‹ Le mistère du Siège d'Orléans, publié pour la première fois d'après le manuscrit unique conservé à la Bibliothèque du VaticanChapitre 21 sur 158 · PREFACE. XXXV · texte numérisé non relu

PREFACE. XXXV

respecter ses rlomaines, et aussi pour avoir. Salisbury en particulier, souffert le pillage de l'église de Notre-Dame de Cle'ry.

C'est, sans doute, pour mieux frapper de ces idées l'esprit du spectateur, qu'il aura après coup, comme nous le supposons, ajouté un prologue à sa pièce et transporté d'abord la scène en Angleterre, où il fait comparaître le duc d'Orléans devant les chefs de 1 expédition anglaise. La supplique qu il prête au prince ne manque pas, dans quelques strophes, dune certaine dignité touchante :

Vous m'avez cy en vostre terre , Ainsi que fortune de guerre Sy l'a voulu. . . .etc.'

Par la même raison, il a mis en action le pillage de 1 église de Cléry, et, dans les remontrances et les plaintes du prêtre chargé de la garde du sanctuaire, il fait pressentir le châtiment qui punira ce sacrilège"".

D'autres scènes épisodiques, dont le but est moins relevé et qui n'ont pas davantage une grande importance historique, mais qui se prêtaient mieux à la fantaisie, ont fourni à 1 auteur l'occasion de divertir ou d'intéresser moins sérieusement le spectateur. Parmi ces scènes, nous citerons celle où Salisbury et Glacidas déguisés vont consulter l'astrologue Jean des Boilions^. On remarquera les réponses du devin , qui s'exprime d'une façon tellement ambiguë, que les deux seigneurs ne comprennent rien à ses prédictions et n'en font que rire, tandis que le spectateur les comprenait très-bien. On conviendra que la scène tout entière est bien conçue et rentre tout à fait dans les conditions du théâtre moderne. Signalons encore l'épisode du combat de Gasquet et de

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xxxvi PRÉFACE.

Verdille contre deux hommes d'armes anglais^; le caractère de ces deux partisans gascons et batailleurs y est assez vivement dessiné. Mais nous devons ajouter que l'auteur s'est montre' sobre de pareilles scènes. Il semble quil n'e'tait pas porté par la nature de son esprit à la grosse gaieté qui remplissait les farces, les soties et même certains mystères de ce lemps-là.

Dans le reste de l'ouvrage, lorsque le poëte se borne à faire parler les principaux personnages, soit pour préparer les faits qui vont suivre, soit pour chercher à en prévoir le résultat, il s'en tire, en général, avec sagesse et convenance, et ne leur prête que des sentiments conformes au rôle qu'ils ont joué dans l'histoire. Jeanne d"Arc, par exemple, ne se montre pas seulement dévouée et animée de l'amour de la patrie, elle témoigne encore en toute rencontre une douce pitié pour les ennemis vaincus. Par malheur. ces sentiments sont traduits sans élévation, et trop souvent 1 auteur place dans la bouche de l'héroïne, comme dans celle des principaux seigneurs, des expressions dune singulière platitude. En résumé, si, dans ce poëme, les idées sont bonnes, la forme ne lest pas, et pourra rebuter d'abord plus d'un lecteur. Les conseils que les chefs anglais ou français tiennent entre eux, et où ils répètent l'un après l'autre les mêmes opinions en termes presque identiques, sont dune insupportable longueur, et c'est justement par une scène de ce genre que s'ouvre le drame. H iaut, si Ion est trop sensible à ces inconvénients, se reporter aux passages où la grandeur des événements amène des scènes plus vives et plus intéressantes. On verra que lauteur, ayant pris 1 histoire, la vérité pour guides, ne s'égare jamais, s'il ne s'élève jamais bien haut.

Pour son style, nous n'entreprendrons pas de le défendre. Un

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