LE FAISEUR DE GUET
Très noble et très puissante dame, l'uioo
Plaise vous ouyr et entendre
Ce que dire vueil, sans nul blasmo,
Et ainsi que le puis comprandre :
Sus les murs, anuyt, sans mesprandrc
Ay fait le guet toute la nuyt;
Mes nul ne pourroit pas comprandre
Comment Anglois ont fait de l)ruit.
Les ay vcuz aller et venir
Toute la nuyt, à grandes tourbes,
Sy pensent quelque desplaisir
Nous faire ou donner des coups orbes.
Dame, je ne say de leurs forbes
Ne aussi leurs intencions;
Mes se François ne les destorbes,
Je croy que des maulx nous feront.
F° 35fi v°. L\ PUCELLE.
Mon amy, de riens ne doublez; Lessez faire leurs entreprises :
Y sont assez las et matez, Qui ne sont pas à leurs devises.
i i.ioS
liicii souvent de grans convoitises ii,i2o
On ne vient pas où on prêtent:
Vient souvent aucuns qui ie brisent, ()ue tout si devient à néant.
BASTARD D'ORLEANS
Dame Jelianne, Dieu vous salue Et vous doint aujourd'uy bon jour!
M'estoit tart que vous eusse veue , Que vous estes notre recour.
Si avoye de vous grant pour Dont vous fustes hyer blessée D'un tret, que je voy à l'entour De vous, dont fustes trespercée.
LA PL'CELLE
Bastard d'Orléans, mon chier aniy, De cela, se Dieu plaist, n'est riens.
Dieu ne m'a pas mis en oubly :
Resconfoi'te tousjours les siens. 1/1,1 35
F° 357 r°. Si vous plaist, que incontinant
Faciez les tronipetes sonner, Pour faire venir tous noz gens Et pour icy les assembler.
BASTARD D'ORLEANS
Dame Jehanne, y sera fait 1 '1,1^0
Incontinant, puisqu'i vous plaist.
Trompetes, sus, sans plus de plait,
z\vancez vous, soyez tous prest;
Faictes que noz gens loing et près
Viengnent cy en nostre presance. ■ l'i,!'!."»
ÏROMPETES.
Nous i'acomplirons par exprès.
Monseigneur, n'en ayez doubtanco.
Lors iiv uni' pause. — Et doit \enir la Pucclle en place, desaiinée. à tout luie ioljbe de drap d'or vestiie, et aussi tous les princes franrois v viendront devant elle à jrrani asseniblée, et graut pose. — Et puis dit
(Jr, niesseigneurs, comme savez, 1' ;5Ô7 \°. Ouyr la messe vous devez,
Et, pour l'onneur du saint dinienclie, ii,i5o
Louez Dieu et le merciez
Des biens qu'i vous donna yer,
Par sa volante pure et franche.
Quant des mains de personne estrange
\ous a desmis, et fait un change iti,iî>;y
En joye et consolacion,
Appartient que chascun se renge
De faire prière et louenge,
Qu'il ait de nous rémission.
BASTARD D'ORLEANS
Certes, Jehanne, vous dictes bien, iVifio
Et le ferons, ne doublez raie.
Mes Anglois, ainsi que je tien,
Sont ensemble en grant compaignie,
En point, en bataille fournie,
Et ne savons cjue veullent faij'e : iii,i6b
Se c'est pour faire une saillie.
Ou se c'est point pour eulx retrau'e. .
LE SIRE DE GUITRY
Messeigneurs, ainsi ([uc j'enlanl.
Le siège y veullent lever,
Que il ont sarré tous leurs biens i'm7c
Et en fardcaulx enveloppez.
Ceulx qui les ont veu cordeier Et qui ont fait le guel la nuyt.
L'ont rapporté et dit tout cler.
F'3.")8r'. Et en est partout ung grant bruit. 1/1,17.'^,
LE SIRE DE GR.VVILLE
Plusieurs l'ont ainsi rapporté :
Geste nuyt ont fait leurs aprestes
Et ont tout pris et emporté,
Leurs harnois, ars et arbalestes:
Et sont ylà où y s'arrestent i'mSo
Pour vider tousjours leur bagaige.
Si seroit bon, sans plus d'enquestes.
Leur aller close le passaige.
LE SIRE DE RAYS
C'est bien dit et bien advisé;
Et tant qu'i sont en desarroy, ii,i85
Que leur oust si est divisé,
Allez au devant du charrov.
Vous les mectrez en tel arroy
Et en telle subjection
Que nul n'eschappera, je le croy. 1^,190
Qu'i ne soit à perdicion.