‹ Le mistère du siège d'Orléans publ. pour la première fois d'apres le manuscrit unique conservé a la Bibliothèque du VaticanChapitre 197 sur 222 · I.E SIRE D'ESCALLES · texte numérisé non relu

I.E SIRE D'ESCALLES

Sire Tallebot, y dit voir,

Faire n'en fault tel marremcnl:

Guerre est pour perdre ou avoir; C’est leur qui ne fault ne ne ment.

Vous arez veu évidemment Que souvent ung peu de puissance Abat grant oust certainement.

Et le met en obéissance.

Dont, se le conte de Sulfort,

S'il a perdu aucunement,

Qu’i n’ait pas esté le plus fort Ou qu’il ait eu encombrement.

On pert et ne sait on comment;

Que celuy qui cuide cstre maistre.

PAnA Par malheur et par aultrement,

Rien souvent on l’envoye pestre.

Vous savez de l’eur de fortune Que cil qui cuide cstre avancé.

En mains de cuillir une prune,

Inconlinanl est renvercé,

Et de nul n’est recompencé;

Car ce que fortune ordonne Soit bien, soit mai, il est tancé :

A son voloir elle en besoigne.

Moy, qui ay maintenu la guerre Il y a .xxx. ans piaillement,

J’é esté à perdre et conquerre Et veuz fais d’armes largement,

Sang espandre abondamment Souventes foiz en ma presence;

Esbayr ne se fault pour tant:

On a tousjours espcrance.

MESS! R K THOMAS RAMETON.

Mès de quoy vous souciez vous,

Tallebot? A vous c’est simplcsse.

Pour ung bien petit de corous Vous prenez une grant detresse.

Y fault que vostre deul se cesse Sans vous demener tellement,

P 4a5 r*. Se volez acquérir proesse Et à voz amis hardemcnl.

Du vaillant conte de Suffort Ne de messire Jehan son frère,

J’cntant que nul d’eulx deux n’est mort,

Et que à Orléans font grant chere. 17,0*0

Pensez voloir la vendre chere A quclcun la folle entreprise;

Que j’ay tousjours ung liart derrière Dont chascun ne sait pas la guise.

Depuis que party d’Angleterre, 17.0*5

Je n’é cessé d’estre en hutin

Tant à perdre comme à conquerre;

Tousjours j’ay esté au butin,

Et n’é cessé soir et matin

De tenir les rens roulement; 17,000

Si ne devez prandre desdin De perdre ou guaingner nullement.

A la grant journée de Gincourt1,

Paige estoye d’un chevalier

D’Aüglcterre, tenant estour 17,055

Autant vaillant qu’on peust finer.

Des François y a voit assez.

Et toute la grant seigneurie De France, comme vous savez,

Y fut là occis et murtry. 17,060

François estoient .x. contre ung.

Et pensions entre nous Anglois F* 4*5 y". Morir tous ensemble en commeung Par les mains des tristres François,

En disent tous à une vois '7.065

Que, pour nous, n’estions pour leurs pages;

Mès eulx tous, ducs, contes. et roys,

Y demeurèrent pour les gaiges.

Si ne se fault point esbayr

Pour une petite villete, 17,070

Que quant vouldrons la recouvrir,

1 Sic, pour d'Azia court.

En peu d’eure l’aurons retraicte;

Que Jargueau ne sert que pour guiectc Pour regarder les gens venir,

Ne que soit ville de retraicte Point ne le voudrois soustenir.

Du vaillant conte de Suffort,

Qui est prisonnier à Orléans,

Et son frere, bien suis d’acort Qu’on les recouvre pour argent,

Ou , si non , prandre de leurs gens Tant et à si grande foison,

Soient menuz, petis ou grans,

Qu’i puissent paier leur renson.

Et croy que, ains d’un mois d’ici,

Les François, de leur bon coraige, Rendront Suffort, son frere aussi, Voulentiers et tout leur bagaige.

Sans paier argent ne truage,

Très volantiers les nous rendront,

Voire en despit de leur visaige,

Et nostre injure repareront.

LE CAPP1TAINE ROliGEFORT.

Messeigneurs , je congnois Jargueau Et y ay esté aultrefois,

Ung petit lieu plaisant et beau.

Et est bien plaisant à le vois;

Mès que y nous soit de grant pois Pour le tenir et le garder,

Jamès consentir ne vouldroys :

Qui premier vient le doit avoir.

Se c’estoit ville de tenue,

Comme Orléans ou autre cité.

Ou qu'elle fust à la value De la tenir en seurcté.

En puissance et auctorité,

De cela seroye d’acort La garder en solanilé.

Vaillamment juques à la mort.

Mès de ce n'en fault plus parler N’en faire lamentacion;

Fault penser de avant aller De coragc et presumpeion.

Et par deliberacion

Les voloir confondre et destruire

De leur folle ostination

h* 636 Qu’il ont volu sur nous produire.

DUC DE BETBFORT.

Puisque Jargueau avons perdu ,

Qui est peu de chose pour nous,

Poncer nous fault d’un autre lieu Mectre noz vivres en repoux.

A Meung, à Baugenci sont tous Noz chefs de guerre et nostre année,

Si y devons pardessus tous Aller vers eulx sans demeurée.

Nous sommes ici à Estampes,

Mès plus n’y devons séjourner,

Et aller par bois et par landes Tant que François puissions trouver, Pour nous voloir dédommager De l’offance qu’i nous ont faicte.

Et tant aussi pour nous venger De nostre petite villcte.

Et ne devez plus différer

i7,»'io

rp.

N’arrester icy longuement,

Ainçois nous devons préparer Pour nous venger des faulx tormens, Et aller sur eulx plainement Les assaillir d’un franc coraige.

Et les mectre à delincment.

Pour estre vengez de i’oultraige Et pour prandre le droit chemin,

Tirer nous fault à Baugenci.

Vous savez que Meung n’est pas loing, A une lieue ou tout ainsi,

Où y avons des gens aussi,

Qui gardent la ville et le pont;

Si devons tous partir d’ici Et aller là vois que y font.

TALLEBOT.

Messeigneurs et nobles barons,

Je vous ay voulentiers ouyz,

Escouté voz oppinions Et bien je les veil cnsuyvir;

Que pour vérité je désir Faire tout par vostre ordonnance.

Et acomplir vostre plaisir Par vostre bon sens et science.

Et par tout bien consideray Voz oppinions en ce cas,

Mon volloir est deliberay De vous obbayr en ce pas,

Et en faire, soit hauil soit lias,

Voz volantez entièrement,

Qu’an riens dédire ne veil pas Encontre voz enseignement,

>7,iA5

Nonobstant la grant destresse «7,16b

Que j’ay eu et ay en coraige De Jargueau, nostre forteresse Où estoit si noble bornage,

Estre si tost mis en servage

Des François, et hors de noz mains.

Endurer ne puis ce dommaige,

Et ay cause se je m’en plains;

Que, en mains de .xxim. heures,

François baillèrent trois assault,

Dont les plus fors pas y ne furent, 17, «7.1

Que batuz furent sans delfault,

Si bien que si grant ne si hauit Y n’avoit cause de se plaindre,

Qu’i s’en allèrent, autant vault,

Que François vouloient leur mort craindre. «7,«8o

Mès la Pucelle soy voyant,

Ainsi comme on m’a rapporté.

Son fait estoit mis au néant Et comme eli’avoit tout gasté,

Si luy fut de nécessité «7-«8;>

Les ralyer à sa cordellc.

Que plus riens d’elle n’eust esté Emplus que d'une patorclle.

Que maudit soit l’eurc et le jour

Que ne m’y trouvé en presence! «7.190

Je vous eusse joué d’un tour

Que j’eusse fait à ma plaisance ,

Dont il eust esté remembrance D’ici à cent ans, voire plus,

Et n’eussiez pas eu la licence 17,195

De acomplir voz l’aulx abus.

Çà, messire Jehan Facestot,

Vous aussi, le conte d’Escalles,

Fault il endurer ce sanglot

Ainsi comme huistres de Quancalles,

Et le porter dedans noz malles Tant qu i les faille deffermer;

Après, montrons noz triquehailes Qui à aucuns seront amer.

Non pourtant que très bien me plaises Voz dis, voz fais sus toute rien,

Et, quelques doleurs ou malaises.

Nous fault trouver aucun moyen.

Et faire comme gens de bien Pour nous venger des forfaitures Que nous ont fait, comme je tien,

A tort François, et grans injures.

Et ne nous fault tant seullement Que leur d’une bonne journée Pour François mectre à saquemeut,

A fureur de pointe espée,

Et pour destruire leur armée Comme à la journée de Verneil :

Toute France y fut consommée.

Et encore en dure le deul.

Ne onques puis beau fait ne fisent,

Mès seullement de definer;

Que trop grant folie entreprisent Dont ilz furent ostinez,

Quant nous voudrent jour assigner En journée et champs de bataille.

De leur coraige gros et fier Ne leur prollita une maille.

Jurèrent et firent serment Que nul homme de leur party,

fiGA LE MISTERE DU SIEGE D’ORLEANS.

S’i n'estoit noble et vaillant,

Chevalier ou seigneur gcnti,

Que de ce y fust advcrti Aveques culx ne se trouvast,

Sur peine de en estre pugny Et que tantoust s’en retournasl;

Qu’i ne voloient seullement Y avoir (|ue toute noblesse.

t Fut publié tout haultement,

Par tout leur oust., en grant liesse,

Que nul si hardi n’en apresse S’i n’estoit duc, baron, ou conte Ou chevalier, ne en noblesse,

Sans de tous autres tenir compte.

Et quant ce vint à l’assaillir,

Eulx reluisant en leur harnois,

Quant vint aux horions ferir,

, Ne savoient où il eslois.

Ne savoient que devenir,

Et furent vingt contre nous trois;

Et les tuez on par les vois Ainsi que inotons et brebiz.

MF.SSIRR FACESTOT.

Et à la journée de Gincourt,

F*û»9 r. Vous savez, en firent autant.

Y reluisoient comme le jour Et ainsi que soleil ardant;

Mès, quant il advint au comptant A donner coups et horions,

Y fuyoyent parmy les champs.

Ainsi que brebiz et motons.

Page 1