CAPPITAINE
Faictes diligence très grant De voz gens en ceste nuytée; Puis, quant viendra à l'ajournée, Que vous soyez prest combatant.
SENESCHAL
Je m'en vois donques de présent Pour ordonner de ceste armée;
Mais, pour Dieu, qu'elle soit celée!
Dommaige y pourroit avoir grant.
Lors icy y a pose grande. — Et puis dit le comte de Richemont, nommé Artus, comiestable de France :
CONTE DE RICHEMONT, connestable de France.
Je voy qu'il est temps et saison.
Ainsi que de droit et raison.
Aller secourir les François, Qui sont de si noble maison
De France, dont grant meprison 18,370 Ont fait ces desloyaulx Anglois; Que le bon Charles de Vallois Ont frustré de ces beaux drois Et de ces païs ung grant nombre.
Donques, avant qu'i soit deux mois. 18,375
J'ay intencion de les vois.
Où je leur donray grant encombre.
L'ost des François, comme je croy,
A Orléans est en noble arroy,
Où sont grant nombre de seigneurs i8,38o Tous parens et amis du Roy, Qui le servent de bonne foy F°/456v°. En grans peine et en grans labeurs, Encontre gens diffamateurs,
Maleuseurs, larrons, decepveurs, 1 8,385
Qui sont Anglois de tel nature ,
Pires que Sarrazins ou Teurs,
Qui n'ont en eux bien ne honneurs,
Mès sont gens de malle adveuture.
Si ont eu, depuis quatre mois, 18,390
Beaucoup à faire, je le crois.
LE MISTERE DU SIECxE D'ORLEANS.
Et n'ont pas eu tout le milleur;
Que, comme j'entant, les François
Si ont débouté les Anglois
Par force, puissance et vigueur,
Que, pour le présent, le malleur
Est tourné sur eulx en rigueur,
Gomme chascun dit et racompte,
Et de présent sont en doleur
En malleureté et labeur.
Plus de leur fait n'est tenu compte,
Si est, par le commun pays
Comme chascun dit, que depuis
Vint en France ceste Pucelle,
Anglois si ont esté soumis,
Abatuz, cassez et desmis,
Et si ont perdu leur querelle
Que chascun s'enfuyt devant elle;
Nul ne se trouve soubz son elle,
Ne nul ne l'ose plus atandre.
Quant à moy, je croy que c'est celle „
Qui rachètera la perte telle
Que François ont eu et l'esclandre.
Je suis comte de Richemont
Nommé Artus, par mes droiz noms,
Et suis connestable de France,
Si doy pleurer de ceur parfont
Que moy et tous mes gens ne sont
Aveques eux en ordonnance,
Moy qui suis chef de tel puissance
Et que deusse par excellance
Estre le premier appellé!
J'en ay en moy grant desplaisance,
Que je deusse avoir premynance.
Estre de tout l'ost consolé.
Si veii aller sans différer Devers eulx et me présenter, Leur faire plaisir et service.
Nonostant je doy doubler Avoir crainte et peur y aller La fureur du Roy et justice; Que je say bien que, par mon vice, Au Roy est venu la notice De la mort du seigneur de Grat Que je commis par ma malice, Dont de faire m'estoit propice, Mès le Roy m'en sait ung grant mal.
Si ay advisay prestement Que je m'en yray promtement Présenter devant la Pucelle, A laquelle tout plainement Luy diray mon encombrement, Et me mectre à mercy d'elle, Laquelle est gracieuse et belle, Humble comme la torterelle; Luy requérant qu'elle me face Que envers le Roy me revelle, Et qu'i lui plaist à sa querelle Luy prier que pardon me face.
Sus, seneschal, venez avant!
Faictes abiller tous noz gens Et partir, sans atandre plus, Tous abillez de harnois blans, Sans que à nul ne faille riens En quelque lieu, ne sus ne jus; Que je veil montrer mes vertus Contre les Anglois plains d'abus.
Qui au Roy font tant de mallerre.
Donques, je fais veu à Jhesus
Que, ainsi comme je conclus, i8,46o Je leur merray très forte guerre.
Faictes noz trompetes sonner, Que je veil partir sans atandre.
Et que chascun se veille armer
En présent et devant moy rendre, i8,/i65 Et tous ses abillemens prendre Qui en guerre s'i appartenent.
Sur paine envers moy de meprandre 1" 'i56 r\ Et encourir très grosses paines.
SENESCHAL
Monseigneur, de ce ne doubtez, 18,470 Tout sera prest incontinent, Et seront tantoust aprestez, Qu'i n'arresteront tant ne quant.
Trompetes, sonnez cependant
Et faictes nos gens assambler, 18,475 Armez comme preux et vaillant Pour faire ces lances branler.
Lors les trompetes sonneront, et tous les gens du connestabie viendront, lous armez de harnois blancs, devant luy en grans pompes et magnificence; puis dit le seneschal :
LE SENESCHAL
Monseigneur, voici tous vos gens Bien en point, en grant compaignie, Tous bien vestuz de harnois blans, i8,/i8o Aveques ce chère hardie, F°/i.56v'. Garniz de toute artillerie.
Désirant entrer en butin
Et vois Anglois sur la prarie
Aujourd'uy ainçois que demain. iSMô
RICHEMONT
On m'a dit et j'en suis certain
Que l'ost si est à Meung sur Loire,
Et qu'i départ au plus matin
Vers Baugenci, en très grant gloire.
Si nous y convient les retraire 18,^90
Pour l'ost trouvir certainement,
Que il aura de nous afaire,
Si y allons hastivement.
Lors icy y a pause. — Et partira luy et ses gens. Et puis dit
LA PUCELLE
De présent est l'eure venue
Qu'i est tans d'ici départir 18,495 Pour nostre entreprise tenue Et pour la voloir acomplir, Désirant que puisse venir F" 457 r°. A joye et à vostre victoire;
Et nous y dont Dieu parvenir i8,5oo
Auquel en appartient la gloire.
Çà, messagier, diligemment
Vat en les trompetes quérir,
Qui viengnent à moy prestement
Toutes prestes, sans deffaillir. i8,5o5
Va toust et les me faiz venir,
Que j'é de présent d'eux affaire.
MESSAIGER.
Vostre voloir veil acomplir Diligemment, à bonne chère.
LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEANS, Lors le messaiger va, et dit
LE MESSAGIER
Çà, trompetes, levez vous sus, i8,5io Venez à Madame parler, Et soyez en point sus et jus Pour devant elle trompiller.
Je ne say où et veut aller, Mès dit que faciez diligence.
F" ii57 TROMPETES.
Nous ne volons point délayer, Mès faire volons sa plaisance.
Lors viennent; puis dit
LA PUCELLE
Mes bons amys, je vous diray Allez trompiller parmy l'oust, Tant que tout soit appareillay Et mis son harnois sur le doux, Pour assembler noz gens trestoux; Puis sera advisé que ferons.