‹ Le mistère du Siège d'OrléansChapitre 61 sur 154 · GUITRY · texte numérisé non relu

GUITRY

S'i veuHent trêves accorder,

On s'en rapporte bien à eulx; 5915 S'i les veulent desacorder, Vous n'en valoir ne pis ne mieulx. Je croy qui seront bien joyeux Quant vous leur offrez ceste chose, Ou y seront bien mal gracieux, 59-20 F" i46\°. Qu'i sont lassez, bien dire l'ose.

LE SIRE DE CORRAS

Il n'ont pas eu le meilleur En cest assault certainement.

Ne n'y ont acquis nul honneur

Ne nul prouffit pareillement; 5925

Mais de leurs gens piteusement

Y est demeuré ung grant nombre.

Lesquels désormais nullement

Ne vous y donront plus d'encombre.

LE BASTARD D'ORLEANS

Messeigneurs, voz oppinions 5930 Vueil acomplir en diligence.

Et les princes qui esleuz sont Acompliront vostre ordonnance.

Donques, sans nulle differance

Vous acomplirez le voyaige 0935 Devers le noble roy de France, Sans plus en faire de langaige.

Pareillement toy, messagier, Entens à moy diligemment :

Aller te fault, pour abréger, oç^iio

En l'oust des Anglois promptement.

A Taliebot principalment, F' 167 r". A luy premier te adresseras, Et ton messaige entièrement

De par les princes luy diras : 59/15 Sy est que, ce s'est son plaisir.

Que trêves ensemble nous eussions, Et pour les corps ensevelir Qui gisent au long des buissons.

Des leurs et des nostres y sont 5960 Qui piteusement y sont mors; Bien recuillir nous les devons Sans voloir les lesser dehors.

Avecques ce luy pourras dire

Que, s'i veullent parlementer, 0955 De leur cousté vueillent eslire Ung ou deux pour à nous parler, Savoir qui viennent demander; Et de nostre cousté aussi

Ung ou deux vouldrons ordonner, 5960 S'i leur plaist de le faire ainsi.

Or va, et fais bien la besoigne Pour en rapporter la responce.

MESSAGIER

Je l'accompliray sans esloigne ;

Ainçois que le souleil reconche, 5965 Sans en faillir une seule once, Vostre messaige acompliray; ^ ;= Ne qu'à Taliebot ne prononce,

F" 1A7 v. Tout vostre plaisir luy diray.

Adonl icy y a pause. — Et doivent les seigneurs partir pour aller devers le Roy, et le messagier d'autre cousté. Puis dit

LE MESSAGIER

Je voy là Tallebot assis

En son pavillon fort plaisant,

Où sont plusieurs gens de hault pris

Très nobles princes et vaillant.

Je m'en voys vers luy tout devant

De par les très puissans François

Que Dieu sauve et gart en tous cens,

Et confonde les faulx Anglois.

Tallebot, prince redoubté,

Venu suis en vostre présence

Du povoir et auctorité

Des très nobles seigneurs de France;

Lesquelz tous, par leur ordonnance,

M'ont envoyé par devers vous

Pour ung peu avoir abstinence

De guerre, eulx et voz gens tous.

Si est que de par moy vous mandent

De faire trêve ung peu de temps,

Adfin que es mors il entendent

De les recuillir sur les champs.

Longues ou brèves, entretant

Chascun congnoistra ses amis;

S'i vous plaist en estre contant.

Affermées seront de noz parties.

Et m'ont enchargé de vous dire

Que, se parlementer vous plaist,

Vous autres vous vueillez eslire

Ung prince ou deux, se bon vous est;

Et, de leur cousté, seront prest

Les vouloir oyr et entendre

Durant les trêves, se ainsi est Que à mes dis vous veiliez tendre.

TALLEBOT.

Messagier, bien soyes tu venu; Des François je suis bien joyeux.

Doncques, il leur est souvenu Avoir des nouvelles par eulx !

H ne nous souvenoit plus d'eulx Qu'i nous voulsissent riens mander:

Mès c'est du bien qui est en eulx, Sy leur vueil bien contremander.

Messeigneurs , vous voyez comment Les François, par leur messagier, Vous mandent se aucunement Y vous plaist de les solager, Que il ont esté laidengez En ceste derreniere bataille, Dont trêves viennent demander.

Conseillez vous qu'on les leur baille ? Encores demandent autre chose.

C'est de vouloir parlamenter.

Il doubtent, comme je suppose, Leur doit on cecy accorder?

Des trêves, selon mon cuider, La chose est assez raisonnable; Mès eulx à nous vouloir parler, Advisez s'il est convenable.

MESSIRE JEHAN FACETOT.

Quant au regart de leur requeste.

Elle est licite et raisonnable; Et sans en plus faire d'enqueste,

Elle est licite et convenable, Ne m'est point préjudiciable.

De trêves, il est bien raison; De parler, aussi est notable Pour vouloir ouyr leur raison.

LE CONTE DE SUPPORT

Messeigneurs, il me semble advis Que vous leur devez accorder, Pour recouvrer noz bons amis Et aussi pour les enterrer.

Puis après, pour parlementer, En cela ne povez faillir; Que y vous veullent accorder Peut estre tout vostre plaisir.

LE SIRE D'ESCALLES.

Vous ne leur devez refluser

Trêves, ne de parler ensemble;

Autrement vous vous abusez

Et mal fait seroit, ce me semble.

N'en faictes rien, se bon vous semble.

Ne povez que de les ouyr.

Pensez que tout le corps leur tramble

Et ne savent plus où fouyr.

Ainsi faire nous le devons.

Peut estre veullent accorder.

Ainsi que faire le voulons, Ad ce que voulons demander.

Dire vueil et bien l'entendez Que ad ce ne devez faillir;

Parlez à eulx et respondez,

Pis ne mieulx y n'en peut venir.

LANCELOT DE LISLE

Je suis de ceste oppinion

Que leur devez accorder trêves,

Puis qu'i requerent, c'est raison; «

Mais vous leur devez bailler brèves.

De trois ou de quatre heures plaines

Pour les corps prandre et enlever;

Il ne vous peut estre grevés,

Ce pendant parler vous devez.

TALLEBOT.

Puis qu'ainsi va, j'en suis contant, Trêves quatre heures il aront.

Pour parler à eulx, entretant Que les mors se recuiileront ; Et ung ou deux nous commectrons De parler à eulx sus la grève.

Et leur dy que nous leur mandons Que il viengnent durant la trêve.

LE MESSAGIER

Messeigneurs , je vous remercye.

Vostre responce rapporteray Aux princes plains de baronnie Et vostre voloir leur diray.

De quatre heures, c'est vostre gré.

De trêves pour parler ensemble; Vostre rapport je leur feray.

Comme dit avez, se me semble.

LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEANS. 237 Lors part, et y a pause. — Et vient devant les princes de France et dit

LE MESSAGIER

Messeigneurs, par vostre ordonnance,

Vous a pieu m'avoir envoyé

Vers l'oust des Anglois en présence,

Par vostre licence et congié; 6o85

Ausquelz j'é fait et dénoncé

Et tout parfait vostre messaige,

Lesquelz y sont tout supployé

En l'acomplissant de coraige.

Si est que trêves vous aurez 6090 Durant quatre heures seullement, Pour les corps prandre et enterrer, Les vostres et eulx pareillement.

Puis, pour faire à vous parlement.

En la grève vous envoyeront 6095 Ung prince ou deux certainement, Ainsi que eslirre vouldront.

F' 100 V'. LE BASTARD D'ORLEANS

Y n'ont pas fait la trêve long, Mès non pourtant il nous suffist.

Fault adviser lesquelz yront, Saiges, prudens et entantis.

De bien parler suppellatis', Pour à eulx bien dire et respondre.

Vous, messeigneurs, princes gentis, Eslisez en de vostre nombre, Le sire Estienne de Vignoilles, Me semble qu'il y seroit bon,

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Stippellalis y superlatifs.

En fait de guerre et de parolles, Bien entendu le trouve on De vous dire son oppinion.

Pour y commectre homme savant, N'est nul de vous qui n'y fust bon ; Advisez l'expédient.

MESSIRE LOYS DE CULAN

Au rapport que fait le messaige, De trêves n'avons que quatre heures:

Ne nous fault tenir grant langaige.

Ne faire aussi longue demeure.

Je ne puis savoir qui procurent Dont il ont fait si courte trêve :

Nully ne scet des adventures, La chose me semble trop brève.

SAINTE SUAIRE

Je n'y entend riens nullement En leurs parrolles n'en leurs dis.

Je voy qu i fault premièrement Prandre les corps de noz amis; Oultre plus, y se sont soubzmis Vouloir à nous parlementer, En quatre heures tout est compris; Je n'en saroye riens appoincter.

CHABÂNNES.

Je n'en pourroye nul bien dire De ces Anglois, ne tant ne quant.

Pour quatre heures, à le voir dire, Quant à moy je n'y entend riens, Sinon que chascun soit engrant

De soy maintenir en sa garde; Que je double inconvénient Quant viendra que i'eure se tarde.

MESSIRE MATHIAS

Puis que I'eure est ordonnée, La trêve prinse, par ainsi

Y n'en fault plus faire assemblée, Ne de conseil avoir aussi.

F" i5i v^ Et de présent donne dessi

Que sire Estienne de Vignoilles Doit faire pour nostre party, Leur rendre et donner les parolles.

LE SIRE DE GUITRY

J'en suis de ceste oppinion, C'est que La Hire y doit aller; Pour leur donner bonne raison, Commis soit pour à eulx parler.

Y ne font riens que fatroiller, En eulx n'a ryme ne raison; On les doit du tout là lesser, Que en eulx n'est qu'abusion.

LE SIRE DE BUEIL

Quant trêves avez demandées Et de parlementer aussi, Et il les vous ont accordées, Acomplir les devez ainsi.

Si sont courtes, c'est sans soussy; Soyez tousjours prest vous garder, Si leur faictes de mesmes cy Ne s'en voisent sans berguigner.

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LE SIRE DE CORRAS

Parler n'en fauit ne hault ne bas, Y fault acomplir ceste chose.

La Hire entend bien tout le cas, Enffant n'est pas, je le suppose. Quant au seurplus, bien dire l'ose, Incontinant la trêve faicte, Que nul de nous ne se repose, Mès sur eulx soit faicte une traicte.

CHABANNES

Vous avez vous tous très bien dit Et ne vous saroye que dire.

Les Anglois à leur appétit Veullent faire sans contredire; Sy ne les vueillez point desdire.

Quant trêves leur sont demandées, Et du seurplus vous doit suffire, Puis qu'il les vous ont accordées.

THEAULDE DE VALLEPAIGNE.

De plus en parler c'est simplesse, La chose est assez debatue.

La Hire est plain de hardiesse, Renommé, de haulte value; Et si est bien à leur value De parler à tous les plus grant.

Ce n'est pas une beste mue.

Il est saige, hardy et prudant,

LA HIRE

Dea, messeigneurs, je vous emprie

Que de moy vous vous depportez, Que es Anglois ne pourroie mie Nostre cas pas bien raconter; Et s'i vous plaist m'en supporter, Autres avez plus suffisant Pour mieulx la besoigne noter; Que ad ce ne suis congnoissant.

LE BASTARD D'ORLEANS

Sire Estienne, nous vous prions Que vous faciez ceste entreprise, Et en vous très bien congnoissons Que la besoigne bien vous duise.

Si sera dont par vous premise De Tacomplir entièrement, En vous la charge du tout mise, Sans contredire aucunement.

LA HIRE

Bien, niesseigneurs ; puisque voloir, Vostre plaisir accorderay.

Et y feray à mon povoir.

Du tout au mieulx que je pourray; Et aux Anglois je parleray Touchant le fait de ceste guerre, Et du tout vous rapporteray De ce que je pourray enquerre.

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