‹ Le mistère du siège d'Orléans publ. pour la première fois d'apres le manuscrit unique conservé a la Bibliothèque du VaticanChapitre 37 sur 222 · I.E SIRE DE VILLARS · texte numérisé non relu

I.E SIRE DE VILLARS

Il est tout vray, certain en suy, Y failli bien v remédier.

■i-tob

POTON

Je conseille qu’i faull aller Visteinent vers le Portereau.

Pour les Augustins bruller Et tout jusques au rees de l’eau.

Ghascun entende à son creneau,

El aussi qu’on voise en sa garde.

Se besoing sourvient tout nouveau ; Et congnois que l’eure se tarde.

Puis y a pause.

Sallebrv :

Et yront bruller les Augustins et tout le Portereau, «t (lit

SALLEBRV.

Nlesseigneurs, en voslre ordonnance Et eu armes chascun se tiengne,

A frapper d’espieti et de lance,

Et en grant devoir se maintiegne, En vous priant que vous souviengne Du bon roy Henry, noble et saige.

Et que nul de vous ne se faigne,

En ayant tous gentil coraige.

Gardez vous bien, je vous emprie, Que vous gaignez terre sur eulx;

A ceste première saillie,

Soyez preux et adventureux,

Adfm que vous leur faciez peur A ceste première rencontre.

Ht»

Or sus, enflans, soyez soigneux,

Et quftsara riens, si le monstre.

Puis ceulx d'Orléans sauldront en armes au devant, et sonnera le boIVrov et cryront à t’arme! D’un cousld el d’autre, canons, trompâtes: et en y aura hauconp mors d’un cousté et d’autre; et, à In (in, se reculleronl les François t*n leur boulv.irl fait de lagotz et de terre devant les Tourelles. Puis dii

* SALLEBRT.

Or,* messeigneurs, la Dieu mercy.

Nous avons eu sur eulx victoire, p r>5 Et leur a convenu aussi

A bien grant liaste leur retraire.

Il ont illecques voulu faire »»3&

llng taudis de terre et fagotz;

Y pert 1 trop bien à Jour manière (lu i sont bien maleureux et soz.

GLASIDAS.

Messeigneurs, pour vous advertir.

Nous l’ault avoir ce bouloart,

Qui nous peut faire dcsplaisir A toute heure, soit toust ou tari.

Nous sommes cy à descouvert.

Qu’il ont leurs faubourgs et églises Brûlez toutes de part en part.

Par quoy je double* qu’i nous uuyse.

LE CONTE DE SU FORT

Cappitaine, vous dictes voir,

Y nous peut faire grant grevance,

Et, pour ce, le convient avoir

1 II parait, il appert.

' Je crains, je redoute.

v* ho

LE MISTERE DU SIEGE D’OîtLEANS.

\ foret* d’espée cl de lance,

Et y meclre grant diligence A l’avoir de force et d'assaull;

Et Tarons bien, comme je pense.

Se ce n’est, par nostre delîault.

LF. SIRE D KSCALLES.

Il fauit que tantost nous l’ayons Et assigier1 l’artillerie.

Nos bombardes et noz canons, incontinent n’arrestera mve,

Avant qu'i soit demain complie,

Je vous le rendré en voz mains.

De ce ne vous soussiez mye,

Et en moront3 tous les villains.

LE SIRE DF. USLE. ina iwl.nl.

Y le fault avoir par engins.

Par assault ou par autrement.

Que chascun demain soit en point .

Pour leur bailler l’esbatement.

Garniz de tous abiliement.

D’eschelles, de cordes, crochets; Nous les arous legierement Et incontinent despechez.

FOUQbAMBERCK.

Aussi, inesseigneurs, qu’on entende A faire chascun son logeis De son pavillon et sa tante.

Tout ainsi comme on a apris.

Auigier, asseoir, mettre en batterie.

\l nrrmt , |K>ur morront, mourront.

Afin que ne soyons surpris

Des François, de jour ou de nuyt, *«75

Nous convient faire des taudis,

Et faire guet sans mener bruit.

K* 56 V. . LE SIRE DE GRES

Demain nous conviendra avoir Ce bouloart, sans plus atendre,

Et y faire chascun devoir,

Pour demain au matin le prandre,

# Et faire tous les villains pendre,

* Tous ceulx qui servent là dedans,

Pour le brûler et mcctre en cendre. a*S5

En despit. des chiens d’Orleans.

Puis y a pause. — Et sc retrairont les An;, dois, et puis reulx de la ville. Dit

LE RECEVEUR

Messeigneurs, y nous fault penser A deflendre le bouloart,

Que les Angloys se sont vantez

Qu’i l’aront demain toust ou tari. «a»

Sy fault bien y avoir regart,

C’est la defl’ence des Tourelles,

. • Et nostre secours d’autre part.

Pour noz gens retraire en icelles.

LE SIRE DE VILLARS

Je croy bien que vous dictes voir, »«9&

Que demain nous arons l'assa ult:

K” 57 *■’. Si nous convient y bien pourvoir, •

Et tous en armes sans deffault;

Mais je vous diray qu’i nous fault

LF. MISTERF. DU SIEGE D’ORLEANS. S‘J

Que les dames et les bourgeoises »3on

Facent boullir huilles et chaulx.

Pour les gecter sur les musailles.

POTON

Cela nous est bien neccessaire ,

Et faire finance de cendres;

Mais que le vent leur soit contraire . ->303

Leur fera beaucoup de uuy sauce;

Puis sacler en croix à puissances,

Crans doux clouer en chausse trappes,

. Aultres maniérés de deffences,

Comme crochez et grans agrafles. ■ *Sio

LE SIRE DE SAINTRAILLES

Y fault aussi faire finance De lances, de feu tout ardant.

Que c’est une bonne detîence A l’asault; et huille boulant, .

Et gresses chauldes bien bruant, a3ia

A leur gecter sur leurs visaiges.

Vous n’y devez espargner riens A ces faulx Angloys plains de rages.

LE SIRE DE GUITRY

Dictes aux dames qu’il entendent . A faire les provisions, *3ao

F* 57*°. Gommes huilles, gresses boulantes.

Que à l’assault nous serviront,

Et qu’on y raene des canons Et grant force d'artillerie;

Que je scay de vray que seront’ »3aô

Assaillis brief, n’en doubtez mie.

1 Seront, pour seront.

Puis chascun se retraict, et se abillera de harnoiz chaecun ainsi <ju’il pourra, à tous1 les croix blanches; puis dit

SALLEBRY.

Glacidas. gentil cappitaine.

Il vous fault si2 bien faire devoir;

A ce matin, en bonne estraine,

Y fault ceux d’Orléans esmouvoir; *S3..

Leur bouloart nous fault avoir.

Qu’en dictes vous, sire la Polie,

La manière de y proveoir?

Y devons nous aller à foulle?

LE SIRE DK LA POLLE, conte de Sufort.

Il me semble premièrement «sss

Que voz gens doivent estre preste;

Et puis vous ordonnerez comment On devra faire puis après,

Et voz escliellcs, par exprès.

Pour monter dessus à grand force. • %:«-■

Avant que vous les assaillez;

De mal entreprandre c’est torce.

CLASIDAS.

p ss t". Monseigneur, je conseilleroye

Que fissiez sonner les trorupetes.

Et que veissicz voz gens en vove.

Pour faire voz bcsoignes nectes;

Et, se autrement vous le faictes.

Sans mectre ordre à vostre besoigm\

*’ A tout, atout, avec.

1 Si pour ci, ici.

LE MISTEItE DU SIEGE D’ORLEANS. *>1

Vous ne savez où vous en estes,

Et la chose trop s’en esloigne. *35»

SALLEBRY.

Qu’au dictes vous, conte d’Escallcs?

Vous voyez lù leur bastille;

Ce sont choses especialles,

Chascun n’en scet pas le stille.

Je dy que les gens de la ville *355

Ne savent de nostrc entreprise;

Dont, par voye soudaine et abille,

Pourroit bien par nous estre prise.

LE SEIGNEUR D’ESCALLES.

Je vous îliray ce qui me semble,

Non pourtant il n’est riens certain; *3«..

Mais voz gens avoir tous ensemble.

Avant que baillez le butin,

Devez avoir à ce matin.

Y n’est pas qu’entre huit et neuf;

A dix heures, frappez ù plain, *365

Et n’espargnez ne vie! ne neuf.

SALLEBRY.

Puis doncques que le conseillez.

Je le feray de point en point,

Et mes gens tous appareiller.

Sur les dix heures, tout à point. 1370

Et que nul ne se faigne point,

Que, se leur bastille avez,

Vous verrez fouyr les villains,

Qui ne sauront plus où aller.

Pose. — Et puis dit

LE RECEVEUR

Messcigncurs, ainsi que j’cntend.

Tous les Anglois sont assemblez.

Ne autre chose je n’atend Que ne nous viennent resveiller.

Je vous pry que, sans delayer,

Chascun soit prest cy en presence.

Pour les Anglois contraryer.

A nostre povoir et puissance.

Sus, seigneurs, faisons diligence Et allons trestous vers le pont;

Que des Englois est leur puissanqp. *3R5

Et de ce cousté là y sont.

E* &9 r*. LE SIRE DE SALYTRAILLES.

Chier frère, on m’a dit qui vont

Derrière les Augustins; . •

Je 11c scay pourquoy y le font.

Mais sont armez et en grant point. *390

LE SIRE DE Y1LLARS

De cela je ne doubte point ,

Aujourd’uy nous feront quelque elïroy. .

** LE SIRE DE GUITRY

Aller y fault à toutes lins.

De cela je ne doubte point.

MESSIRK MATHIAS.

On y doit, comme aux Sarrazins, 3391'

Y courir et en grant arrov; *

De cela je ne doubtc point,

Aujourd’uy nous feront quelque cffrov.

Puis tout va en armes sur le pontet dedans les Tourelles, et au bouluart grant force gens d’armes et tous les seigneurs dessus nommez. Puis dil’Sallebry :

SALLEBRY.

Çà, messeigneurs , l’eure est venue,

Il est dix heures proprement.

Que trois mille saillent en rue,

Pour le premier commancemcnt;

Puis après et consequamment Quatre autres mille, qui yront Frapper très vigoreusement.

Qui les premiers rcfraichiront.

Et puis après, se nous voyons Qu’ayez forte resistence,

Nous mcsines nous y mectrons Incontinent, à grant puissance.

Or sus, messeigneurs, qu’on comiuance,

Et criez pour les espouenter;

Puis, ce pendant, par ordonnance Je ferav trompetes sonner.

Alors grant upftilire des Anglois feront un rry : à Carme ! à Cattault! Saint George! et entreront près du bouloart dedanz les fossez, à lances, traict et haches. Puis ceulx de In ville pareillement cryront à Carme! à Cassault! dedans la ville, et sauldfidnl à grant puissance pour venir secourir les Tourelles et bouloart. Et les femmes grant force apporteront de la ville au bouloart sceaulx pleins de grosse, huilles, cendres, chaulx, sacles boudant et fumier; et les gens d'armes les gecteront sur les Anglois; et gecteront chausses trappes, que les auront apportées les femmes, et y aura grant bataille main à main audit bouloart et grant fait d’armes. Et sonnera le baiïroy de la ville sans cesser durant l’assault. El y aura des Angloys gectez par terre do dessus le dit bouloart mors grant quantité, et des François pareillement.

ûhob

LE MI ST EUE DU SIEGE D'OllLEAÎSS.

qu’on portera mors par sus lu pont on la ville. Puis cessera lu bataille et sonnera on une retraicte, que les Angtois se retrayeront, et n’auront point gnignd ledit bouloart. Puis, après la pose, «lit

SALLEBRY.

F* 6n r*. Mes amis, y nous fault retraire iSiû

El reposer sans nul delfault;

Que nous avons eu fort affaire En ce merveilleux grant assauit.

James je n’en vis de plus cliaull.

Ne où je veisse tant morir jA™

De noz gens; c’est par leur deffaull,

Que il ont cst«': trop hastiz;

Mais, par saint George et tous les soins,

Avant qu’i soit six jours entiers,

* La bastille entre mes mains jA*»

p 60 **. Aray, et iray des premiers;

Et les ribaulx à mes lévriers *, Fcray menger entny la place,

Nobles marchans ou escuiers,

Sans avoir de moy autre grâce. *A3o

Pensez que j’ay grand desplaisance :

Tant de gens de bien qui sont mors.

Par deffault de inadvertcnce

Qu’i ne fussent puissans et fors. #

J’en ay en moy si grans remors «Asr»

Que je ne scay à qui le dire.

Plus de trois mille suis recors.

A peine en pui ge parler de ire.

Si les fault prandre et emporter,

Mectrc en terre honnorablcment, jAa*

Et pour iceulx faire chanter Service, bien honnestement. *

"WKT’»'

Et que en voise vistemcnt * *

Prendre les corps de noz amis,

Et faire leur enterrement En terre saincte et leur obis.

Oullre plus, nous convient penser De ceste très diverse guerre.

Et toûs ensemble propenser

• A ces Orlonois cy conquerre; *'iôo

Que je vueil les ruer par terre,

Eulx et la ville mectre à fin.

Ne aultre chose ne vueil querre Que de en venir à une fin.

f fit r*. Sus, messeigneurs, conseillez nous : Mb

Le pis avons de la journée,

Et si ne scay par quel propoux Ne comment s’est ainsi portée.

Nous l’avyons très bien ordonnée ;

Mais ilz y ont eu grant secours, mu.

.» Qui a desvoyé nostre armée Et leur a fait tourner le doux.

CLASIDAS.

Par tous les sains qui sont lassos.

De ce fait cy me vengeray.

Si j’en puis venir au dessus,

Homme ne femme n’espargnerav:

Et, des bourgeoises, en feray A ma voulenté et plaisir,

Ne jamès je n’en pnrtirav Que je n’en face mon désir.

LE CONTE DE SUFORT

Messeigneurs, pour vous advertir,

•Une besolgne j’ay songèe,

Et le vous diray sans faillir.

Sans nul grever de nostre armée:

Mais que la chose soit celée Et menée bien secrètement :

Leur bastille soit mynée Toute jusques au fondement.

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