‹ Le mistère du Siège d'Orléans, publié pour la première fois d'après le manuscrit unique conservé à la Bibliothèque du VaticanChapitre 100 sur 158 · LE MARESCHAL DE RAIS · texte numérisé non relu

LE MARESCHAL DE RAIS

Dame, cpie vous plaist il de l'aire? 11,33.)

Nous sommes au plus près de Blois ;

Se vous y voulez point retraire

Et reposer deux jours ou trois,

Pour savoir où sont les Anglois.

Aussi pour refrachir vos gens, • ',•''>••

Ou se vous aymez mieulx ainçois

Aller droit jusques à Orléans?

LA PUCELLE

Monseigneur, je suis bien contans

Que à Blois donques nous aillons

Pour noz gens là contre atendans; 'i,a05

Ge pendant, aussi penserons

De noz affaires, et manderons

Es Anglois que devant Orléans

S'en voisent, ou combatuz seront,

En nom Dieu, de nioy el mes gens. ii,a7o

Lors vont à Blois. Puis dil

AMBROISE DE LORE

Madame, à vostre bon plaisir F° 386 r'. Nous sommes à Blois arrivez.

Pour vous et voz gens refraichir

Et tous voz bons amys privez.

Plusieurs sont, comme vous savez, 11,276

Oui viennent après vous à fdle,

Lesquelz n'estoient pas abillez.

Mes viendront tous en ceste ville.

LA PUCELLE

Es Anglois je vueil envoyer

Ung herault tout présentement, 11,280

Que y vuedlent dcremparer

Leur siège tout entièrement.

Et une lectre aussi comment

De par moy je leur rescripray.

Si escrivez diligemment 11,285

Ainsi que je vous nommeray.

Adont ung clerc escripra unes lectres, et y a pause. — Puis après dit

LA PUCELLE

Mon amy, lisez moy les lectres Tout hault, que chascun les entende, F" 286 v°. Et pour savoir s'i sont bien faictes

Ainsi comme je les demande. 11,290

Je vueil qu'on saiche que je mande

yiO LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEANS.

Es Anglois, et que chascun l'oyt, Comment, en nom Dieu, leur commande Qu'i deppartent hors de la voye.

Adont le clerc prandra les leclres, et les doit lire tout liault. Et y a ce qui s'en suit, et y a en marge escript : Jhesus, Maria.

Roy d'Engleterre , faites raison au Roy du ciel de son sang royal : rendez les defz à la Pucelle et toutes les bonnes villes que vous avez enforc(?es. Et elle est venue de par Dieu pour réclamer le sang royal et est toute preste de faire paix, si vous voulez faire raison, par ainsi que vous mectez jus et paiez de ce que l'avez tenue. Roy d'Angleterre, se ainsi Tie le faictes, je suis chef de guerre; en quelque lieu que je actendré voz gens en France, se ilz ne veullent obeyr, je les ferai yssir, vueillent ou non; et s'i veullent obeyr, à mercy je les prandray. Croyez que s'i ne veullent obeyr, la Pucelle vient pour les occire. Elle vient, de par le Roy .-■^ — " du ciel, corps pour corps, vous bouter bors de France. Et vous promects et certiffie la Pucelle qu'elle y fera si gros babay que depuis mil ans en K° lîSy r°. France ne fut veu si giant, se vous ne luy faictes raison. El croyez fermement que le Roy du ciel luy envoyera plus de force, à elle et à ses bonnes gens d'armes, que ne saurez avoir à cent assaulx, entre vous archiers, compaignons d'armes gentilz et vaillaiis, qui estes devant Or- Itians. Allez vous en en vostre pays, de par Dieu, et, se ainsi ne le faictes, donnez vous garde de la Pucelle, et de voz dommaiges vous souviengne. Ne prenez mie vostre oppinion que vous ne tendrez mie France du Roy du ciel, du filz de saincle Marie; mais la tiendra Charles, vray héritier à qui Dieu la donnée, qui entrera à Paris en belle compaignie.Se vous ne croyez les nouvelles de Dieu et de la Pucelle, en quelque lieu que vous trouverrons, nous ferrons dedans à boryons, et si verrez lesquelz meilleur droit auront de Dieu ou de vous. Guillaume de la Polie, conte de SiilTort, Jehan sire Tallebot, Thomas sire d'Escalles, lieutenant du duc de Betlhcfort, soy disant régent du royaulme de France pour le roy d'Angleterre, faictes responce se vous voulez faire paix ou non à la cité d'Orléans. Se ainsi ne le faictes, de vos dommaiges vous souviengne. Duc de Betbefort, (jui vous dictes régent de France pour le loy d'Angleterre, la Pucelle vous requiert et prie que vous ne faciez mye des- Iruyre. Se vous ne luy faictes raison, elle fera tant que les François

LE MISTERE DL SIEGE DORLEANS. 441

feront le plus beau fait qui oncques fut fail en la Xristieneté. Escript le mardi en la grant sepniaine. Entendez les nouvelles de Dieu et de la F° .>«7 >°. Pucelle. — Au duc de Belhefort, qui se dit régent du royauinie de Fraiire pour le rov d'Angleterre '.

LA PUCELLE

Y sont faictes comme je vueil, 11.295

Et vueil que présent on les porte

A Tallebot, à son conseil,

A tous les princes de la flote.

Hérault, mon amy, vien et note:

En l'oust des Anglois porteras n.Soo

Ces lectres, et puis m'en rapporte

Responce , plus bref que pourras.

HERAULT

Madame, je n'y fauldray pas

A bien faire vostre messaige,

Et de présent, tout de ce pas, !i,3o,'>

Je vois vers eulx de grant coraige.

Que tu soycs prudent et saige

A rapporter ce qui diront;

Que s'i ne font à mon langaige,

Je les yray voir front à front. ii,.3io

F" «88 r°. HERAULT.

Dame, ne vous doubtez de riens Que vostre messaige feray, Et es Anglois, devant Orléans,

' Le texte de la lettre de la Puceile aux rence avec celui que l'on ti'ouve dans le chefs anglais n" offre presque aucune diffé- Journal du siège. (Cf. Quicherat. IV. lio.)

/t/i-2 LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEANS.

Voz lectrcs je leur porteray,

Et avecques ce leur diray ij,3i5

Comment à Blois estes venue.

LA PUCELLE

Or va, puis après penseray, Mes que leur responce soit sceue.

Lors s'on part et trouve tous les princes d'Angleterre ensemble, et dit

LE HERAULT

A VOUS, très liaulx puissans seigneurs.

Ducs, contes de grant baronnie ii,3:!o

D'Angleterre, et tous les greigneurs Qui ont passé la mer saisie \ Pardevant vostre seigneurie.

Je vous viens dénoncer messaige.

F° 288 v°. De par la Pucelle jolye, 11,320

Qui est garnie d'un gent coraige, Vous mande que vous deppartiés De devant Orléans, sans atendre, Et que le siège vous levyez,

Sans y commectre aucune esclandre. :i,33o

Comme pourrez voir et entendre Es lectres qu'elle vous envoyé.

Si les vueillez voir et comprandre Ainsi comme c'est chose vraye.

Elle est à Blois, où elle atant 11,33:.

Vostre responce, s'il vous plaist.

Que si voulez estre contant, De vous n'apressera loing ne près Pour vous l'aire aucun interest, ' Sic.

LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEANS. A'iS

Mes que ces dis vueiilez parfaire; 11,3/10

Ou autrement et vous promest Qu'elle vous fera vitupère.

Tiiilebot prant les lectres et les lit, puis dit

TALLEBOT.

Messeigneurs, voicy grant merveille De ceste truande paillarde !

Qui la meult ne qui la conseille ji,3'4r,

De nous mander telle baverde?

F" 2S9 r". Mes n'est elle pas bien couarde

Faire telle abusion? Et si fait, quant bien je regarde, Es François grant confusion. ii,35o

ESCALLES.

C'est leur fin, leur destruction,

Chascun le voit evidamment;

Qui n'ont plus autre affection

Qu'en une fille seullement.

Pensent il donques bonnement it,355

Qu'en elle avoir recouvrance?

C'est bien faulte d'entendement,

Et es François n'est pas science.

CONTE DE SUPPORT

Je n'y congnois nul apparence

De se vouloir moquer de nous. ii,.36o

Comment cuide le roy de France

Estre par elle bien recoux?

Part bien que les François sont foulx

Et qu'i n'ont plus d'espérance ,

4^4 LE MISTERE DU SIEGE DOKLEANS.

Que une pucelle sans propoux ii,365

Viengne assaillir noslre puissance.

V° 38.) v". FACESTOT.

On m en avoit aucunement '

Touché qu'elle devoil venir.

Je scay de son gouvernement;

On ne la doit pour riens souffrir. 11,370

Elle s'est voulue deppartir,

Et lesser son perc et sa mère

Qui n'en savoient comment clievir.

Et n'est que une simple bergiere.

PREVOST DE l'ARlS.

Pour luy abesser son coraige 11,375

Vous ne luy devez riens mander;

Comme vous si noble bernage

Ne se doit ainsi abesser.

Et si vueil dire que devez

Retenir lectres et herault, ii,38o

Et en vous s'est l'emprisonner

D'avoir vers vous parlé si hault.

THOMAS RAMESTON.

Ce qui tout n'est c[ue moquerie.

Et ne le devez soustenir.

Pour leur remonstrer leur t'ollie 1 1,385

Devez leur lierault retenir.

V 290 1°. Et en voz prisons détenir,

Qu'il a parlé arrogamment.

Et le lesser leans morir Pour monstrer leur l'ollyemenî. 11,390

LE MISTERE DU SIEGE DORLEANS. /i/i5

TALLEBOT.

J'en suis de ce consentement

Que nulle responce n'aura,

Et son hcrault finablenient

En mes prisons le comparra,

Ne jamès il n'en partira ii,3oô

En (lespit de la faulce garce;

Ne de mort jamès n'eschappera,

Se je la puis trouver en place.

Or sus, prenez le vistement

Et en noz prisons le boutez; ii,4oo

Là y morra vilaynement

Par ses faulx dis et cruautez.

Nous viens tu icy apporter

Nouvelles en abusion?

Pence tu te venir froter ii,/ior)

Sans faire reparacion ?

LIi HERALLT.

Seigneurs, par ma redempcion, Croyez que nul mal n'y pensoye, F" ago r. Et à sa supplication

Devers vous me suis mis en voye. ii,:'iio

Pour la Pucelle gente et coye J'é voulu faire ce voyage; Comme berault, mal ne devroye Avoir en faisant mon messaige.

ESCALLES.

11 est garny de mal langaige ii,/ii5

Et est trelfort obstiné; Pour lui abesser son coraige Qu'il soit tantoust emprisonné.

TALLEBOT.

Sus. faictes qu'il y soit mené

Tout en la fosse, au plus parfont, 11,490

Que pain et eaue lui soit donné,

Que trop fièrement nous respont.

Lois iiienronl le horault en prison. Et Jehan de Mes dit à la Piicelle :

JEHAN DE MES

Madame, j'ay ouy nouvelles De vostre herault, n'en doubtez, V ayi 1'. Qui ne sont ne ])onnes ne belles. ti,it9.:>

Les Anglois l'ont fait arrester Et dedans leurs prisons bouter, Vous desprisant et diffament Et fait beaucoup de cruauller; Je le scay véritablement. n.iSu

En nom Dieu, y n'ont pas bien fait.

Pour certain s'en repentiront,

De bref, de leur mal et méfiait:

Je croy qui le recognoistront.

Or sus, chevaliers et barons, ' ii./).3.5

Aller nous convient à Orléans,

Tout le plus droit que nous pourrons;

Je vous pry, soyons diligent.

Page 1