‹ Le mistère du Siège d'OrléansChapitre 76 sur 154 · LE CONTE DE CLEREMONT · texte numérisé non relu

LE CONTE DE CLEREMONT

Messeigneurs, on m'a adverti Que les François si sont en voye , Et que des Anglois ont ouy

Des nouvelles pour chose vraye. 8535 Adfm que l'oust ne se devoye,

Us.

A La Hire convient mander

Qu'i n'y touche par quelque voye,

Et qu'i vueille l'armée tarder.

Messagier, va diligamment Dire à La Hire et aux seigneurs Qui sont en Beausse assemblement Es Anglois ne facent rigueurs, Ne travail ne autres labeurs, Mais atendent nostre venue; Qu'il en pourroit venir doleurs Et nostre entreprise perdue.

Demain serons au plus matin Avecques eulx, se nous povons, Pour faire ensemble le hutin, Et ensemble les assauldrons.

Dy leur qu'i nous atendent dont, Sans nullement les assaillir.

MESSAGIER

Je m'en voys sercher où ilz sont Pour vostre messaige acomplir.

Et arrive es François et dit

MESSAGIER

Dieu sault les haulz princes de nom Et toute la grant baronnie!

De par l'ainsné filz de Bourbon Viens devers vostre seigneurie, Qui affectueusement vous prie Que es Anglois ne vous monstrez, Tant que luy et sa compagnie Les voyez demain arriver.

LA HIRE

Par la mort bien ! nous n'en ferons riens.

Maintenant sont en desarroy; «565

Y se parqueront cependant

Et s'enclorront de leur charroy,

De leur piques, comme je croy.

Nul ne les osera assaillir,

Se nous atendons tant soit poy^ 8570 Et pourrons nostre fait faillir.

MESSIRE LO\S DE CULAN

Qui ne les prandra de présent, F° 217 t". Jamès vous n'en vendrez à chef;

Que y s'enclorront là dedans

Et nous feront beaucoup de meschief. 8675

Si vous dy encoires de rechief

Leur donrez loisir et espasse

Eulx fortiffîer et boucher;

Point ne consens que [ce] cy passe.

Messagier, dy leur hardiment 858c

Que nous ne les attendrons pas;

Nous congnoissons visiblement

Que ce n'est pas bien nostre cas :

Y sont de présent mats et laz

Et à une demye lyeue de nous. 8585

LE MESSAGIER

Je m'en retourneray de ce pas.

Leur rapporteray vostre propos.

Pose. — Lors retourne, el puis dit

LE MESSÂGIER.

Très noble et très puissant seigneur, J'é acomply vostre messaige; Lesquelz m'ont du parfond du cueur Respondu du mauvais langaige, Disans que ce seroit le dommaige, Mes bons seigneurs, de vous actendre.

Et si m'ont dit à mon visaige Qui ne vous vouldront contre atendre.

917 v°. LE CONTE DE CLEREMONT.

Retourne à eulx, comment qui soit, Et leur dy que tout est perdu, S'il y vont par aucun endroit Avant que je soye venu.

Dy leur que je l'ay deflendu Et leur deffens à toutes fins.

MESSÂGIER.

Leur diray que avez conclu Jusques à demain, pour le moins.

Lors retourne, et puis dit :

Messeigneurs, je suis retourné, De par le comte Gleremont, Vous dire qu'il est ordonné Que n'alliez aval ne amont.

Tant que luy et ceulx qui là sont Soyent devers vous arrivez; Que demain j'espoir qui seront Avecques entre nous alliez.

LA HIRE

Aille comme en pourra aller!

Je voy les Anglois là devant; F° ai8 r". Ne cessent eulx appareiller

Et se fortiffient là dedans. 861 5

Jamès ne recouvrons le temps Qu'il estoient en beau gibier; Que y se sont doux maintenant Et grandement fortiffiez.

FACESTOT.

Mes amis, voylà les François 8620 Qui sont à demye lieue de nous, De noz charroy, de noz harnoiz; Faisons tant que soyons enclos.

Je congnois que vous avez poux

Et vous atendez à morir; 8625 Mais prenez bon coraige en vous Que vous ne povez où fouyr.

PREVOST DE PARIS

Il nous fault deffendre ou morir, C'est une chose bien certaine;

Mais j'espoir à parvenir 863o

A victoire, tant mectrons peine.

Faictes qu'i n'y ait que une vaine

Et une voye seullement

Pour saillir sur eulx en la plaine,

S'il est besoing aucunement. 8635

F'aiSv». RAMESTON.

Nostre parc si est fosoyé, ' -

Bien clos de cliarroy à l'entour,

De paux esguz fortiffîé,

Qu'i n'y pevent par aucun tour

N'y entrer, par aucun destour. 86io Pour la force d'artillerie, Assortie comme en une tour, Bien appoinctée et bien garnie.

LA HIRE

Gecy je n'enduroye mie

Que je n'alasse visiter 86i5

Les bois, et faire une saillie

Pour les faire dehors bouter.

Je m'y en vois sans arrester

Leur présenter ung coup de lance.

Savoir s'i se vouldront bouter 865o

Dehors de leur parc à puissance.

LOYS DE CULAN.

Je n'ay ne joye ne plaisance De atendre icy longuement :

Les Anglois font leur ordonnance Et se fortiffient grandement, 8655 F" 219 r". Et ne cuide point autrement

Que nous n'y ayons grant dommaige.

Surpris les eussions proprement Et gaigné eulx et leur bagage.

Lors saul(ira La Hire et messire Guillaume Estuart, Loys de Culan et plusieurs gens de guerre, comme arcliiers. Puis un peu d' Anglois sauldront de leur parc, et y a des escarmouches. Puis les François viendront à folle et rechasseront les Anglois dedans leur parc, et y sont plusieurs mors, et y a une retraicte. Puis dit

LE BASTART D'ORLEANS

Mcsseigneurs, on m'a rapporté 8660 Et est commune renommée Que les François si ont esté Es Anglois faire une levée, Et que de fait qu'il ont chassée

Leur armée jusques à leur parc. 8665 Si vois à eulx de randonnée Les secourir de part en part.

CLEREMONT.

Si sont hastez, je n'en puis mès; F°2i9v°. Je leur ay bien mandé assez.

S'il ont le bon, bien il me plaist; 8670

Se mal leur vient, le fault passer.

J'entent qu'i se sont amassez

Et ont fait ung peu de taudis

Près d'un bourc qu'i nous fault passer,

Nommé Rouveray Saint Denis; 8675

Je ne puis pas si toust mener

Trois ou quatre mille hommes d'armes ;

Il les convient bien ordonner

Et ne peuvent pas courir en armes.

Dites leur qu'i se tiengnent fermes 8680

Et qu'il auront de moy secours.

Aussi et qu'i leur tiengnent termes,

En actendant le grant séjours.

Adout le Bastard d'Oiieans, ie connestable d'Escosse et autres lesseront l'armée du conte Cleremont, et viendront. Et dit

BASTART D'ORLEANS

EnlFans, prenez cueur et coraiges,

Je voi cy le secours venir; Anglois ne sont pas pour les paiges; Pour ung Anglois nous sommes dix.

Faisons qu'i ne puissent fouyr, Que ung seul d'eulx n'eschappera.

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