‹ Le mistère du Siège d'Orléans, publié pour la première fois d'après le manuscrit unique conservé à la Bibliothèque du VaticanChapitre 22 sur 158 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

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illustre écrivain, M. Villemain, disait avec raison, en parlant tles poe'sies du duc d'Orléans, composées à la même époque, que le style y offre une élégance prématurée. C'est le contraire dans le Mystère du siège d'Orléans.

S'il eût écrit en prose, sans doute notre auteur eût été moins à la gêne et n'eût pas laissé voir aussi clairement l'insuffisance de ses ressources. Mais il a voulu être poëte, malgré Minerve, il faut le dire, et de là les embarras, les misères, les pauvretés qu'on peut lui reprocher, non-seulement au point de vue du style, mais même à l'endroit de la grammaire, que les exigences de la rime l'entraînent trop souvent à oublier. Nous disons oublier, à supposer qu'il l'ait jamais bien connue; et parfois il donne lieu d'en douter, lorsqu'il écrit, par exemple :

Mais je scay bien qu'elle y est Et luy trouverrez, vous affie^

Il faut lire : <t Et l'y trouverrez. -n C'est une erreur qui revient souvent et qui çà et là ne laisse pas d'arrêter un instant. Ainsi, page 679, vers 1 7 , 6 6 1 , on lit :

Que luy a grant affection.

et le sens exige : Quelle y a. De même, page 778 , vers 20,280 : Que mors, que pris y luy sont tous.

est pour :

Que mors, que pris il y sont tous.

Mais peut-être n'est-ce pas à l'auteur, peut-être est-ce à un copiste ignorant qu'il faut attribuer ces fautes et d'autres du même

' P. 4 10. V. io.5)i.

xxvviii PRÉFACE.

genre. Nous aimerions à le croire, et toutefois, comme rien ne le prouve, nous n'avons pas entrepris de les corriger'.

S'il nous eût fallu appliquer à ce texte le système de rectifications, de corrections perpétuelles, auquel on a soumis les œuvres mêmes de nos grands maîtres, nous l'aurions singulièrement modifie', et sans avantage bien apparent, à ce qu'il semble, excepté pour les personnes qui font leurs délices de la grammaire et qui ne trouvent rien de si beau qu une orthographe constante et régulière. Comme c'est, après tout, un goût fort respectable et que nous sommes loin de blâmer, nous aurions pris plaisir à le satisfaire, et nous nous serions ap|)liqués à faire du Mystère du siège d'Orléans un modèle d'orthographe, si cette tâche ne nous eût paru offrir des difficultés au-dessus de nos forces, et si. d'ailleurs, nous n'avions vu à une pareille transformation des inconvénients préjudiciables à la cause même que nous aurions voulu servir, celle de la grammaire. Justifions notre scrupule par deux exemples.

Il arrive assez souvent à notre auteur (c'est bien lui. en ce cas. et non son copiste qui est le coupable) den user très-librement avec le pronom féminin de la troisième personne elle. Il ne le compte (jue pour une syllabe, comme lavaient fait parfois et longtemps avant lui ses prédécesseurs du moyen âge. Mais ceuxci. du moins, figuraient ainsi le mot : el. En ce cas. au moyen dune apostrophe, si on le juge à propos, on peut marquer lélision que le mot a subie. Selon le parler de notre poëte, elle se réduit encore davantage et devient un son simple qu'il a eu l'idée de noter ainsi :

' Ce qui nous donni? sujet, au contraire. participe présent pour l'inlinilif. faute qui (le lui attribuer ces fautes , c'est qu'il en revient très-fréquemment et qui donne parest qu'on ne peut porter qu'à son compte; fois à son langage une certaine ressemblance telle est surtout celle qui consiste à em- avec le parler des nègres. Voyez, par exeuiployer l'infinitif pour un autre mode, ou le pie. p. 83, dernier vers.

PREFACE. x\xn

Je ne say où et veut alier^.

Pour conibatru trestoute France Quant et seroit ci assemblée'''.

Comment faire pour ramener cette notation sous le joug de la grammaire? Fallait-il substituer à cet el étrange la l'orme eC? C'était aller contre lintention de fauteur et donner à croire que 17 se prononçait. Chose d'autant plus grave, comme nous Talions dire tout à l'heure, que le mot suivant commence par une consonne, et qu entre deux consonnes consécutives, loreille de notre poète intercalait le plus souvent un e. Fallait-il figurer par é le son de elle ainsi prononcé? C'était égarer le lecteur aussi loin de la bonne voie étymologique. Nous avons pensé que le parti le plus simple était encore de conserver à notre texte toute sa rusticité.

Ailleurs, nous aurions pu faire preuve de savoir plus aisément, par exemple, dans ce passage:

En ce cas ne perderez vous gueres Et sera l'onneur des François:

Puis en quelque lieu de frontières Aultre foiz les pourrez revois.

Revois pour revoir. Cet *■ qui termine le mot ne laisse pas que de choquer fort; mais si on le supprime, et surtout si on le remplace par r, le mot ne rimera plus aussi bien pour lœil avec François, et Ion verra que notre poëte tenait beaucoup à ce point. Avait-il raison, avait-il tort?c"est une autre question. Nous estimons, quant à nous, que l'idée de rimer pour lœil nest pas moins plaisante que le serait celle de peindre pour le nez. Mais, du moment que notre poëte en était entiché, pouvions-nous ne pas laisser apercevoir ce soin curieux qu'il avait pris de plaire à deux sens à la fois^?

P. 709. V. i8.5i4. . ' Voyez-en une preuve un peu fortf

' P. -j^it. V. 19,789. p. ()o5, V. i5.f)69.

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