‹ Le mistère du Siège d'Orléans, publié pour la première fois d'après le manuscrit unique conservé à la Bibliothèque du VaticanChapitre 121 sur 158 · LE BARON DE COLONCES · texte numérisé non relu

LE BARON DE COLONCES

En ce cas, ne fault faire atanle,

Mes soy armer diligemment, F" 8ÔH >'. Aller à eiilx la droicle sente.

Vostres sont, croyez fermement, iVig.")

Et les assaillir roidement,

Que de nvdiuy n'ont plus recors,

Et si croy véritablement

Ou'i Youklroient jà estre mors.

MESSIRE FLEURANT D'ILLIERS

J'en suis de ceste oppinion iV-ioo

Que nous le devons ainsi faire.

Noslres sont, sans remission,

Et je ne voy riens au contraire

Ceste chose de nous parfaire

Tout prestement, sans longue cspasse; i4,ao5

Et croy que de nostre victoire

Parlé en sera en toute place.

LE SIRE DE GAUCOURT

Point ne les fault lesser aller Ainsi legierement de nous;

Et se aller vous n'y volez, i'4,-2io

Y diront que nous avons poux, Et si leur donrez en propoux Sur nous autre foiz retourner.

Par quoy je dy ci devant tous F' .3.^9 1°. Qu'on ne les doit point espargner. l'i.i)»

LA HIRE

Ce nous seroit ung grant reproche Eulx en aller sans coups ferir, Et perdre si belle destrouce Pour nous à tousjours enrichir.

J'emeroye autant morir 1/1,220

Que tel reproche recepvoir, Quant nous aurons temps et loisir Pour les bien combatre et avoir.

POTON

Aller y convient, c'est raison.

Puis qu'an si beau gibier y sont, 14,225

Ghacer fault telle venoison

Comme ces desloyaulx Godons,

Qui à jamès ne furent bons,

Mes tant fait de doleur et paine.

Lesser aller pas ne devons 1/1,230

De nostre pays et demaine.

LE CAPPITAINE CAVEDE.

Dame Jehanne, qu'an dictes vous?

Les devons nous point assaillir?

Vous voyez ci la voir ' de tous; F- 3.)9 ^^ Faictes en à vostre plaisir. iii,-^Z5

Quant à moy, je suis de loisir; Moy et tous mes gens sommes prest A vostre voloir acomplir.

Et à faire ce qui vous plaist.

LA PUCELLE

Mes bons seigneurs, or entendez : 1/1,260

J'é ouy vos oppinions Et tout ce que vous prétendez, Avecques voz intencions; Dont vous dis voz affections

Si est les Anglois assadlir. 1 4,245

' Sic , sans doute pour la voix, l'opinion.

Mais, sauve voz corrections, Ne scay se à Dieu est son plaisir.

Bien je conseille vous armer Et vous bouter en ordonnance,

Et avec(|ues vous vueil aller 16,950

Pour aller voir leur contenance; Mes à vous tous je fais deiïance Que nulz assault on ne leur baillent, Et pour l'onneur du saint dimenche.

Que premier y ne vous assaillent. i'r,-355

Mes s'il advient aucunement Que commancent nous assaillir, Défendez vous si vaillamment Que vous les faciez tous périr; F' 36o 1°. Mes s'i ne se viennent oiïrir, 1 '1,260

Et qu'i s'en aillent doulccment, Lessez les, et, sans coup ferir, Ne leur donnez destourbement.

RASTARD D'ORLEANS.

Dea Jehanne! pour f]uoy el comment?

Y sont icy en plain pays, i'i,9ii"i

Tout à nostre commandement,

Et puis y sont noz anemis.

LA PLCELLE.

De cela ne vous chaille, et puis Une autrefl'oiz les recouvrons.

BASTARD D'ORLEANS

Nous ferons à vostre devis, 1^,270

Et quant vous vouldrez partirons.

LA PUCELLE

Y convient que nous nous arniyons, Et y allez par bonne voye.

SAINTE SUAIRE

Ce qui vous plaisa nous ferons; p 3Co \\ Que tout voslre plaisir octroyé. i4,27ri

LA PUCELLE

Chascun de harnois se provoye; .Te ne say s'i nous assaudront.

LE SIRE DE COURAS

Dame Jehanne, je le vouldroye, Que désir de frapper avons.

Lors icy \ a grant pause. — Et se doit armer la Pucelli' de blaiis liarnois, et tous les autres. Et puis dit

LA PUCELLE

Vous, Bastard dOrleans, mon cliier sire, l'i.iSo

Vous semble temps que nous parlions?

BASTARD D'ORLEANS

Tout est prest, n'y a que redire, Et tous noz gens abillez sont.

Devisez ce que nous ferons, Et de par nous sera acomply.

LA PUCELLE

F° 36i 1°. Devant les Anglois nous yrons

Pour les vois, et de cueur hardi; Et au seurplus, je vous supplie

Que chascun se tiengne en son rant,

Et que nul ne démarche mie i '1,990

Sans congié, soit petit ou grant.

Messeigneurs, gouvernez voz gens

Que sus Anglois nuHuy ne saille,

Tant que je voye qu'i soit lant;

Mes vous tenez tous en bataille. 1 '1,295

BASTARD D'ORLEANS

Ne VOUS doubtez que luil y faille;

Fait sera selon vostre dit,

Et, comme vouldrez qu'on y aille,

On acomplira vostre esdit.

Voyez ci l'armée en grant bruit, i?i,3oo

Pour en faire à vostre ordonnance.

LA PUCELLE

Or, allons dont vois le desduit Des Anglois et leui' contenance.

Lors la Pucelif et tous les seigneurs, tous armez, avecques leurs geus VSdi \°. el estandars, partiront dOiieans en belle ordonnance et viendront devant l'ousl des Anglois qui seront aussi en grant point; et sonneront trompâtes, clairons, tant d'un cousté que d'autre. El y seront tant et si longuement que les Anglois s'en yront droit à Meung, et les François tout bellement apressant, tant que les dits François lès perdront de veue. Et alors les gens d'armes trouverront vesselle d'argent, d'cslain, robbes fourrées de martres, en leurs tantes, qu'ilz auront lessez , de liasle deulx en aller. Puis dira

Messeigneurs, nous ne voyons plus

Les Anglois; y sont evaguez, i4,3o5

Et, comme dolant et confuz.

Honteusement s'en sont allez

Janiès deulx vous uoirez parler Pour venir devant vostre ville,

Ne pour vous voloir exciller, i'i,3io

Ne pour faire autre chose vile.

Retrayons nous tous à Orléans, Que il est aujourd'uy dimenche, Mercyant Dieu sur toutes riens, p 36j i", A luy appartient la louenge i'i,3i5

Que de ceste gent ci estrange Vous a ainsi du tout chacée, Et vostre cité pure et franche Vous a préservée et gardée.

Neuf mois il y a tous entiers i'i.3iîo

Que Y vindrent premièrement.

Dont par eulx deul et destourhiers Avez soutïert et griefvement, Grans peines et grant encombrement.

Ainsi que c'est chose certaine. i'i,3iô

Souviengne vous d'où et comment Estes raehatez de la paine :

Que l'an uu'^xxix.

Le vui'^' jour de may,

Fut redifTié tout de neuf ii,33o

Orléans estant en grant esmay.

Que ce propre jour, sans delay, Honlcusement se deslogerent Les Anglois, en grant desarroy,

Et droit à Meung y s'en allèrent. ii,335

Mes amis, bien vous en souviengne.

Et ceulx qui viendront après vous :

Que ceste chose vous enseigne Que Dieu vous a esté bien doux, ' GoiTection; le texte portait d'abord IX'.

5f.8 LE MlSTEIîE DU SIEGE D'ORLEANS.

Et que de ce vous a recoux iVS'kj

Par sa divine Providence.

Si l'aictes mémoire à tousjours

De cesle belle délivrance.

r"3()s\°. Lors y a une pause. — El se doivent appresser df la villi'. l'iiis

viennent les bourgeois de la ville, et dit

LE RECEPVEUR.

\ous, très noble et puissante dame.

Humblement vous remercions; i,^ l'i.S'i.j

Chascun de nous si vous proclame

Que par vous la victoire avons

Encontre ces Anglois félons

Ayant ceste ville assigée :

De la perdre en dangier estions, i4,35o

Se vous ne l'eussiez recouvrée.

I" BOUIîGEOIS.

0 chiere Pucelle hoimorée,

Trop à vous nous sommes tenuz,

Quant par vostre puissante armée

Les Anglois avez confonduz, i'i..3.îô

Lesquelz nous ont icy tenuz

L'espasse de neul" mois entiers.

Ainsi comme gens esperduz

Et comme povres prisonniers.

Il' BOURGEOIS.

Or nous avez vous délivrez i4,36o

De la main de noz anemis, 1'' 3C3 1°. Qui à mort nous vouloient livrer

Et degecter de ce pays,

Dont p;ii' voz puiss<ins l'aiz et dis

Vous avez obtenu victoire. i'i,3(;:)

Très liaulte dame de liault pris,

A vous en est louenge et gloire.

LA PUCKLLE.

Mes amis, ce n'est pas à moy, C'est à Dieu, qui a cecy fait :

. Pitié a eu de vostre esmoy, i '1,370

' De votre doloreux exploit. Si ayez tous, tant que qui soit, Dieu devant vous et en mémoire, Puisque ainsi vous a parfait

Avoir eu ceste grant victoire. i'j.37:,

Et si ayez en souvenance De ce jour icy, mes amis.

Comment Orléans eult délivrance De ces anciens anemis.

Comment il ont esté soumis i',.38o

L'an mil nu"^ xxix; Faictes en mémoire tous dis; Des jours de may ce fut le neuf.

Et comme j'ay ci recité,

Quil en soit mémoire après vous, ii,.385

Comment ceste noble cité De Dieu si a esté recoux Encontre Anglois, qui en propoux F" 3fi3 v'. Avoient de tout point la prandre,

Dont Dieu, qui est courtois et doux, 1 '1,890

L'a volu garder et delïendre.

Si me vueil d'icy deppartir.

Et m'en aller devers le Roy, Et j'é voulante et désir

5r)0 LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEA!\S.

De faire ce qui est en moy; i?i,39."i

Que de bref, ainsi que je croy, Me convient le mener à Rains Sacrer, ainsi comme je doy.

Et pour parvenir à ces fins.

Dont vous tous vous remercie i6.'ioo

De l'onneur et du grant plaisir. Et de vosire chère planie Que vous m'avez volu offrir.

James ne vous vueil deffaillir

Qu'en vostre besoin je ne soye, t'i.?ior)

Quant vous plaisa me requérir Pour vous faire ce que pourroye.

Si veul de vous, bourgeois, marchans.

En présent, de vous congié prandre, De voz femmes saiges, prudans, l'udu.

Lesquelles ont volu entendre A vostre cité bien deffendre.

De bon cucur et soigneusement.

Et, en grant diligance prandre,

Y ont besoigné notablement. li.'ur.

Et de tout feray relac.ion Au bon roy Charles bien aymé, De vostre grant perfection Et bon voloir bien confermé, i"° 36'i 1°. Lequel avez eu afermé l'i.'iao

Au bon droit, comme il appartient; Puis Dieu le vous a consommé.

Que jamès n'oublie les siens.

Aussi des biens que m'avez fais

A vous je suis très fort tenue; i!i,â2.j

Je ne les oubliray jamès, Je pry Dieu qui les vous value.

Honnestement m'avez receue

Et donné planté de vos biens;

Dont, mes amys, à mon yssue ~ i'i,/i:)o

Grâce et louenge je vous rens.

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