‹ Le mistère du siège d'Orléans publ. pour la première fois d'apres le manuscrit unique conservé a la Bibliothèque du VaticanChapitre 200 sur 222 · MARBSCJIAL DE SAINTE SUAIRE · texte numérisé non relu

MARBSCJIAL DE SAINTE SUAIRE

Dame Johanne, comme je voy.

De nous ung chascun est contins A acomplir de bonne foy Voz oppinions en tous sans;

Par voz diz et par voz moyens,

De ce qu’i vous plaisa de faire Nului n’en est contredisant,

Mès vostre bon plaisir parfaire.

FOTON.

Tousjours j’é suyveu ceste guerre.

Voire dès le commencement.

Et me suis fort trouvé en serre Par plusieurs foiz et bien souvent;

Mès puis le bon advenement «7,530

De Jchanne, la noble Pucclle,

Nous n’avons eu encombrement,

Mès sommes demeurés en selle.

LA HIRE

Pour vous en dire mon advis.

Aller devons à Baugenci, «7.535

Passant par Meung, selon les dis De Jebanne, je l’entent ainsi.

Et acomplir du tout aussi Ainsi qu’elle dit et propose.

Que avec elle n’ay soussi : <7.5Ao

En son voloir me dispose.

MESSIRE FLEURANT D ILLIERS

J’en suis de ceste oppinion;

Je ne veil nului contredire Ne la Pucelle de renon.

Ce que veult acomplir desire; 17.545

Que pour la besoigne conduire N’esl nul de nous qui puisse mieux :

Par quoy je dy, sans nul medire,

Servir la devons en tous lieux.

JAYMET DE TILLAY.

Je n’en veil point faire de double 17,550

Ne oppiner aucunement.

Que ma volanté si est toute A son plaisir entièrement;

Qu’elle nous a si noblement

Gouvernez puis qu’elle est venue, 17.555

Que tousjours en accroissement La chose est tousjours parvenue.

THODUAL DE CARMOISON.

Messeigneurs, de ce cas icy En dire n’est nécessité ;

La Pucelle du bien de lui 17.56-

Nous a nostre fait tout noté,

Ne que je soye entallanlé Voloir dire allencontre d’elle Il ne sera jà rapporté,

Qu’ensuivre je veil sa querelle. 17,500

JAQUES DE DIGNAN, Seigneur de Beaumanoir.

Jamès ne voudrove au contraire *

Aller de son oppinion,

Que en tous lieux, il est notoire.

Ces dis sont de permission;

Car tout à son inlencion Où y lui plaist elle parvient :

Par <juoy ma resolucion Si est faire comme elle entant.

THIBAULT l)K THRRMKS, >i<l: <1.- Cturtm.

Je vous diray, mes bons seigneurs,

Kt comme je voy et me semble,

Que vous avez fiebé vos cœurs A Jehanne, qui les vous assemble.

Et que vous estes tous ensemble Uniz et d’une oppinion,

Dont mes fais et mes dis resemble Tous à la vostre inlencion.

ALAMSON.

Çà, daine Jehanne, pour conclure Ferez ce que avez entrepris,

Et quant verrez qu i sera heure Mandez le nous ù quelque pris.

Et que nous ne soyons surpris Quant vous plaisa le nous mander,

Que de guerre sommes apris ,

Et je croy que bien l’entendez.

LA PUCF.LLK.

Je vous diray pour abréger Meshuit nous ne partirons point; Chascun pense de soy loger Et mectre son liarnois à point.

Que demain y n’y faille point.

Qui a harnois ni aultre chose.

Et que chascun de point en point

De sov armer sc dispose;

Que, en nom Dieu, comme je pancc.

Au plus matin nous partirons

Et tous vrons courir la lance, > 7.600

Vois ci Anglois nous trouverons,

Que, sc je puis, nous les arons.

Ou y dclayront le pays De France, que trop tenu l’ont.

Ou yl y seront mors ou pris. 17,606

Rosi* île trompe les, menestriers et autres instrument. — Puis après arrive le messagier devant te Roy et dit

LK MESSAGIKI».

Or sui ge bien à point venu Et ay fait bonne diligence.

Quant le bon roy Charles j’é veu Et que je le voy en présence.

A luy m’en voys sans demourance 17.610

K' A.v? r . Lui raconter mon vray message.

De par la dame d’exccllance,

C’est dame Jehanne, au gent corsage.

Très chier seigneur. Dieu vous dont joye!

Devers vous vien message faire 17.610

De par la l’ucelle humble et coye.

Laquelle est remply de bonn’aire .

Qui de son cas et son affaire Vous en mande, roy excellant,

De par moy, comme il est notoire 17.6*0

Et que vous dirav en presant.

De ses nouvelles vous apporte.

Comment Jargueau a esté pris Par elle et des gens de sa rotte.

Qui avec elle estaient commis.

Et tous les Anglois à mort mis,

Fors que le comte (le Sullbrt Qui à grant ransou est sommis,

Et son frere Alixandre mort.

Si dit on que messire Jehan,

Son frere, aussi est prisonnier,

Et à Orléans, je le say bien,

Y sont soigneusement gardez Par voz princes et voz subgectz.

Qui ont pour le présent corage Plus fier que n’aroit le sanglier Qui chacé est ou vert boucage.

Lesquieux sont très grosse puissance, Et de toutes parts en survient ,

Vous faisant tous obéissance

En vous servant soigneusement, Obbeyssant entièrement A la noble vaillant Pucelle.

Chascun quiert la vois bonnement Et estre obeyssant à elle.

Et ainsi que partir voloye.

Disoient aller à Baugenci,

Où des Anglois très granl monnoye

Y avoit, et à Meung uussi.

Et leur voloir estoit ainsi,

Que de .xx. lieux entour Orléans Ne queudronl sauge ne perev D’Anglois qui repérait leans.

Et me dist la noble Pucelle Qui vous plust à Orléans venir lncontinant ceste nouvelle,

Que de vous vois avoit désir;

Et aussi que pour parvenir A sa très noble intention

Y vous plust de ne luy faillir,

Que luy a grant affection.

LE ROY

Amy, bien soye tu venu.

De les nouvelles j’av grant joye,

Et du cas qui est advenu.

Plus plaisir avoir ne pourroye,

438 r \ Que je cognois en toute voyc

Ma belle fille prospère.

Dont je pry Dieu qu’i luy octroyé Bien parvenir à sou affaire.

De Jargueau je suis très joyeux Qu’i soit en nostre obéissance,

Que y nous estoit fort nuyseux Et nous povoit faire nuyssance.

Mès voy que divine puissance

Y a mis la main en ce cas.

Que tous les jours sans differance Ma puissance croist hault et bas.

Et onques puis que ceste fille Fut arrivée en ce païs,

De toutes pars gens à la fille Sont venuz comme vrais amis.

Et mes anciens anemis,

Sur eux a tousjours eu victoire,

Et du tout les a au bas mis Que à tousjours en sera mémoire.

Je say que c’est chose divine Et à moy de Dieu envoyée ,

Comme à son servant moy indigne.

Si n ma terre recouvrée Qui estoit fort debiletée.

Dévastée et mise au néant.

Dont Dieu et la Vierge lionnorée.

Je les remercyc en tous sans.

Messager, je suis fort joyeux F* as»**. Des nouvelles que me rapporte;

l.oé en soit le roy des deux Qui en tous sens me reconforte !

Vat en diligemment et porte Mes nouvelles à la Pucelle,

C’est que à son plaisir ne déporte Et acomplir le voloir d’elle.

Dy lui que je me recommande A elle tant comme je puis,

A tous les seigneurs de sa bande,

Qui sont noz parens et amis.

Et que de bon cueur les mercis De leur hault’ et bonne victoire Qu’il ont eu sus mes anemis :

A Dieu et à culx soit la gloire !

Pareillement tu leur diras Que devers eulx je veil aller,

De bref tu leur rapporteras Et que à culx je veil parler.

Pour noz besoignes conseiller D’aucuns faiz que j’é en propoux,

Et à Orléans leur revcller Comme à mes amis par sus tous.

Or, va et leur faiz ce messaige Diligemment, et je t’en prie,

A la Pucelle noble et saige El à toute la seigneurie :

Ml

Que de très bon cucur les mercie Et que «i eux suis fort tenu.

Dont leur rendrai la courtoisie,

Et autant au grant que au menu.

messagier.

Sire roy, en grant diligence Je leur vois faire le message,

A la Pucelle d’excellence Et à tout le noble bernage , Comment leur mandez de corage Que à eux vous recommandez,

Et que de bref prendrez voyage Vers eux, ainsi que l’entendez.

LE ROY

Messagicr, tu es bon et saige.

Di leur bien que fort suis joyeux Du très hault et bel vaeelage, Que pour moy font si vertueux.

MESSAGIER

A l’ayde du vray roy des deux Feray vostre commandement Vers la Pucelle, et à tous ceulx

Qui ont tout le gouvernement.

Pose. — El puis dit

MESSAGIEB.

Or, me convient, sans séjourner Ne sans a rr ester pas ne heure ,

Devers la belle retourner

fi82

LR MISTERE DU SIEGE D’ORLEANS.

Pose.

La excellant oultre mesure, 17.745

Qu’i n’est au monde créature Pour donner victoire aux François,

Et est eureux qui sa faiture Une foiz le jour la peut vois.

Or sui ge, Dieu mercy, venu 17.750

Bien à point quant je vois la belle;

Tout plaisir si m’est survenu Ne riens ne en mon cucur rebelle.

Que au monde croy que c’est celle

Qui convincra noz ennemis, 17.755

Et les François metra en selle

En relevant les fleurs de lis.

Très noble et excellant princesse.

De devers le Roy suis venu,

Ainsi que par vostre autesse '7-7<>o

Y m’estoit par vous convenu ,-

Et auquel tout le contenu

De vostre hault et bon message

Dit luy ay, et l'a retenu,

Dont y vous mercie de corage, 17.76a

Pareillement tous les seigneurs De son sang et ses vrais omis,

Et de leurs paines et labeurs Leur en rant grâces et mercis.

Et de Jargucau que avez pris '7>77°

Si en est son ceur fort joyeux.

Dont avez sur ces anemis Ainsi esté victorieux.

Et si m’a dit que je vous die

Que dedans Orléans, en bref jours,

Vous viendra vois à chiere lie,

Ainsi comme il a de propous.

Et que grant désir a tousjours l)e complaire à voz volantez,

Comme à ses amis par sus tous.

A voz desiz et libertez.

LA PÜCBLLB.

Messagier, bien soye tu venu.

De tes nouvelles suis joyeuse Et dont tu as le contenu De ma nouvelle souteneuse Dit au Roy, que fort bien eureuse Est pour luy et doit avoir joye;

Que c’est chose miraculeuse De Dieu, lequel en tient la voye.

Or sà, messeigneurs et amis,

Nous convient mectre en ordonnance,

En vous priant tant que je puis Ordonner à vostre plaisance,

Que en vous est toute prudence En faiz d’armes et autrement.

Pour conduire nostre puissance Et l’ordonner entièrement.

ALANSON.

Dame Jehanne, totalement De cestc armée aurez la charge,

Pour l’ordonner certainement.

Aultre que vous pour le voyage.

Vous y estes prudente et sage Et à vous tous nous somme tous.

Ne m’en parlez pins de langage,

Que ainsi faire le voulons.

LA PLCELLK.

Puis que sont voz oppinions Et qu’i vous plaist ainsi de faire,

A voz dis m'acorderay dont Et pour voslrc voloir complaire,

F' a 6 1 i*. Combien que le pourez mieux faire Que moy plus magnifiquement.

Mès pour la chose ainsi parfaire,

Feray à mon entendement.

/ Jaymès je ne me suis trouvée

En si bel nombre que nous sommes, N’en si très excellante armée Tant de gens de fait et nobles hommes; Et croy bien de vray que en sommes . Estes quatre mille et mieux.

Si devons avoir ainsi commes Ceurs de lions fiers, corageux.

Et sommes assez, ce inc semble,

Pour confondre noz anemis,

Et, fussent il trestous ensemble.

Par nous devroient estre soumis.

Et en nestoyer le pais De France, la loyalle terre,

Et tous Anglois grans et petits Les renvoyer en Angleterre.

Et dont pour ordonner l’armée,

Puis qu’il vous plaist, l’ordonneray.

Prient Dieu qu’elle soit gardée,

Et à voz dis obtemperay.

Du tout ou mieux que je pouray

LE MISTERE Dü SIEGE D’ORLEANS.

Feray la preparacion Et comme faire le sauray,

Puis que c’est vostre intencion.

F* A4) i”. Vous, monseigneur duc d’Alanson, Mènerez la première armée,

En quelque lieu que nous aillon Voire ou en quelque contrée,

Aveques gens de renommée Qui aveques vous se tiendront,

Gens de fait, de chere asseurée Qui pour morir ne vous faudronl.

Si est le seigneur de Laval,

S’i luy plaist et je l’en supplie.

Avec le seigneur de Lochat Son frere, à la chere hardie,

Qui ont très belle compaignie De quatre à cinq cens combatant,

Qui sont pour faire une saillie Allenconlre de tout venant.

Après, monseigneur de Vcndosme, Ovcques La Hire et Poton,

Je crov que devant vous nul homme 5 Sur vous ne levra le menton.

Que de puissance et de renon Avez sus tous chevallerie.

Informez et bien le savon,

Et n’est nul qui vous en dedye.

Vous aussi, le Bastard d’Orléans,

N’ayez point la chere esbaye;

Vostre personne en vaudra cent,

Et de ce en vous je me fye.

F* 44-j r*. Aurez en vostre compaignie Le bon sire de Beaumanoir,

68C» LF- MISTERE DU SIEGE D’ORI-EANS.

Qui a chere noble et hardie Et pour y faire bon devoir.

Aussi, monseigneur de Graville,

Avec le sire de Culant,

Que tous deux savez le sctille Vous entretenir en tous sans.

Vous estes nobles et vaillant Autant que nulz qu’on peust finer.

Si ne soyez contredisant De voloir ainsi ordonner.

Messire Ambroise de Loré Et messire Fleurant d’Hliers,

Au plus près de vous je seray,

Aveques mes genz près à près,

Qui vous secouront par exprès,

S’aucun besoing avez de nous;

Si acomplirez, s’i vous plaist,

A fournir à faire nostre oust.

Puis, monseigneur de Chammigny,

Avec le vidame de Chartres,

Vous fournirez tretout ainsi Et y ferez à bonnes certes.

Si vous garderons avoir pertes %

Et qu’en rien ne soyez surpris.

Bien say de vous, Thibault de Termes,

Que de guerre estes apris.

Le sire de la Tour d’Auvergne,

P* hht v*. Aveques Jaymet de Tillay Et le sire de Vallepaigne,

Aveques inoy je meneray,

Et le remenant conduiray,

Nobles princes et chevaliers,

Ne point les abandonnera)'.

Quelque destourbier ou daugiers.

Donques, s’i vous plaist, partirons Pour aller vois noz anetnis

Vers Baugenci, où croy que sont, Pour en despecher le pais.

Soyons tous vaillant et hardis.

Sans avoir peurs ne nulle double, Que j’espoir à mon advis

l “.yfifi

Des Anglois de rompre leur rotte.

Faictes les trompetes sonner.

Et allons, que Dieu nous conduye !

Qu’une si haute seigneurie Ne doit jaymès craindre et doubter.

ley ne volons séjourner.

Que prest sommes, n’en doubtez mye.

LA PUCELLE

Faictes les trompetes sonner.

Et allons, que Dieu nous conduye!

VENDOSME

F* »A3 r\ Comme avez volu ordonner,

Jehanne, vous serez obbaye.

Et du tout nostre compaignie Se consent que la gouvernez.

LA PLCELLE.

Faictes les trompetes sonner.

Et allons, que Dieu nous conduye !

C’une si haulte seigneurie Ne doit jamès craindre et doubter.

Lors icy se partent, et y a grant pause de instruirions et Irompetes. — Et font tant qu'ils viennent devant le port de Meung, ainsi par l’ordonnance de la Pucelle, rhaseun en son rant. Puis dit un Anglois conipaignon qui voit arriver de loing l'armée des François, dit

LA Gl'IETE, Anglois.

Messeigneurs, je voy gens venir Parmy les champs de toutes pars,

F* '>A3 v*. Et sont François sans en mentir;

Je le voy à leurs estandars.

Il ont lances, vouges, pavasl, <7-93°

Et sont une grosse puissance Garniz d’arbalestes et ars,

Et vennent droit ci sans doubtance.

MESSIRE GAULTIER RONGEFORT. Anglois.

Que dy lu ? voici grant offance.

Sont il guieres à ton advis? 17.935

De François as tu congnoissance,

Y voi tu nulles fleurs de lis,

Ou qu’i soient de noz amis Pour nous voloir donner secours?

Regarde bien, ce seroit le pis, <7.950

Que François savent de faulx tours.

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