‹ Le mistère du Siège d'Orléans, publié pour la première fois d'après le manuscrit unique conservé à la Bibliothèque du VaticanChapitre 99 sur 158 · CHAULMONT · texte numérisé non relu

CHAULMONT

11 fault aller choisir noz gens

Qui ne demeurent là dehors;

Ils les lerroient es chyens ii,o65

Dévorer sans miserieors.

Et nous fauldra avoir rappors

De ceulx qui auront cognoissance

Des plus excellans et plus fors,

Et pour en faire ramembrance. 11.070

LE RECEVEUR

Messeigneurs, nous avons perdu Plusieurs habitans de la ville.

Dont il nous est mal advenu ,

./i32 LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEANS.

F° !iRi ^^ Par une façon orde et ville.

Y sont tous sailiiz à la fille, "-o?^' Gomme sans ordre et sans mesure,

Par voye et par mauvais stille.

Qui nous est tourné à iaidure.

BASTARD D'ORLEANS

Il est vray, c'est chose mal faicte

Et mauvais conseil en ce cas; 11,080

Mes, quant la chose est ainsi faicte,

Plus n'en fault parler hault ne bas.

Quant, de fait, vous ne povez pas

Y remédier autrement.

Ung autre fois, mieulx par compas On y ouvra plus sagement.

ii.oHi)

Lors ioy y a pause. — Et puis dit

LE ROY

Or çà, Jehanne, gente Pucelle, J'é fait penser de vostre estât.

Que je voy que vous estes celle F' 282 1^ Qui nous donra joye et esbat. 11,090

Mon royaulme si est ou clymat Et en dangier des anemis; Mes vous osterez le débat Par vos puissans fais et hardis.

Fille, voicy vostre harnois, 11,095

Et vos chevaulx pour vous monter; Vous le povez vestir, et voir S'il y fault mectre ou ouster.

Essayez le de tous cousiez Et le vestez, je vous emprie, u,ioo

LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEANS. 'i38

Que s'il y fauit riens appoincter, Fait sera, ma fille et m'amye.

Pose. — Lors sera vestuo d'un harnoiz tout blauc devant le Roy; puis dit

LE ROY

Dame Jehanne, que dictes vous,

Le harnoiz est il à vostre aise?

S'il y a riens, dictes le nous, n.u.s

Et n'endurez point de malaise.

Prenez harnoiz que il vous plaise

A vostre disposicion.

Et n'en prenez qui vous desplaise,

Mes selon vostre intencion. ii,iio

F° aStî V». LA PUCELLE.

Sire, le harnoiz m'est bien faict.

Ne le vueil en riens contredire; Il est honneste et bien complait, Dont je vous remercye, chier sire.

LE ROY

Puisqu'il vous plaist, me doit suffire,

Et en suis, fille, bien joyeux,

Qu'en riens je ne vous vueil desdire.

Mes bien vous complaire en tous lieux.

Puis, fille, regardez icy :

Voicy vostre espée abillée.

Vous est elle bien faicte ainsi.

Et à vostre gré ordonnée?

Seignez la, ma fille et ayraée,

Et, s'i vous plaist, ainsi garnie.

De par moy vous sera livrée

Çh.îlx LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEANS.

En ordre de clievallerie.

Voici les espérons dorez Pareillement que je vous baille, Ainsi que ung bon chevalier

Qui est ordonné en bataille. n.iSo

Et n'ayez pour que je vous faille, Ma fdle, tant que je vivray; Tant que j'aye denier ne maille.

Dame Jehanne, ne vous l'auldray.

Après voyez vostre estandart ii,i35

r jSS 1°. Ainsi que avez devisé;

Regardez le de part en part.

S'il est bien fait à vostre gré.

El, pour vous servir, bailleray

Jehan d'Aulon, de noble lignaige; n.iio

Et pour paige vous ordonneray

Loys de Contes, noble et saige;

Et pour vous conduire \oz gens

^Aurez le mareschal de Rais,

Et ung gentilhomme vaillant, n.iAS

Ambroise de Loré ares,

Esquelz je commande exprès

Où il vous plaisa vous conduisent,

En quelque lieu, soit loing ou près.

Que vostre voyage fournissent. ii,i.io

Puis, pour evitaller Orléans.

Vous baille vivres abondance,

Que vous menrez et vous présent

Pour en faire à vostre plaisance.

Et artdlerie à puissance ii.id5

Que menrez o vous, quant et quant

De mon or et de ma chevance,

Pour soudoyer vous et voz gens.

LA PUCELLE

En non Dieu, sire, doiilcemenl Vous me faictes et voulentiers, El bien en point certainement Je suis à mes désirs entiers.

De voz nobles et chevaliers, v 28.S \\ Que me baillez pour nioy conduire.

Et de vos gentilz escuiers u.ifir,

Vous remercye, mon très chier sire,

Et de tous les auti'es biens faiz

Je vous remercye humblement.

Pour vous je vois porter le fais

De vostre guerre entièrement, 11,170

Et lever tout premièrement

Le siège d'Orléans, par exprès,

Et en rebouter laydement

Tous voz anemis , se Dieu plaist.

Puis après je vous conduiray 11,17s

A Rains, pour vous mener sacrer;

Moy en personne vous menray

Sans trouver aucun encombrier.

Soyez tousjours bon et entier,

Aymez Dieu; vous donra victoire, - 11,18..

Que vostre royaulme recouverrez,

Qu'il en sera tousjours mémoire.

Sire, il est temps de partir,

Et congié de vous je vueil prandre.

VueHlez vous tousjours souvenir

De Dieu et y vueilliez entendre;

De vostre grâce vous vueille rendre

Salut, comme il vous appartient.

1 i,iai)

/i36 LE MISTERE DU SIEGE DORLEANS.

Priant Dieu qui vueille deffendre

Vostre royaulme, tant qu'd est grant. 11,190

LE ROY

Jehanne, belle fille et amye, p 9,84 y\ De vous voir je prans grant plaisir,

En pryant la Vierge Marie Qu'i vous garde de desplaisir.

Tout mon comfort, tout mon désir imqS

Si est en vous, doulce Pucelle, Désirant que puissiez venir A vostre intencion formelle.

J'ay en vous parfaicte fiance,

Fille, que vous m'ayderez, ".^«o

Et par vous auray recouvrance .

Ainsi que promis me l'avez.

Dieu vous doint bien persévérer Et estre tousjours en sa garde,

Que j'espoir de recouvrer ii,2o5

Mon royaulme, mes que ne vous perde.

LA PUCELLE

\ Roy, soyez tousjours humble et doulx Envers Dieu ; il vous gardera , '] Et de ses biens il vous donra.

A Dieu, je prans congié de vous.

LE ROY

Se besoing vous avez de nous, Mandez, fille; on l'acomplira.

F° 284 v". LA PUCELLE.

Roy, soyez tousjours humble et doulx Envers Dieu; il vous aydera.

LE ROY

Fille, je n'ay autre propoux 11,215

Que faire ce qu'il vous plaisa, Et se Dieu plaist, vous gardera De mal, de dangier contre tous.

LA PUCELLE

Roy, soyez tousjours humble et doulx

Envers Dieu; il vous aydera, 11,220

Et de ses biens il vous donra.

A Dieu, je prans congié de vous.

Lors icy )3aitiront tous en ordonnance. Et le Roy se niecteia à jjenoulx devant paradis, et dit

-— - LE ROY

0 Dieu du ciel, par la vostre puissance Co/iduisez dont la très noble Pucelle, Qui pour moy va porter harnois et lance 11,225

F" 285 r°. En soustenant du royaulme la querelle.

Or n'ai ge plus fiance qu'en icelle.

Ne en autruy plus secours je n'atant; Mon très doulx Dieu, gardez la jouvencelle De péril, de mort et d'inconvénient. 11,280

Se offencé vous ay aucunement, Je vous requiers pardon, mon vray seigneur; N'en pugnissez mon peuple nullement.

Supporté soit par la vostre doulceur :

Celuy je suis pour porter la douleur 11,235

Et reparer vostre vraye sentence.

Si vous supply, Sire, du bon du cueur Que de mon fait vous ayez souvenance; Servir je vueil, doulcement obeyr

Et acomplir voz bons conimandenicnt. ".^.'.o

Faictes fie moy à vostrc bon plaisir,

Vous requérant niercy beni<^;nenienL

Geste pucelle est venue doulcement

Par devers moy, pour moy donner secours;

Gardez la dont, je vous pry humblement, '<-^'>->

Des anemis et de leurs divers tours.

Se je la pers et Orléans soit soubzmis.

Dire je puis que plus n'ay espérance.

Prest à partir et lesser le pays

Et de quicter le bon royaulme de France. "^a.")..

0 Dieu du ciel, la divine puissance

Demonstre moy, vray Dieu, à ce besoing,

Quant je n'é plus nulle autre recouvrance F" -38.5 v°. Qu'an ceste fdle, qui est venue de loin;].

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