‹ Le mistère du siège d'Orléans publ. pour la première fois d'apres le manuscrit unique conservé a la Bibliothèque du VaticanChapitre 135 sur 222 · P «67 T". LE ROY · texte numérisé non relu

P «67 T". LE ROY

Or çà, Jehanne, puis cependant Vous fault un’ estandart jolie;

Je vous prie, devisez la io,535

De (juel façon vous la voulez.

Incontinent faicle sera A vostre plaisir et voloir.

LA Pl.CRLLK.

Un estandart avoir je vueil 1

Tout blanc, sans nulle autre couleur, 10, 54 0

Où dedans sera ung souleil Reluisant ainsi qu’en chaleur.

Et ou millieu, en grant honneur.

En lectre d’or escript sera

Ces deux mots de digne valleur, io,5Af»

Qui sont cest : Ave Maria.

Et audessus notablement Sera une majesté Pourtraite bien et jolyment,

Faicte de grant auctorité. io,55o

Aux deux coustez seront assis Deux anges, que cbascun tiendra En leur main une fleur de liz;

L’aultre le souleil sousliendra.

1 E11 marge est écrit, d'une main plus moderne : Etlamlnri de la Pucelle. La description de cet étendard diffère on quelques points de celle que l’on trouve dans les procès de condamnation et de réhabilitation de la Pucelle. (Voy. Quicheral, I, 98, 181; III. 10.8.) D'après les témoignages de Je-

hanne et de son chapelain . Dieu . tenant le monde, y était figuré assis sur l'arc-en-ciel, les pieds sur les nuées; devant lui deux anges agenouillés, l'un desquels présentait une fleur de lis, l'autre se tenait en prière ; à cèté, les mots Jhkscs M*iu».

Puis après, y me conviendra 10.555

F* i68 r\ Avoir ung cheval de poil blanc.

Lequel cheval me portera,

Et que y soit fort et puissant.

LE ROY

Jchanne, tout vostre bon plaisir

Sera fait, ma fille et m’amye. 10.560

Je ne vous vouldré défaillir

En riens, je le vous certilBc.

Vostre voulcnté acompiie Sera par moy, ne doubtez point;

Que en vous, fille, je me fie,

• Ma guerre mes entre voz mains. 10, 565

Puis icv y a pause. — Et dit

LE MESSAGIER

Je voy là Sainte Katherine De Ficrbois, où me fault aller Pour la Pucclle noble et digne.

Au prestre 111c convient parler. >0,570

Lors parle et dit :

Le Roy si vous fait saluer

De par moy et vers vous m'envoye,

F 36s * . C’est que luy vueillez envoyer Une espéc que avez en voye.

M’a dit que derrière l’autel 10,575

Sont plusieurs espées enfermées.

Dont une y est là, non pareille,

Qui a ou pommeau cinq croisées.

Faictes qu’i soient deffermées.

Je vous pry, et qu’on y regarde.

LF. PRESTRE.

Il me fault dont avoir les clefz Des seigneurs qui les ont en garde.

MESSAGIER

Faictcs bien toust, que y me tarde.

Que le Roy a neccessité.

Aussi que mon temps je ne perde.

El pour cause de brefveté.

LE PRESTRE

Mon bon amy, de vérité Ne pour certain, je ne congnois Que de celle faculté Y soit une qui ait cinq croix.

F1 oC,9 T\ MESSAGIER.

Je vous pry qu’on y voise voir Et ne me faictcs plus atendre.

LE PRESTRE

Il n’en y a point, je le crois,

Ne je ne le puis pas entendre.

Lors ouvre le coffre et trouve l’en plusieurs, dont à la fin la vont dit

LE PRESTRE

Je ne puis pas cecy comprendre :

Je trouve l’espée, mon beau filz, Qui est dès le temps d’Alixaridre Et des haulx preux du temps jadis

io,58o

io,5(|o

trouver. Puis

MESSAGIER

Onques en ma vie je ne vis

Cinq croix en ung pommeau d'espée.

Long temps y a, à mon advis,

F* jfiÿ >\ Quelle fut leans enfermée.

Je m’en revoys de randonnée Devers le Roy, luy présenter Sans plus faire de demourée.

Adieu, plus ne puis arresler.

LE PRESTRE

Mon amv, vucillcs luy porter L’cspée telle qu’i demande.

Quant c’est son plaisir l’en ouster, Acompliray ce ([u’i me mande.

Elle est belle, Imnneste et grande,

Ne onques mes ne l’avoye veue;

Et vueil bien que chascun entende, Je ne scay dont elle est venue.

Lors s’en pari.

LE MESSAGIER

Dieu mercy, arrivé je suis A Chinon, à toute l’cspée.

Au Roy je vois tant que je puis.

Que par moy luy sera présentée.

Chier sire, j’ay parcschevce La besoigne et vostre messaige L’espée vous ay apportée;

James on n’en vit la pareille.

LE ROY

Johanne, regardez que voicy.

i v,6oo

i o.6oi»

în.fno

Esse l’espée que demandez?

Elle a cinq croix; tout ainsi Est celle que vous entendez.

Prenez la et la regardez,

Je la vous feray mectre à point De tel façon que vous vouidrez,

Et la garnir de point en point.

LA PUCELLE

En nom Dieu, seigneur, c’est elle L’espée que je dcmandoye.

Elle est bonne et si est belle;

Que fust abilléc je vouldroye.

Incoutinant je partiroye Pour m’en aller droit à Orléans,

Se en point et preste j’cstoye Et que vous m’eussiez baillé gens.

LE 1IOY.

Fille, ne vous doubtez de riens, Que devant deux jours sera prest z Gens d’armes et or et argent F* 370 v*. A faire tout ce qu’i vous plaisl.

Et croyez que mon vouloir est Vous ayder en vostre entreprise. Sans deflaillir ne loing ne près, Pour du tout faire à vostre guise.

Lors icy y a pause. — Et puis dit

LE CONTE DE SliFFOKT.

Çà, messire Jehan Tallebot,

Vous aussi, monseigneur d’Escalles,

io,63o

i o,fi3ô

to,6Ao

'i 1 6 LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEANS.

Y nous faulsist trouver complot Et penser de nos intervalles.

Nous sommes comme en unes halles Jcy, au vent et à la pluye;

Nos bcsoignes se portent malles.

Se de brief on [n’Jy remedye.

ESCALLES.

il nous fault faire une saillie Sur les François, il en fust tant, Et que on ne les cspargnc mie Tant soit petit ou tant soit grant , Mectre tout à feu et à sanc

Et faire tin de leur cité ;

F* *71 r*. Que, quant à moy, riens n’y entent :

Trop faisons difficulté.

LE SIRE DE GRES

C’est trop mis, par ma vérité,

Veu que nous avons la puissance,

La proosse et l’auctorité Pour subjuguer toute la France.

Près de sept mois a sans doubtancc Que nous sommes devant à Orléans;

io,665

Ce n’est que honte et desplaisance Et reproche de toutes gens.

TALLEBOT.

Les assaillir y nous convient,

Et que de près fort on les touche De hache et d’espée poignant.

Et que sur eulx fort on approche.

Vous les mectrez en une poche

Où en faire ce que vouldrez;

Jamès ne les pinsa tel moclie Que si toust que les assauldrcz.

FACESTOT.

Y ne fault plus dissimuller,

F" 371 Mais convient en faire une fin;

Et ne les fault point cliatoiller,

Mès les combalrc main à main.

Avoir les nous fault en ung plain, Kaire saillir de leur tanicre.

Après, leur clore le chemin,

Sans qu i recouvrent leur barrière.

CONTE DF. SUFFOHT.

Je vous diray que je vueil faire,

Si est ung présent es François.

Et pour congnoislrc leur manière.

Savoir s'i sont doulx et courtois, Au baslard d’Orléans je envoys Ung plat plain de raisins et figues.

Et de laler afin de vois Leur voulenté et leur répliqués.

El luy manderay qu’i m’envoye,

S’i luy piaist, de la panne noire.

Pour fourrer comme je vouldroye line robbe que je fais faire.

ESCALLES.

C’est bien dit, conte de Sull’ort;

En cela n’est qu’esbatement.

F’ 37» r\ Et vous, le sire Tallebot, il le doit faire voiremenl?

io,685

TALLEBOT.

Y ne peult faillir nullement;

On congnoistra sa courtoisie.

Le preigne en bien ou autrement, Comme il vouldra, en farcerie, Envoyez luy, je vous emprie.

Vous verrez qu’i vous mandera,

S’i luy plaisl ou s'il luy ennuye; Vous congnoistrcz qu i vous dira.

CONTE DE SUFFORT

Messagier, lieve sus et vien;

Y te convient faire messaige.

Si fault [il] que entendes bien,

Et que tu soys prudent et saige.

Pour bien parfaire ton vovaige.

Au bastard d’Orléans tu yras,

El ce présent par beau langaige.

De par moy, luy présenteras.

Après, luy diras que luy prie Qu’i m’envoye de la panne noire Pour une robbe bien jolie,

F* a;* v. La forrer en ceste manière.

Et s’il vcult riens, le me rcquerre.

Que faire puisse bonnement;

Je suis à son bon plaisir faire Et h tout son commandement.

MESSAGIER

Monseigneur, bien diligemment Yostre messaige acompliray.

Et vostre présent humblement

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