LE DUC DE BETEFORT
C'est bien dit; que en son repaire
Chascun s'en voise reposer, «3o
Et en son logeis soy retraire,
Pour son corps bien disposer.
Demain l'on pourra propposer
De noz affaires plus à plain,
Et tous ensemble en composer. 8.35 A Dieu tous, jusques à demain.
F" 31 v°. Chascun se ti[re]ra en son lieu, et y a pause longue. — Et puis dil
LE DUC DE SOMBRESET
Marcheault, es tu point icy?
Levé sus toust, legierement.
MARCHEAULT.
Etoyi, monseigneur, me voicy,
Tout prest à vo commandement, 8ào
LE DUC DE SOMBRESET
Va-t-en dire premièrement
Au bon conte de Sallebry,
Que viengne à nous présentement,
Et aux autres seigneurs aussi,
En luy disant que je luy prie 845 Que tous ceulx qui sont arrivés Nagueres en sa compaignie,
Gomme à noz amys privez,
Qu'il leur plaise eulx tous trouver
Prestement en nostre cliasteau.
MESSAGIER
Je m'y en voys sans arrester, Je l'accompliray bien et beau.
Lors vient et dit
MESSAGIER
Très chier et redoubté seigneur, Je vous viens annoncer messaige, De par le duc, prince d'onneur, Qui est garny d'un gent couraige.
Si est très noble prince et saige Le vaillant duc de Sombreset, Qui vous mande, en brief langaige, Aillez ou chasteau où il est; Lequel m'a dit que je vous dye Que les princes qui sont venuz Avecques vous en compaignie. Que pas vous n'en retenez nulz, Que les menez, grans et menuz.
Ne scay pour quelle cause c'est.
SALLEBRY.
Y ne luy seront retenuz,
Dy luy que nous sommes tous prest.
MESSAGIER
Monseigneur, j'ay fait par exprès A tous vostre commandement;
Viennent devers vous, sans arrest, Vous obeyr entièrement.
LE DUC DE SOMBRESET
Tu as bien fait certainement, Je suis joyeulx de leur venue.
Trompetes, sonnez vistement, 875 En attendant leur survenue.
Après la pose des trompetes dira
SALLEBRY.
Messeigneurs, il nous fault aller ^ ^ Au chasteau , tout présentement ,
Là, de nos besoignes parler
A messeigneurs entièrement. sso N'arrestons icy longuement; F" 33 r°. Car il nous a esté mandé,
Et puis trestous assemblement Verrons qui sera ordonné.
LE SIRE GUILLAUME DE LA POLLE
Vous dictez bien, allons y tous, «85
Sans faire cy plus de demeure.
Que il ne tiengne à nul de nous ,
Et y allons tous de ceste heure.
Il est temps que Dieu nous secourre
De penser du fait de la guerre, • 890
Et que chascun bien y labeure ;
Car c'est ce que devons requerre.
LE SEIGNEUR D'ESCALLES.
Vous dictes toute vérité,
LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEANS. 35 Le séjour ne prouffite mye.
Durant la prospérité, 895 N'ayons point la chiere endormye; Allons devers la seigneurie, Qu'elle nous attend dès pieça,
F" 2 3 v". LE SIRE DE FAUQUEMBERGE.
Messeigneurs, mais je vous emprie.
Ne nous tenons plus par deçà. 900
Pose. — Et partiront tous, et les seigneurs tant d'un cousté que d'autre s'assembleront tous en ung lieu; et se lieve et dit
SALLEBRY.
A vous, très haulx et très puissans seigneurs, En qui proesse, vaillantise et honneurs, Auctorité et vertu si abonde, Je suis icy ung de vos serviteurs.
Pour vous servir, vous tous grans et mineurs, 905 •
Où vous plaira aller en tout le monde. Vous savez tous que la grant mer parfonde Ay passée et la périlleuse unde, Pour venir cy à vous faire service.
Que s'aucuns est qui en malleur se fonde, ' 9»o Encontre vous je vueiî qu'on le confonde. Et suis aussi pour en faire justice.
Or, savez vous, messeigneurs et amis, Comment le Roy si a esté remis F" ai i'. Par feu son pere. Dieu ait l'ame de luy! 915 Oncq plus vaillant ne fut en ce pays, Preux et puissant en armes et en diz, Sans perdre riens jamès, la Dieu mercy. Oncques ne fut plus vaillant ne hardi
Homme vivant, je le afferme et le dy, 9^0 Qui peust sur luy avoir jamès victoire. Ses anemis luy ont tous obey, Ne nul qui soit ne luy a deffailly, Par quoy tousjours de luy sera mémoire. Aussi, savez, nostre roy est enffant g-'S . Et en jeune aage, deliquat et plaisant. Pour parvenir en très haulte puissance.
Nous sommes ceulx qui devons, en tous sens. Garder le sien contre tous malveillant[s], Son heritaige et son appartenance. 9'^"^ Dont, Dieu mercy, par vostre providence. Monstre avez, par faiz et par science, Et en faiz d'armes aussi entièrement, Que partout est le bruit et excellence Des très haulx faiz que avez fait en France, 9'^'^ Dont sera renom perpetuelment ^ Or, suis icy venu deçà la mer, • Pour vous servir de bon cueur, sans amer,
En loyaulté et faiz de vaillantise,
Pour nostre roy que nous devons aymer, 9'*'^' F" ai v°. En luy gardant son droit, et affermer
Encontre tous, par armes, sans faintise;
Vous requérant [qu'on] regarde et advise
Se besoing est de faire une entreprise.
Ou se en layra tout ainsi comme il est. ' 9'^-'
Par vos beaulx faiz avez France conquise,
Si en povez, du tout à vostre guise.
Du résidu en faire desoresmais.
Et de ce faire à vous je m'en attend.
Esleu je suis de par vous lieutenant , <)5<^'
' Lisez perpétuellement.
Du bien de vous, non pas par ma prudence, D'autres que moy fussent plus suffisant. Pour ung tel faiz et charge si pesant. Qui en tel cas eussent plus congnoissance; Mais, puisqu'en moy avez telle fiance, A mon povoir et petite science, M'y emploieray du tout entièrement.
Si advisez, et à vostre ordonnance Acompliray, de corps et de chevance. Et en vous^ diz du tout certainement.
LE SIRE GUILLAUME DE LA POLLE
Messeigneurs, vous voyez comment Gy devant, en nostre présence, 11 a allégué plainement Son cas et mis en ordonnance; Et croy que bonne pourvoyance Est bonne pour mectre en ce cas.
Avecques toute diligence, Et en adviser hault et bas.
Nous savons aussi clerement Que nous avons encores affaire, Et n'avons pas l'achèvement De nostre entreprise parfaire.
Nous avons encoires, au contraire, Plusieurs villes et belles places Qu'i convient à nous les retraire, Par force d'armes ou menaces.
Si seroie d'oppinion De assembler nostre puissance, Puis savoir la rébellion
pour vos.
De tout le remanant de France , Et les sommer sans differance, Pour savoir qui contredira; Puis après, d'escu et de lance Promptement on les desfyra.
LE DUC DE SOMBRESET
Ainsi faire le conviendra,
Et est bien dit, comme il me semble ,
Que par ce point on congnoistra
Les contrediz; par ceste exemple,
N'y aura celuy qui ne tramble
A vouloir dire le contraire;
Et, puis que sommes cy ensemble,
Dire vueil à mon auditoire :
Nous avons encor grant pays
A subjuguer, comme savez;
Mais, quant nous l'aurons entrepris.
Nous le recouvrerons de legier.
Berry avons à recouvrer.
Et sur la rivière de Loire ,
Qui est peu , selon mon cuider.
Non pourtant sil^ fault il faire,
Et, comme il dit, il seroit bon
Sommer les places et les lieux.
Et tous les pays d'environ ,
Que verrez faire pour le mieulx.
De présent sommes vertueulx.
Et puissans d'armes et de port,
S'aucuns nous sont contrarieulx .
De les assaillir sans depport.
Messeigneurs , vous dictes très bien,
Est bien advisé en ce cas.
Il fauit faire ou ne faire rien,
Et y advisez hault et bas.
Vous savez que vous n'avez pas
L'achèvement de ceste guerre ;
Assembler devez voz estas,
Sans plus en parler ne enquerre.
Nous sommes. Dieu mercy, puissans,
Et en armes crains et doubtez,
Que il n'est celuy tant soit grant
De qui ne soyons redoubtez.
Nul ne vous ose débouter
Ne aucunement riens desdire;
Si devez doncques surmonter
Tous ceulx qui vouldront contredire;
Et, comme a esté dit icy.
Sommer devez voz adversaires
Pour y besoigner, trestout ainsi
Gomme verrez à voz affaires.
Si aucuns vous trouvez contraires,
Assaillir les fault rondement,
Adfm que autres exemplaires
Hz y preignent publicquement.
LE SIRE DE HONGRESFORT
Vous dictes bien certainement, Messeigneurs, et avez bien dit Qu'i fault poursuivre chauldement Voz anemis, sans contredit.
Que s'il est qui vous intredit,
Ou qui vous face le refFuz, Assailly soit par vostre edit, Et que tantost il soit mis jus.
Mais, avant, je conseilleroye Que feissiez assembler voz gens En armes, puis prandre la voye A s'en aller droit et avant.
Vous avez Chartres, qui est grant Et forte ville de deffence; Allez vous en bouter dedans, Vous estes ou millieu de France.
Vous saurez là toutes nouvelles, Qui vous viendront de toutes parts, Et ceulx qui tiendront vos querelles.
Ou ceulx qui ne les tiendront pas.
Alors, vous verrez, en ce cas.
Par conseil, que vous devrez faire, Et assemblerez voz estas.
Ainsi comme c'est la manière.
LANCELOT DE LISLE , mareschal d'Angleterre.
Il dit voir : quant serez à Chartres, Plus voz anemis vous craindront, Quant ilz verront à bonnes certes, Vostre puissance doubteront.
Et pourrez aller où seront Ceulx qui ne veulent obeyr; Puis, à l'eure, congnoistront Comment ilz veullent deffaillir.
Et adont vous pourrez sommer Ceulx que verrez estre besoing, Comme on vous pourra informer De voz anemis près et loing.
LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEANS. li\
Si vous en dy icy à plain
Mon advis, ainsi que j'entend, ' 1070
Que dèfvez prendre ce chemin, Et qu'il est expédient.
CLASIDES.
Messeigneurs , pour vous abréger, J'ay oy voz oppinions,
Que vous avez cy alléguez, 1075 Et voz consultacions, Lesquelles, par vives raisons, On les doict fournir, et parfaire Voz dictz et voz conclusions,
Sans voulloir aller au contraire. '080 Et suis bien de l'oppinion F" 27 v'. Que à Chartres on doit aller. Sans en faire dilacion, Qu'i sont voz amis très privez.
Là, vous pourrez consulter io85 Des choses que avez affaires, Et beaucoup mieulx disposer De vos besoignes neccessaires.
LE SIRE DE MOLINS
J'en suis bien de l'oppinion^
Que à Chartres nous en aillions, 1090
Pour faire la conclusion
De ce que faire nous devons.
Vous saurez les rebellions,
De ceulx qui vouldront obeyr
' C'est la Jeçon primitive , qu'une main plus moderne a rayée et remplacée par celle-ci :
C'est votre expedicion.
Et aussi les intencions,
Quel party ilz vouidront tenir.
MESSIRE JEHAN DE LA POLLE
Messeigneurs, c'est bien advisé; Que tel est qui dit mal de nous, Bien loing d'icy, à son privé, Quant il vous verra, sera pour vous.
Vostre présence fera paours A voz anemis, ne doubtez, Et leur ferez muer propoux.
Quant il vous verront appresser'.
LE SIRE DE PONT
Il dit bien et suffist assez.
Et en suis de l'oppinion.
Si conseille par eschever De faire vosfre intencion.
Aussi avez fait mencion De Chartres, il y fault aller.
Si devez, sans dilacion, Y entendre, sans plus parler.
SALLEBRY.
Messeigneurs, par vostre conseil Vueil besoigner, et non autrement; Ghascun face son appareil Pour y aller présentement.
Quant je voy que totallement Ung chascun de vous s'i accorde.
Il nous fault partir briefvement
F° «8 v". En union, sans discorde. 1120 Pour ce, trompetes, sans actendre, Sonnez, pour assembler noz gens.
Et que chascun se vueille rendre Pour partir tout incontinant,
Garny de harnoiz bel et gent; 1135 Et que tantost on s'apareille, Car je y vueil aller de présent.
Se aultre chose ne me resveille.
Lors les trompetes sonneront, et tous les princes arriveront avec leurs estandars. Puis dit
SALLEBRY.
Or çà, seigneurs, comme je voy, Nous sommes cy grant assemblée; Partons donques en bel arroy.
Que Dieu nous conduise nostre armée, Et que brief bonne retournée Nous puissions tous faire au pays, Adfm que Engleterre louée Soit de noz parens et amis.
Lors partiront, et y a pose longue. — Et puis dit
SALLEBRY.
Voy là Chartres très renommée, Excellente ville et plaisant.
Où la Vierge très honnorée Y fait des miracles moult grans; n'io L'église qui est triumphant, De beaulté la plus eslevée, Si luy supply en requérant Qu'elle préserve nostre armée.
ùà LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEANS.
Adont y a pose longue. — Et puis se serrons^ tous, et Sallebry se iieve et dit :
SALLEBRY.
Gà, messeigneurs, pour parvenir ii45 A nostre très bonne entreprise, Voz oppinions fault ouyr, Et que ung chascun en devise, En ce cas icy, et advise F° 99 v°. Tout selon son entendement; hôo Que la chose du tout est mise En vous^ diz tout entièrement.
A Chartres sommes arrivez, En nostre ville cappitalle,
Qui nous ayme, comme savez, ii55 D'une amour franche et cordialle.
C'est ville l'especialle, Après Paris que nous avons.
Qui nous est aussi plus lealie.
Et oii plus nous espérons. 1160
Donques, s'il vous plaist, messeigneurs,
Vous direz ici voz advis
De noz besoignes et labeurs,
Ad ce que avons entrepris.
Vous estes tous gens de hault pris, ii55 Et à qui la besoigne touche; En tous voz faiz et en voz diz N'y eult onques jamès reproche.
Si vous prye que en devisez
De nostre affaire desoremais, H70
Et que vous en délibérez
Que vous en semble que bon est.
' Sic. Lisez serrant, seoiront. * ''^ Vous pour vos, comme déjà ci-dessus.
Vous estes icy par exprès Tous les principaulx d'Angleterre, Qui avez la charge et le faiz A soustenir toute la guerre.
MESSIRE JEHAN FACESTOT.
Messeigneurs, puis que il vous plaist,
J'en diray icy mon advis,
Et ce qui me semble qu'il est,
Aussi dont adverty je suis.
Nous avons ung très grant pays
Gonquesté du royaulme de France,
Normandie avons et Paris,
Et autre grant appartenance.
Nous tenons du royaulme la fleur.
Qui est une chose certaine,
Que nous avons tout le meilleur
Du tout mis en nostre demain e.
Nous avons le Perche et le Mayne,
Anjou, La Rochelle et Bourdeaulx,
Et, sus la rivière de Saine,
Pluseurs villes, bourgs et chasteaulx;
Puis la terre de Beausse avons,
Frappant jusques es forsbourgs d'Orléans.
Où tous les blez du pays sont.
Et habondance de tous biens;
Ny ne reste comme plus riens
Sinon Orléans, pour le ravoir,
Lequel aurez incontinant
Qui vouldra faire le devoir.
Mais conseille que nous aillons
Premier à Bourges en Berry,
Et que Orléans nous environnons
De Giem, Jargueau et Sully.
Après, il n'y aura celuy 1205 Qui leur puisse faire aydance, Ne vivres n'auront de nully; Puis l'aurez sans résistance.
LE DUC DE SOMBRESET
Je suis bien de ceste acordance
Que Orléans il nous fault avoir, 1210
Qui vouldra avoir toute France,
Que Orléans en est ung manoir,
Et est une ville, pour voir.
Qui nous pourra bien contredire ;
Car tousjours ont eu bon vouloir 1216
A leur roy, comme ay oy dire;
Et croy qu'i vault mieulx les enclorre
Des villes qui sont en l'entour.
Y aller n'est pas peu de chose,
Si nous veullent faire le sourt, 1220
Y pourroi[ent] avoir du secours, F' 3i r\ Qui nous donneroit resistence.
Pour ce, vault mieulx aller autour; Eschaudé est qui trop s'avance.
Avoir fault Ghasteaudun et Blois, laa.^
Baugenci avec Meung, Jargueau,
Et autres villes qui sont près.
Ainsi comme le long de l'eau,
Cloux' serons comme en ung preau.
Et ainsi comme soubz la saine ^; 1230
Puis vous seront doulx comme ung aigiiau,
Longent le coul comme la gene^
' Cloux, clos, enfermés. ' Peut-être allongeant le cou comme à la
' Saine, seine, filet, engin de pêche. gêne?
Et en ferez ce que vouldrez.
Quant ilz se verront ainsi pris, A vostre vouloir les aurez, Tous les plus grans et les petiz.
Quant ilz se trouveront surpris, De vivre n'auront nul secour; Vous voyez cy ce que j'en diz, Ne n'y scay point de meilleur tour.