‹ Le mistère du Siège d'Orléans, publié pour la première fois d'après le manuscrit unique conservé à la Bibliothèque du VaticanChapitre 60 sur 158 · MESSIRE LOYS DE CULAN · texte numérisé non relu

MESSIRE LOYS DE CULAN

Or sus dont, prens mon estandart F° 129 v°. Et partons très diHigamment

Devers Orléans, que Dieu nous gart,

Pour entrer hoimorablenient.

Le commun dit certainement 5215

Que des Anglois sont assailli/.

De jour, de nuyt, incessamment:

Mais j'espoire les secourir.

Lois parliront. el à lenlrée viennent les Anglois ;ni dt'\,inl; f\ dit

TALLEBOT.

: Messeigneurs. voilà venir gens,

Si cuide que ce sont François; Sa-io

Y sont de trois ou quatre cens.

Et sont en point, comme je vois.

Gardez les passaiges destrois,

Et que à force on les reboute; ' Que, ainsi comme je congnois, ûsqS

Y sont en une belle rocte.

LOYS DE CCLAN , ladmiral.

Me.sseigneurs, je voy là Orléans.

Qui est moult fort plaisant à voii'.

Et là, à cousté, droictement

Y est logé l'oust des Anglois. 0-2:^0 V i3o 1°. Si voy que y nous viennent voir,

J'en voy là pluseurs aprocher

Armez, abiliez comme rovs, (Jui vers nous viennent à toucher.

LE SENESCHAL

Monseigneur, je voy gens venir, 5-235

Et sont Anglois à mon advis ;

Penser fault de les recueillir

Sans estre de riens esbays.

Frappez dedans grans et petis •

Tant que nous soyons en la ville; 5.2.'io

Que les François, comme je dis,

Nous vendront secourir à file.

Lois I,; ballray de la ville sonnera et ceuk de la \ille suidroiil. Et lc> Auglu\s vi.Miiii'nt frapper sur l'admirai et ses gens, et y a bataille, tellement .jne les Franlois et l'admirai se retrayront en la ville à force d'armes. Pnis dit

LE SIRE DE DLNOIS, baslarl d'OrIpans.

Or sà, monseigneur l'admirai.

Vous soyez le très bien venu.

Les Anglois vous ont fait du mal, 5o/,n

Et dont ils ont sur vous couru;

Mais vous vous estes detî'endu

Allencontre d'eulx vaillamment.

Si en devons mercier Dieu

De vostre bon acquerement. .-.o.oo

Monseigneur, vous devez savoir Les Anglois nous font beaucoup peaie:

Tant du matin comme du soir, Nous boutent souvent hors dalaiue.

Voulant aquerir le domaine âasr.

D'Orléans, et la noble cité Oui est une clef souveraine De France et de l'auctorité.

LE RECEVEUR

Monseigneur, bien venu .soyez,

De vostre ayde vous mercions. "iafi"

Et, se de riens à faire ayez De la ville, le vous baillerons.

Voyez comme les choses sont :

11 y a plus de quatre mois

Que nul repoux certes n'avons ''«'"'â

• Pour ces faulx desloyaux Anglois.

K iHi ,■. L'ADMIRAL CULAN.

iMes bons bourgeois, je vous mercye

De l'onneur et du grant plaisir

Et de la très grant courtoisie:

Je désire le desservir. "''^7"

Et saichez que j'é grant désir

De vous ayder de ma puissaiice ,

Et tous mes gens, sans delTaillir.

De corps, d'armes et de chevance. .

Et vous, monseigneur de Dunois, ■^•■'i'^

Penser nous fault de ceste affaire

(jontre ces desloyaulx Anglois

Qui vous font cy grant vitupère.

Advisez en ceste matière

Pour ces Anglois bouter dehors. âaSo

Faire morir de mort amere

Tous leurs allez et consors.

Ll<; AJISÏERE DU SIEGE D'ORLEAMS. 207

LE SIRE DE DUNOIS , baslard fl-OH, ■,^n^.

V me semble que nous devons Raser, abatre les Tourelles

Situées tout au bout du pont, ôa85

Qui nous sont de présent rebelles Et contre la ville cruelles.

(Test d'ont vient leur artillerie.

Bombardes, canons par icelles, P i3t \°. (Jui nous font très grant vdlannye. 0290

POTON

Messeigneurs , ainsi que me sendib;.

Y sont legierement à abatre, Et je vous en diray l'exemple Icy présent, sans riens rabatre.

Vous avez céans trois ou quatre 0295

Bonnes pièces d'artillerie.

Assortir les fault sans debatre

Au bouloart, je vous en prie.

Vous avez aussi la Bergiere;

Que sus le bouloart du pont 53oo

Elle soit là mise pour traire.

Les Tourelles sont front à front;

D'un coup ou de deux vous responi

Que les Tourelles mectrez jus.

Et tous les Anglois qui y sont 5305

Cherront les jambes contre sus.

L'ADMIRAL CULAK.

Poton, c'est bien dit vrayement.

Je vous prie qu'ainsi soit fait Bien toust et très diligamment.

208 LE MISTERE DU SIEGE DOHLEANS.

Que, ceste heure, si soit parfait. 'i-ii^'

Seigneurs d'Orléans, comment que soit, La charge prandrez de ce faire, F» i32 r. Et pour la charger bien adroit

Pour contre les Tourelles tiaire.

C'est au droit de la Belle Croix "'S-fj

Où est le bouloart assis; Qu'elle^ y soit mise, et je crois Ung coup en vauldra mieulx que six.

LE RECEVEUR

Messeigneurs, par voz bons advis

Voulons faire à vostre ordonnance, ô3ao

Et aconiplir voz bons devis,

Et faire toute diligence.

La Bergère sera menée,

Ainsi que l'avez propposé.

Se Dieu plaist, et bien gouvernée ys^ii

Par ung ouvrier bien asseuré.

CHABANNES

A VOUS c'est très bien advisé

Et fort nous grève les Torrelles;

Leur artillerie ont tiré

Qui nous ont esté fort cruelles. 533o

Adont icy y a pause et doit on tirer la grosse bombaide la Bergère, et du trait doit cheoir tout le teste des Tourelles, et un grant quartier de la tour, et doit cheoir six Anglois, les piez contre le mont à terre, mors du coup tiré de In Bergcre du

' Lisez nue elle.

l)oiiloart de la Belle (^roix. Et feront les François ung granl bruit a tronipetes ef claii'ons. Puis dit

MESSIRE JKHAN FACETOT.

Ad ce comme je puis eiiteiidiT

Et qu'on m'a rescript plusieurs foi/,

Aller me fault, sans plus attendre,

Ayder à l'oust des Angloys,

Lesquelz, ainsi comme je croix, 0335

Devant Orléans ont fort à faire,

Qu'il y ont esté quatre mois

Sans leur intencion parfaire.

Jà, mes gens, sans attendre plus.

Partir je vueil, comment qu'i soit, ô3io

Pour vouloir François ruer jus

Qui ont contre nous trop forfait.

Orléans qui est de petit fait,

M'esbays comme il y font tant;

Mais se je les mes en effait, 5345

N'aresteront ne tant ne quant.

Faictes charger artillerie,

Pouldres et tout abillement.

Je vueil faire une reverdie

Encontre Orléans cruellement, 535o

Que jà i seray si longuement.

Avant que de là m'en depparte.

Que les François certainement

Y auront une lourde perte.

LE SENESCHAL

Monseigneur, quant il vous plaisa 5355

Voicy voz gens près à partir, Et tous en point prestz de pieça

(f LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEANS.

Pour bien loyaunient vous servir.

Lesquelz si ont tous grant désir

De persécuter les François, 5:«n.

Et de vouloir sur eulx courir

Par force d'armes et de drois.

FACETOT.

Donques, prenez nostre bainiiere Et allons droit devant Orléans.

i33\'. Pour nous tenir là en frontière. .'iSôS

Comme à nous désobéissant.

Il ont esté trop delTaillanl.

D'avoir contre nous tant tenu; Mes se ycy suis, incontinant Leui" nieffait sera recongnu. i)H7<.

Adont partu'ool, (U y a pause. — Puis dil

FACETOT

,1e voy là Orléans, là devant.

Qui est une gente cité, Laquelle, ainsi comme j'entend, Se met en grant adversité,

Oue tous princes d'auctorité 537.',

De tout le pays d'Angleterre Sont devant en triumpbeté.

Pour ruer Orléans tout par terre.

Je voy de là l'oust des Anglois

Logez de logiz sousteneux , 538o

Assez pour vaincre les François Et en estre victorieux, .le m'ebays forment d'iceulx ; Gomment il ont ung tel coraige:

C'est que de morir aynient niieulx 5385

p i3A r'. Que sauver eulx et leur lij^naige.

TALLEBOT.

Messei<;neurs, je suis adverti

Que promptement nous vient secours

D'un très vaillant prince genti ,

Qui scet de gueri'e tous les tours. 5390

Avecques luy sont ses séjours,

Nombrez seize ou dix huit cent;

Si seront les François secous

A ce coup cy, comme j'entent.

C'est messire Jehan Face tôt, âSgS

Gouverneur du roy d'Angleterre,

Lequel si a pris son complot

De nous ayder en ceste guerre.

Y nous convient aller grant erre

Au devant, pour le recevoir 54oo

Et très humblement le requerre

Pour à nostre oust faire devoir.

LE CONTE DE SUPPORT

Me semble voi le cy venir, Que je voy là ung estandart

De roige et d'asur my parti, 54o5

Et ou millieu a ung liepart.

C'est luy mesmes là, que Dieu gart, F° i3/i v". Si le fault aller saluer.

Que c'est le prince plus expert

Qu'on pourroit au monde trouver. 5iio

Adunl aiTiveront. Puis dit

TALLEBOT.

Très excellent prince de nom,

Le très bien venu vous soyez.

Grant besoing de vous nous avoii

Et de voz gens, bien le croyez.

Nous sommes cy, comme voyez, j'""'

Quatre mois y a tout entiers,

Dont nous avons fort dévoyez

François, et fait des destourbiers.

Mais puisque vous estes venu.

Nous convient assaillir leur ville. •'>''2C'

Et tous noz gens, grant et meiui.

Chascun se trouverra abille.

François plains de mauvais stilie

Les fault avoir, comment qu'i soit,

Ou y mourra plus de vingt mille â'iar,

Avant que n'en n'ayons le droit.

FACKÏOT.

Messeigneurs, y me semble advis Que la ville est aisée à prandre.

F° i35 1°. Et qu'i devroient estre soubzmis

Legierement et sans atendre. ^''3o

Ainsi comme je puis entendre,

Ne fut si très notable armée ,

Depuis le grant roy Alixandre .

Que vous avez, ne composée.

Et croyez, je ne doubte riens 543:i

Que, se l'assault nous leur donudus.

Ne les ayez incontinant.

Ou que les clefz vous apporteront.

Si vous pry que nous y pensions

A les assailHi" sans demeure. •'''•'•o

Que ainsi riens nous ne ferons, Et ne perdons que temps et heure.

LE CONTE DE SL'FFORÏ

Mon cliier seigneur, vous dictez bien.

Que nous avons assez puissance

Pour les avoir sur toute riens, 54'i5

Mes que nous facions diligence.

Faictes tout mectre en ordonnance,

Eschelles, cordes, et crochez.

Et gens de tret grant habondance ,

Pour mieulx les François despecher. o'i&o

LE SIRE D'ESCALLES.

\ n'en fault plus dissimuler.

F" i35 V'. Assaillir les fault en présence

Pour leur grant orgueil ravaller,

Abatre leur oultre cuidance.

Nous sommes icy l'excellance, j^55

De toute Engleterre la fleur;

Y estre tant c'est desplaisance.

Et à nous tous grant deshonneur.

MESSIRE JEHAN UE LA POLLE

■ Sire, pour vostre bien venue,

Que ung assault leur soit donné. âiCo

Y sont longuement trop en mue.

Ung esbat leur soit ordonné.

Nostre oust c'est très bien gouverné Jusques cy sans peu de domage.

Et si avons fort domagé, â'ies

Que François n'ont pas lavanlage.

LANCELOT DE LISLE

Messeigneurs , quant est de i armée.

Toute preste est pour assaillir.

Bien en point et bien ordonnée

Pour voz voulentez acomplir; J''?"

Lesquelz si n'ont autre désir Orléans leur soit habandonné, Que y veullent vivre ou niorir F 1.36 i'. Faisant ce que aurez ordonné.

FACETOT.

Quant Orléans leur habandonnero)'e ô'i75

Pour le mectre à feu et à sang,

Et du tout je le destruiroye .

Hommes, femmes et les entlaiis.

Qu'i n'y auroit petit ne grant

De leur ville que j'espargnasse. J^a^

Que nul ne fust plus si engrant

De vouloir faire telle fallasse.

LE CONTE DE SUFFORT

Vous ne devez riens espargner,

Que il ont contre vous failly

D'avoir volu résister ~ -^'^^^

Et de nous avoir assailly.

D'oppinion je suis ceiuy

Que on doit mectre tout à mort.

Sans avoir mercy de nuUuy

Ne espargner foible ne fort. s'igo

TALLEBOT.

J'en suis de vostre oppinion;

LE MISTERE DU SIEGE D01U,EANS. -215

De les espargner c'est follye, Qu'i sont plains de rébellion.

De l'aulse niauvaistié remplye, v° i36 \'. Quant, par leur desloyalle envie, 0695

Sy ont brullé tous leurs faubours.

Eglises, par grant villannye, A tort, sans cause et sans propoux.

MES.S1RE JEHAN DE LA R)LLE

Hz ont mauvaise volante

Et en eulx n'a nulle fiance. -''Soo

Si convient de neccessité

Les pugnir de leur grant otïence.

Adfin que à tousjours souvenance

Soit de leur faulse iniquité.

Et à tousjours mes ramenbrauce ■ â5i.'5

C'est les mectre en captivité.

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