‹ Le mistère du Siège d'Orléans, publié pour la première fois d'après le manuscrit unique conservé à la Bibliothèque du VaticanChapitre 71 sur 158 · LE SIRE DE VERDUNG · texte numérisé non relu

LE SIRE DE VERDUNG

Je voy là Orléans proprement

Et l'oust des Anglois au plus près:

Entendre à nous fault saigement

Et nous gouverner par exprès. , 6725

F"!»).-, r». VILLARS.

Quant à des Anglois, lessons les; Tirons vers la porte Bourgoingne. Et n'apressons point d'eulx trop près, Ou'i nous pourroient faire vergoigne.

Lois vont autour de la viile, et y a pause. — Puis dit

LE SIRE DE VILLARS

Messeigneurs, Dieu vous doint la grâce 6780

Acomplir tous voz bons désirs.

Et en tous lieux et toute place

A voz voulentez parvenir;

Aussi voz anemis pugnir,

A vostre voloir et plaisance, fi73.'i

Ain.si comme j'é le désir

Et que Dieu vous en dont puissance.

Vous savez, par vostre ordonnance.

Devers le Roy avons esté.

Lequel, pour la sienne prudence, >''t'w

Nous a très grandement traicté;

Et de sa bonne voulenté

Vous a envoyé du secours.

Vivres et argent quantité.

Et prest vous ayder à tousjouit». 6745

262 LE MISTERE DU SIEGE DORLEANS.

BASTARD D'ORLEANS

Seigneurs, hioa soyez vous venuz, F" 11)5 \\ Joyeulx sommes de la venue ;

Nous vous avons fort attenduz.

Recouvrez vostre survenue;

Que nous estions en une mue, 6750

Pas les portes n'osions saillir, Ne n'avons entrée ne yssue Que sur nous ne viengnent courir.

LE SIRE ESTDART.

Ne soyez de riens esbays,

Que nous sommes assez puissans 6755

Pour noz anemis assaillir.

Et contre tous noz mal vueillans.

Si sommes très fort desirans

De les rencontrer en bataille.

Et aussi pour donner dedans 6760

A frapper d'esloq et de taille.

GAUCOURT

Messeigneurs, nous sommes venuz

Pour vous vouloir donner secours;

A vous servir sommes tenuz.

Et le voulons estre à tousjours. 6765

Pour vous soulager des doulours

Que font ainsi voz anemis.

Pour vous garder de leurs faulx tours.

Voulons à vous estre commis.

F" iiUi r". VERDUNG.

Saichcz que nostre intencion 6770

Sy est loyaulmeat vous servir,

Et mectre à persecucion

Les anemis sans dellaillir;

Lesquelz si sont vouluz venir

Encontre vostre bonne ville, 677Û

Et vous ont volu assaillir

Pour y faire leur domicilie.

Mes ne vous doublez nullement

Que en bref nous les chasserons

Par puissance, et si asprcment 6780

Que jamès n'y retourneront.

BASTARD D'ORLEANS

Messeigneurs, nous vous mercyons, Et soyez tous les biens venuz.

De très bon cueur nous vous ferons.

Que nous y sommes bien tenuz. 6785

N'espargnez ne grans ne meniiz De vostre povoir et puissance, Et de nous tous bien soustenuz - Vous serez à vostre plaisance.

Repousez vous tous à loisir 6790

Et tous voz gens refroichissez , Ainçois qu'i puisse survenir Vav noz anemis encombrier.

t" ifittv. Puis, demain, se bon vous voyez.

De saillir sur noz anemis, 6711^

Pour ung peu les desavoyer.

Et qu'i puissent estre surpris. 1

ESTUART.

C'est la chose que plus désire :

Anglois gi'ever de ma puissance, -

2fi/i LE MISTERE DU SIEGE D'OKLEANS.

Et employer or et chevance 6800

De tout mon povoir les destiHiire.

VILLARS

Dont y viennent en ceste empire En eulx n'y a nulle apparence.

GAUCOURT

C'est la chose que plus désire :

Anglois grever de ma puissance. 6805

POTON

On les doit du tout desconfire De venir ou royaulme de France, Ouquel n'ont nulle appartenance Ne nul droit, chascun le peut dire.

V i«7 r'. VERDUNG.

C'est la chose que plus désire : 6810

Anglois grever de ma puissance.

Et employer or et chevance

De tout mon povoir les destruire.

Lors icy y a pause longue. — Puis le roy de Franre se mettiji à !;i'iioiix devers paradis; el dit

LE RO"ï.

0 Dieu très digne et glorieux.

Puissant, éternel roy des cieuk ! 68i5

Je vous pry, ayez souvenance

De moy desplaisant, soucieux,

Quant je regarde de mes yeuix

Mon royaume qui est en doubtance.

A ! Dieu du ciel, Dieu de puissance, egao

LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEANS. -ICu-,

Plaise vous avoir remenibrance De me secourir, il fust tant ; Eu moy u'est plus nulle espérance Ne avoir de nul recouvrance,

De homme cjui soit, tant soit il grant. fi^ai»

Jhesus ! se je vous ay melYait Et que envers vous ay forfait, K°i67>'. Vous requiers pardon humblement.

Et que je ne soye delïail.

Ne le royaulme ainsi contrefait •««a..

Par anemis villainement.

Y vous a pieu certainement Me bailler le gouvernement Du royaulme, par permission:

Se j'é fait faulte aucunement, 6835

Je m'en reprens très grandement,

Vous requérant remission.

0 créateur de tout le monde,

En qui tout pouvoir si habonde ,

Et dont vient consolacion, ««''o

Là où vostre vei'tu redonde,

V n'est riens sur la terre ronde Où n'ayez dominacion.

Or voy ge la destruction

Du royaulme et la perdicion. es^'iâ

Se vous ne mectez à garant.

Helas! ayez compassion Par la vostre rédemption.

Plus n ay d'espoir que à Orléans;

Or n'y scay plus que confort querre Môi.

Je voy, par fortune de guerre, F° 168 1°. Et suffisant de la tenir.

Je vueil delesser le pays

'-'fir, LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEANS.

Et me consent estre desmis,

Vray Dieu, se c'est vostre plaisir. 6855

NOSTRE DAME

O (hier filz ! très dévotement Et très alïectueusement , Je vous requiers tant que je puis Que ne souffrez aucunement

Au monde tel encoudirenieiil 6860

Gomme je voy qu'il est empris :

C'est que le roy des fleurs de liz, ' (Jue en di<>nité avez rais

Conduire le royaulme de France, (Ju'i soit par estranges soubmis, fisfis

Et que celuy roy soit desmis, Chier filz, ce seroit viollence.

^ Ces Anglois, venuz d'Englelerrc ÎN'ont nul droit en icelle terre

De France, n'a eulx n'appartient. 6870

Oi" voy pai" fortune de guerre Le veullent avoir et acquerre.

Et mectre le Hoy au néant, Qui est vray roy des crestiens

Et sur tous les roys parmanant, 6870

Esleu par la vostre clémence.

r''iti8\. Si les anemis ont Orléans,

Y conquestront le remanant A leur voulenlé et plaisance.

0 mon filz ! doulcement vous prie 688(.

Que ce fait vous ne souffrez mie.

De nostre bon roy crestien, Que perde ainsi la seigneurie D(> France et noble monarchie

Qui est si noble terrien. qhh'>

C'est le royaume qui tout soustien[t] Crestienueté et la maintien[t], Par la vostre divine essence.

Ne autre n'y doit avoir rien :

. / Au roy Charles luy appartieii[t], i>s,,o

Qu'il est droit héritier de France.

SAINT EUVERTRE.

Père tout puissant ! humblement Vous voulons prier et requerre Que y vous plaise aucunement

Garder vostre bon roy de guerre, «89.^

Lequel vous a voulu requerre.

Humblement, en miséricorde, Contre par qui il est en serre, Sans avoir pitié ne concorde.

Chier Sire, vous savez aussi 6900

Quant vint à mon esleclion, F- 169 r'. Que evesque je fus par ainsi :

Fistes ma procréation Par vostre salutation,

Moy indigne de vostre grâce: 6905

De ma constitution Fut à (Jrleans là mon espace.

Dont pour lesquelz je vous supplie Qu'i vous plaise les préserver;

De celle grève villennye 6910

De guerre qu'i soient conservez.

Leur patron fuz, vous le savez.

Et par la vostre providence , Sire, vueillez obtempérer A les garder de ceste offence. 6915

268 LE MISTERE DU SIEGE D'OHLEANS.

SAINT AIGNAN

Chier père, ayez cm l'ainenbiaiice Pitié des liabitans d'Orléans !

Y vous pleut par voslre ordonnance Uue evesque fuz, uioy inoceiit.

Je vous pry, soyez souvenant 6920

De la (glorieuse prémisse.

Quant vous listes parler rentlaut Pour m'octi'oyer ce bénéfice', l'our iceulx je vous vucil prier.

En leur jjrande nécessité, 6ya5

Que vous leur vueillez octroyer La paix et la transquilité; F' iiiç) \ . Ou'i sont en graiit adversité

A tort, sans cause et sans raison.

Par genz renipliz d'iniquité, «igSo

A qui n'appartient la maison.

DIEU

Mère, j'é très bien entendu

Que m'avez fait une rec|ueste

Pour mon peuple, qui est perdu

Par leur vie faulse et desbomieste. 6935

Je congnois cjue cliascun sapreste

A moy du tout desobeyr;

Nulluy ne fait riens qu'à sa teste.

Sans me voloir de riens servir.

Prestres, bourgeois et laboureux, 6940

Gens de pratique et autrement.

De présent sont tous decepveurs

' Allusion à la manière ilonl sainl Aionan l'ut élu l'vèijuf <r('rléaiis. \'o\f7, la vie dp ir sanil.

LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEAiNS. iOO

Deulx gouverner injustoraent.

Tout se maintient nieschantenient.

Sans nuHuy de moy tenir compte: ti(,i5

Dont les delesse povrement Cheoir en deshonneur et honte.

Puis les plus grant d'auctorité.

Les haulz princes, ducs et barons, Reni])liz d'orgueil et vanité, «jySo

Maugreeurs, jureurs et félons.

Que de moi nulle mémoire n ont ' i7<' 1°. Ne ne vous ont en révérence.

Mais tout à opposite sont.

Vivent du tout à leur plaisance: <kj55

Je ne puis ce fait consentir Vostre requeste, chère niere.

Que l'air si est empuanty Pour leur vie orde et deputaire^

Ne n'ont en aucune manière «960

De vous ne de moy ramembrance.

S'ilz endurent de la misère, Vous savez, c'est droite sentence.

NOSTRE DAME

Ah! mon filz, ayez congnoissance

De la bonne et humble prière 6965

Du roy Charles, qui en présence

Vous a requis de son affaire.

Y recongnoist son vitupère, -

En vous en requérant pardon.

Dont il se humlie à mémoire; 6970

Chier filz, ne le lessez pas don'-.

' De pute (tire, ignoble, le contraire de débonnaire (de bonne dire). ' Donc.

SAINT EUVERTRE

Père ]>uissaiil.! nous vous prion ; Vous plaise le Rov secourir,

El ceux d'Orléans, tout tant qui sont.

En paix el union tenir. 6975

Je les ay aymez cl clieiiz.

Et pour ce (jue leur patron suis.

l'ar voslre saint nom, sans faillir,

l-pur evesque je fus jadis.

SAINT AIGNAN

Cliier Sire! vous ne lerez pas 6980

Le rovaulme ainsi estre soubmis.

Pai- gens estranges mis au bas.

Le bon roy crestien desmis:

Pareillement noz bons amis

D'Orléans, dont evesque je lus. 6985

Qui on leur devoir se sont mis

El bien loyaulmenl delfendus.

DIEU

Mère el vous, mez bons amis,

Vueil entendre à vostre requeste,

Combien les avoye permis 6990

A malédiction céleste,

Pour leur vie faulse et deshonnesle.

Et François princijjalement;

El vueil (jue on les admonneste

Que pugniz seront grandement. 6995

Le royaulme je recouvreray

Au roy Cbarles par sa prière.

LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEAiXS, - 271

El en honneur l'exauceray, /

Que tout temps en sera mémoire, L^

Sans que François ayenl la gloire / vuoo

De avoir par eulx recouvert.

Ne leur en donray la victoire;

On les verra à descouvert.

Michel ange, entend à moy :

Je vcuil par toy faire messaige, 7005

Pour subvenir au desarroy

De France, le noble heritaige.

En Barois yras en voyaige,

Et feras ce que je te dy.

Au plus près d'un petit village 7010

Lequel est nommé Dompremy, ' Qui est situé en la terre . ^

Et seigneurie de Vaucoleur.

\ Là trouverras, sans plus enqueri-e.

Une pucelle par honneur. ,, 7010

■\ En elle est toute doulceur, - , j . . ,

Bonne, juste et innocente, . ,

Qui m'ayme du parfont du cueur. ,. , ;

Honneste, sage et bien prudente.

Tu luy diras (jue je luy maîide -oao

Qu'en elle sera ma vertu, , ; , .,

Et que par elle on entende \ .. ,•

L'orgueil des Frfinçois abatu: , ..; ,, v 171 v°. Et que je me suis consentu ' ■•) . ,

Kf^Becouvrer le royaulme de France, , ., 7025

Et par elle sera debatu , . ; y '

Contre les Anglois par oultrance.

Premièrement, tu luy diras

Que par elle vueil qu'i soit fait, .;

Et de par moy luy commanderas ;, - 71.;^

Qui soit acomply et parfait.

Sy est qu'elle voise de fait Pour lever le siège d'Orléans, Chasser les Anglois à destroit,

S'y ne s'en vont incontinant. 7o35

Puis après, elle le menra, Le roy Charles, sacrer à Rains.

,' De par moy elle acompliia Et en parviendra à ces lins:

Que de ce ne se doubte point : 7o4o

Ma vertu sera avec elle.

Pour acomplir de point en point l'ai' icelle jeune pucelle.

Dv luy aussi pareillement

Qu'elle se veste en abit d'omme; -jo'!',

.le luy donray le hardiment.

Pour mieulx que le cas se consomme.

Puis elle s'en yra en somme Devers Robert de Baudricourt,

Pour l'amener en ceste forme 7or)o

Devers le Roy et en sa court.

P 17a r. MICHEL ANGE.

Mon chier seigneur, en grant coraige

Acompliray vostre ordonnance

Vers la pucelle bonne et saige^

Le cas luy diray en présence, . 70.5»

.le y vois, sans nulle dilïerence,

Faire vostre commandement.

DIEU

(Jue elle aye bonne fiance.

Sans soy esbayr nullement.

LK AUSTERE DU SIEdE D'OllLEANS. 273

Pose d'orgues. — Et v:e?il (li'vcrs la Piicelli' [[ardaiil les brebiz de son père et, queusant ' en liiii^e.

MICHEL

Jeune pucelle bien eureiise, 7060

Le Dieu du ciel vers vous m'envoye, Kl ne soyez de rien peureuse, Prenez en vous parfaicte joye.

Dieu vous mande, c'est chose vraye, F° fj-x \'-. Que y vieult estre avec[que] vous, ' yofîâ

Où vQUs soyez en quelque voye; Si n'ayez point doncques de poux'-^.

Sa voulenté et son plaisir Est que vous aillez à Orléans.

Pour en faire Anglois saillir 7070

Et lever le siège devant. - •

Se de vous sont contredisant, En armes vous les conxaincrez.

Ne contre vous ne seront puissans:

Mes de tout point les subjugrez. 7070

Puis après, y vous conviendra A Rains mener sacrer le Roy, Que ainsi Dieu vous conduisa, Et Charles oster hors d'esmoy.

Combien qu'il ait beaucoup desroy^ 7080

Et pour le présent fort à faire, Dieu le fera paisible en soy, Que il a ouy sa prière.

Et au seigneur de Baudricourt ,

Vous luy direz que y vous mayne 7085

Incontinent, le chemin court,

' Cousant.

' Pouœ, peiu'.

' Le même que désarroi. " ' '

Que il est vostre cappitaine,

Ainsi que c'est chose certaine.

Devers le Roy vous mènera.

En abit d'omnie,- toute seine, 7"9o

Que Dieu toujours vous conduira.

y , ^3 r". LA PUCELLE.

Mon bon seigneur, que dictes vous ?

Vous me faictes trop esbaye :

(lecy ne vient point à propoux,

En ce je ne scay que je die. 709^

Moy, povre pucelle, ravye

Des nouvelles que vous me dictes,

Sachez, je ne les entend mie,

Que y me sont trop auctentiques.

.le ne vous pourroye respondre 7">f

Ainsi, moy, povre bergerete.

Vous qui cy me venez semondre.

Comme une simple pucelete,

Gardant es champs dessus l'erbete

Les povres bestes de mon père, 7'°^

Une jeune simple fillete ,

Vous dis sont à mon bien contraire.

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