D'ILLIERS
Je ne pourrois cecy entendre, p 338 r\ Si promptement recommancer. i3,36o
Ny n'est nul qui le peut comprandre, Ne qui s'en voulsist avancer.
Plus de quatre heures sans cesser
Avons esté icy devant,
Et comme vous povez penser 1 3,345
Advancez ne sommes de riens.
SAIjNTRAILLES.
INoz gens estoient frois, reposez.
Preux, vaillant et victorieux.
Et s'estoient disposez
De faire l'assault oultrageux, i3,3.">o
Lequel a esté merveilleux;
Mes encore n'y avons riens fait.
y retourner n'est pas le mieulx ;
C'est pour nostre oust estre deffait.
SUAIRE
Dame Jehanne, nul n'est contant 1 3,355
De présentement y retourner,
Et aussi, comme je l'entant,
Y fault des blessez ordonner.
Et qu'i soient bien gouvernez,
Que les plus vaillant navrez sont. i3,36o
Si ne vueillez déterminer
Que meshuit beau fait n'y feront.
F°338v°. LA PDCELLE.
Mes amis, c'est mal conseillé,
Et je vous diray bien comment :
Vous avez icy esveillé 1 3,365
Et monstre un grant hardement,
Où. vous avez certainement
Travaillé fort vos anemis,
Et les avez en grant tornient
Boutez plus qu'i ne vous ont mis. i3,.?7o
Quant de présent les assauidrez,
Y se troiiveiTont esbayz,
Que y sont beaucoup travaillez,
Qu'i ne savent que devenir.
Et s'esbayront sans mentir 13,375
Oii aurez pris ceste puissance;
Y se trouverront desconfiz
Et tous boutez hors d'ordonnance.
Vous savez qu'i sont mas et las,
N'y ont plus force ne puissance; i3,38o
Delesser ne les devez pas,
Mes les assaillir à oultrance.
Y ne pevent avoir recouvrance De nul qui soit pour le présent;
Par quoy n'ont nulle espérance 1 3,385
Résister aucunement.
POTON
Dame Jebanne, je vous suivray, F" 339 r°. Et croy en voz dis fermement;
L'assault je recommanceray
Encor plus oultrageusement. 13,390
Faictes sonner diligemment Trompetes et grant bruit ensemble; Les espoventez aucunement :
N'y aura d'eiilx nul qui ne tramble.
BARON DE COLUNCES.
.le ne demeuray pas derrière, 13,395
Quant la Pucelle se présente.
Mes gens, qui sont soubz ma baniere,
Me suivront la droicte santé,
Et y feront bien, je me vante,
Leur devoir, sans nui contredit. i3,4oo
Sy n'en vueii plus faire atante,
Puis que ainsi a esté dit.
BASTARD D'ORLEANS
Dame Jehanne, puis qui vous plaist, A voz diz on obbeyra,
Et quant vous vouldrez tout est prest. '3,io5
Ung chascun de nous vous suyvra, Et tout le mieulx que on pourra On parfera vostre entreprise, Ne nul ne vous contredira F" 339 v". Que n'en faciez à vostre guise. '3.4 10
LA PUCELLE
Messeigneurs , ayez bon coraige,
Aujourd'uy serez victorieux,
Et se vous avez ce passaige,
James ne sera parlé d'eulx.
Si devez bien estre soigneux i3,ii5
De voloir avoir ceste place.
Qui vous est le plus dommageux
Et qui plus de mal vous prochasse.
En nom Dieu, je vois commancer,
Et qui m'aymera si me suyve, 13,420
Pour noz anemis dechasser,
Afin que du royaulme on les prive,
Ne qu'i n'ayent nulle baillyve
En France, ne ung seul pié de terre.
Ne que plus nul Anglois y vive, '3,435
Mes s'en aillent en Engleterre.
Lors les trompetes sonneront de plus fort en plus fort, et seront les Anglois tout esbayz de voir telle puissance revenir sur eulx , et y a ung F'Sior". grant assault. Et ceulx de la ville sonneront et sauldront pour venir secourir la Pucelle et gens d'armes, et feront des planches de bois pour venir aux Tourelles et passer sur les arches rompues, et puis viendront ayder au bouluart de la Relie Croix, et de si grant force d'un cousté et d'autre que les François gaignerout le bouluart des Tourelles. Et se retrayront Glasidas et autres cappitaines, grand nombre d'Anglois sur le pont, lequel avoyent rompu; et tout à coup cherra ledit pont soubz les- dits Anglois , et seront tous noyez : c'est assavoir Glasidas , le sire de Pont , le sire de Molins, le bailly de Mente et plusieurs autres. Et furent prises les Tourelles d'assault et tout tué, fors que ung peu de prisonniers qu'on amena en la ville. Et puis [après] icelle pause et bataille dit
LA PUCELLE
Nobles et vaiiïans chevaliers, Qui par voz puissans faiz entiers F' 3/)o v°. Avez acquis louenge et gloire,
Encontre Anglois félons et fiers, i3,^3o
Qui tant ont fait de destourbiers, H est évident et notoire, Or est vray et c'est chose voire Que sur eulx avez eu victoire,
Allencontre vos anerais; i3,i35
Mes doit ung chascun de vous croire Que Dieu a volu cecy faire, Et par luy les avez soubzmis.
Si ne vous fault plus riens doubter, Puisque les avez déboutez i3,6io
Des Tourelles et ruez jus, Et que les avez surmontez; De leur grant orgueil desmontez Les avez et de leurs abus.
Je dy à ce coup sont confus 13,445
Que de puissance n'auront plus Encontre vous, loyaulx François.
Y sont tous noyez et perdus Et sont vostres, il est conclus,
Mercy à Dieu, le roy des roys. i3,i5o
Si fault adviser nous retraire, Reniercyer le Roy de j'ioire.
Qui a conduit ceste euvre ci; Puis penserons de nostre aflaire.
De nostre entreprise parfaire, i3,i.j5
F°3ii r". Pour nous bouter hors de soucy;
Que avant peu de temps d'icy J'é espoir, la Dieu mercy, Que jamès d'eulx ne sera nouvelle.
Quelque cueur qu'il ayent endurcy, i3.i6o
Y n'en auront autre mercy.
Que il ont mauvaise querelle.
Des Anglois n'est nul réchappé Qui ne soit pris et atrappé.
Ainsi comme est l'oiseau en caige; i3,'i65
Leur passaige avez estouppé
Et ung chascun d'eux occuppé
Si bien qu'il ont eu le dommaige.
Mesmement eulx, par leur oultraige.
Ont produit la voye et passaige '3,47°
Pour nous vouloir desavoyer;
Mes souvent qui brasse potaige
Ne vient pas à son avantaige.
Car eulx mesmes ce sont noyez.
Et de vray, ainsi que j'entant, '3. '175
De leurs chefs et tous les plus grans
Estoient en leur compaignie,
Les plus nobles, les plus vaillans
Des Anglois estoient Icans,
Lesquelz ont tous perdu la vie. i3,'i8o
Donques devons à chiere lye Reniercyer Dieu et Marie De la grâce qu'i nous a faicte, P3'ii ï°. De nous oster telle mesgnie.
Tel gent du royaulme anémie, i3,485
Nacion de gens inipart'aicte.
, BASTARD D-ORLEANS
Certes, Jehanne, vous dictes bien;
Nous devons tous mener grant joye
Et louer Dieu sur toute rien :
Chascun en doit prandre la voye. iS.ùgo
Je voi cy la plus belle proye
Qui ou royaulme fust onques faicte.
Et dont à vous l'onneur octroyé,
Que ceste chose avez parfaicte.
LE VICOXTE DE TOLARS, sire d'Amboise.
Glasidas est noyé sans doubte, 13,^95
Avecques luy plusieurs barons
Qui avoyent une grant route.
Et tous fors liardiz compaignons,
Les plus vaillans qui furent ont
Sailliz et venuz d'Angleterre: i3,ôoo
Si sont avecques les poissons :
Y ne les fault point ailleurs querre.
P 3ia r°. LE SIRE DE LA TOIR. banjn d'Auvergne.
Le sire de Pont est noyé, Qui estoit avec Glasidas,
Prince cruel et desvoyé i3.5o5
Pour faire des maux ung grant tas.
Lequel ne nous espargnoit pas.
Aussi bien le baiily de Mente,
De MoHns a passé le pas;
11 est en Loire, je me vente. i3,ôio