucoup à faire, je le crois.

LE MISTERE DU SIECxE D'ORLEANS.

Et n'ont pas eu tout le milleur;

Que, comme j'entant, les François

Si ont débouté les Anglois

Par force, puissance et vigueur,

Que, pour le présent, le malleur

Est tourné sur eulx en rigueur,

Gomme chascun dit et racompte,

Et de présent sont en doleur

En malleureté et labeur.

Plus de leur fait n'est tenu compte,

Si est, par le commun pays

Comme chascun dit, que depuis

Vint en France ceste Pucelle,

Anglois si ont esté soumis,

Abatuz, cassez et desmis,

Et si ont perdu leur querelle

Que chascun s'enfuyt devant elle;

Nul ne se trouve soubz son elle,

Ne nul ne l'ose plus atandre.

Quant à moy, je croy que c'est celle „

Qui rachètera la perte telle

Que François ont eu et l'esclandre.

Je suis comte de Richemont

Nommé Artus, par mes droiz noms,

Et suis connestable de France,

Si doy pleurer de ceur parfont

Que moy et tous mes gens ne sont

Aveques eux en ordonnance,

Moy qui suis chef de tel puissance

Et que deusse par excellance

Estre le premier appellé!

J'en ay en moy grant desplaisance,

Que je deusse avoir premynance.

Estre de tout l'ost consolé.

Si veii aller sans différer Devers eulx et me présenter, Leur faire plaisir et service.

Nonostant je doy doubler Avoir crainte et peur y aller La fureur du Roy et justice; Que je say bien que, par mon vice, Au Roy est venu la notice De la mort du seigneur de Grat Que je commis par ma malice, Dont de faire m'estoit propice, Mès le Roy m'en sait ung grant mal.

Si ay advisay prestement Que je m'en yray promtement Présenter devant la Pucelle, A laquelle tout plainement Luy diray mon encombrement, Et me mectre à mercy d'elle, Laquelle est gracieuse et belle, Humble comme la torterelle; Luy requérant qu'elle me face Que envers le Roy me revelle, Et qu'i lui plaist à sa querelle Luy prier que pardon me face.

Sus, seneschal, venez avant!

Faictes abiller tous noz gens Et partir, sans atandre plus, Tous abillez de harnois blans, Sans que à nul ne faille riens En quelque lieu, ne sus ne jus; Que je veil montrer mes vertus Contre les Anglois plains d'abus.

Qui au Roy font tant de mallerre.

Donques, je fais veu à Jhesus

Que, ainsi comme je conclus, i8,46o Je leur merray très forte guerre.

Faictes noz trompetes sonner, Que je veil partir sans atandre.

Et que chascun se veille armer

En présent et devant moy rendre, i8,/i65 Et tous ses abillemens prendre Qui en guerre s'i appartenent.

Sur paine envers moy de meprandre 1" 'i56 r\ Et encourir très grosses paines.

SENESCHAL

Monseigneur, de ce ne doubtez, 18,470 Tout sera prest incontinent, Et seront tantoust aprestez, Qu'i n'arresteront tant ne quant.

Trompetes, sonnez cependant

Et faictes nos gens assambler, 18,475 Armez comme preux et vaillant Pour faire ces lances branler.

Lors les trompetes sonneront, et tous les gens du connestabie viendront, lous armez de harnois blancs, devant luy en grans pompes et magnificence; puis dit le seneschal :

LE SENESCHAL

Monseigneur, voici tous vos gens Bien en point, en grant compaignie, Tous bien vestuz de harnois blans, i8,/i8o Aveques ce chère hardie, F°/i.56v'. Garniz de toute artillerie.

Désirant entrer en butin

Et vois Anglois sur la prarie

Aujourd'uy ainçois que demain. iSMô

RICHEMONT

On m'a dit et j'en suis certain

Que l'ost si est à Meung sur Loire,

Et qu'i départ au plus matin

Vers Baugenci, en très grant gloire.

Si nous y convient les retraire 18,^90

Pour l'ost trouvir certainement,

Que il aura de nous afaire,

Si y allons hastivement.

Lors icy y a pause. — Et partira luy et ses gens. Et puis dit

LA PUCELLE

De présent est l'eure venue

Qu'i est tans d'ici départir 18,495 Pour nostre entreprise tenue Et pour la voloir acomplir, Désirant que puisse venir F" 457 r°. A joye et à vostre victoire;

Et nous y dont Dieu parvenir i8,5oo

Auquel en appartient la gloire.

Çà, messagier, diligemment

Vat en les trompetes quérir,

Qui viengnent à moy prestement

Toutes prestes, sans deffaillir. i8,5o5

Va toust et les me faiz venir,

Que j'é de présent d'eux affaire.

MESSAIGER.

Vostre voloir veil acomplir Diligemment, à bonne chère.

LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEANS, Lors le messaiger va, et dit

LE MESSAGIER

Çà, trompetes, levez vous sus, i8,5io Venez à Madame parler, Et soyez en point sus et jus Pour devant elle trompiller.

Je ne say où et veut aller, Mès dit que faciez diligence.

F" ii57 TROMPETES.

Nous ne volons point délayer, Mès faire volons sa plaisance.

Lors viennent; puis dit

LA PUCELLE

Mes bons amys, je vous diray Allez trompiller parmy l'oust, Tant que tout soit appareillay Et mis son harnois sur le doux, Pour assembler noz gens trestoux; Puis sera advisé que ferons.

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