‹ Le mistère du Siège d'Orléans, publié pour la première fois d'après le manuscrit unique conservé à la Bibliothèque du VaticanChapitre 72 sur 158 · MICHEL ANGE · texte numérisé non relu

MICHEL ANGE

Jehanne, ne vous en esmayez; Que Dieu l'a ainsi ordonné.

Et veut que Tomieur vous ayez 7"'

Du royaulme, présent fortuné, Qui a esté habandonné V 173 \'. Par pechié commis des François:

Par vous sera roy couronné Et remis en ses nobles drois. -- 7"-

PUCELLE

En armes je ne me congnois,

Ne m'appartient la congnoissance,

Ainsi que vous le povez vois;

Et en moy n'est pas la puissance,

Ne ne treuve nulle apparence 7'»°

D'aller devers le cappitaine

Lui raconter vostre ordonnance : ■

C'est que devers le Roy me maine.

MICHEL

'Vmye, y le fault ainsi

Le faire, que Dieu le commande. . 7125

N'ayez de riens peur ne soucy,

(}uand de par moy y le vous mande.

PUCELLE

La chose, sachez, est si grande

Qui n'est nul (jui le peust pencer,

Ne en moy n'est sens qui se tende 7180

A savoir cecy propencer.

MICHEL

Kille, acomplissez la chose.

Et Dieu sera avecques vous, /

()ui vous gardera, comme une rose, >/

De polucion contre tous. 7»35

Ayez en luy ferme propoux

Et le faictes de bon coraige.

Y vous aidera, et n'ayez poux

De tout dangier et tout doramaige.

276 LE MISTERE DU SIEGE 1)()KEEA^S.

PUCELLE

j A Dieu je vouidroye obeyr ?''"'

ai Comme je doy é est raison, / Et très humblement le servir, A mon po-voir, sans mesprison; Et tousjours, en toute saison,

Vueil estre sa povre servante. 71^5

Actendant sa vraye maison Lassus ou ciel, où est m entente.

MICHEL

A Dieu, Jelianne, vraye pucelle, l" 17 1 \'. Qui est d'icelui bien aymée;

Ayez tousjours ferme pensée 7'^"

De Dieu estre sa pastorelle.

PUCELLE

En nuni Dieu, je vueil estre celle De le servir, s'i luy agrée.

MICHEL

A Dieu, .lehanne, viaye pucelle.

Oui est d'icelui bien aymée.

PUCELLE

Mon bon seigneur, vostre nouvelle De ])ar moy sera réclamée Au seigneur de cesle contrée.

Par la voye ipu' «lictes telle.

MICHEL

A Dieu, Jebanne, vraye pucelle.

Qui est d'iceliii bien ayinée; Ayez toujours ferme pensée De Dieu estrc sa pastorelle,

l'iiis s en |Kirl, et y a pause.

F"" ' T-'' r". MICHEL.

Père, j'ay du tout acomply

Le vostre messaige humblement, 7165

Sans riens avoir mis en oubly,

A la pucelle, vrayement;

Laquelle, debonnairement,

De tout son cueur, vous veult seivii'.

Et tout vostre commandement

Le vouldra faire et acomplir.

DIEU

Le royaulme je remetray sus.

Et les anemis confonduz,

Par la pucelle ruez jus

Et par elle tout convaincuz;

Que, dès si qu'elle les aura veuz,

En elle sera telle vaillance

Que il en seront esperduz.

Ou royaulme n'auront plus puissance.

Pose. — l'uis dit - .

LA PUCELLE

0 mon Dieu et mon crealeiu'.

Plaise vous moy toujours conduire !

v° 173 v°. Vous estes mon père et seigneur.

Auquel je ne vueil contredire.

Aller je vueil tout droit, de tu'e.

71 Ho

Devers Robert de Baiulricourt, 7'85

Pour mon cas révéler et dire, Sans plus ici faire séjour.

La Pucellt' vifiit à Biiudiicouit. Et y a pause.

PUCELLE

Capitaine, Dieu vous doint joye.

Devers vous je viens humblement:

Que parler à vous je vouldroye, 7 '9°

Si vous plaisoit aucunement.

B.-VUDRICOURT.

M'amye, voluntairement

A vous certes je parleray :

Dictes moy vostre pensement ..

Et voulentiers vous respondray. 719^

PUCELLE

En non Dieu, sire, y vous convient Que vous me menez devers le roy I- 1761°. De France, tout présentement;

Que il est en très grant esmoy.

Et convient aussi, sans delay 72^0

Que m'abillez en abit d'omme, Bien en point, ainsi que je voy.

Pour guerroyer en ceste forme:

Que y me convient, sans actendre, Y aller tout incontinant, 7205

Pour oster le royaulme d'esclandre Et lever le siège d'Orléans, Où sont les anemis devant.

Pour vouloir la cité destruire.

LR MISTERE DU SIEGE D'ORLEANS. 279

Par ijuoy y fault (]ili<]amnient 7«io

\ aller, pour les contredire.

BAUDRICOURT

M'amye, c'est une grant chose A faire, ce que vous me dictes.

Impossible est, bien dire l'ose.

Et sont choses fantastiques; tsiT)

Si ne sont bonnes ne licites A une fille jeune et tendre :

Guerroyer et faire poursuites Et de voloir les armes prandre.

Comment, fille, se peut il faire 72«p

Que tous les hauls princes de France — ]- Ne povent pas trouver la manière 17» y°. A y faire resistence?

Tant de gent de liaulte excellence, Qui ont foison d'or et d'argent, 73«â

Et gens d'armes à leur plaisance; Et encores n'en font il riens!

Et vous, qui n'estes c'un enil'ani, Une povre simple bergiere,

En l'aage de douze ou treize ans. - 7230

Demourant avec vostre mère ; Je ne croy pas que cest afaire . Voz parens l'ayent conseillé; Et de voz dis, c'est chose voire, En seroient fort esmerveillé. 7235

PDCELLE.

Capitaine, certainement.

Ce n'a esté père ne mère, Parent ne amv autrement;

Mes est de Dieu mon très chier père,

Qui le m'a commandé, ce faire; v*''»

Et convient que vous m'y menez

Devers le Roy, c'est chose voire;

Et pensez de vous ordonner.

BAUDRICOURT

Or, m'amye, je vous diray :

D'icy dedans deux jours ou trois, i^ 72*5

K' 177 1° De ce cas cy je penseray; -

Et à vostre fait y provois, .ré des gens, ainsi que je crois, Cependant (jLie vous festoisons;

Puis après, comme pourrez vois, 72"'°

De vostre fait nous penserons.

PUCELLE

Baudricourt, vous le faictes ionc

Et congnois vostre voulenté,

Voz voloirs et intencions;

Dont mal faictes, de vérité. i-^ô:^

•le m'en retouray à l'ousté '

De mon bon père et de ma mère;

Que vous avez cueur enhorté

C'est (|ue ne me voloir pas croire.

BAUDRICOURT

Fille, se volez demorer 7960

Je vous feray faire bonne chiere, Et céans vous repouserez ; Puis penserons de vostre iifairc

' Jp mVn l'ptournerai à l'Iiôtel (à la cleiiienre). ',

LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEAINS. 281

Pour le présent m'est neccessaire

A une autre chose penser. 726,-.

Pour vous mener est fort à l'aire, Le pays est fort [à passer] '.

P° 'Tl'°- LA PUCELLE.

Bien, Baudricourt, y me sufïist.

Et entend bien vostre paroHe.

Vous semble que mal je vous dis

Et voy que m'en tenez à Colle.

Si n'estes pas en bonne colle -

De moy croire pour le présent.

Et le tenez tout à frivolle.

Je m'en rapporte au Dieu puissant. 72,5

Lors s'en paît, et y a pause d'orgues. F" 178 r". ' GAQl'ET.

\crdille, mon irere et amy,

.le vous vueil dire ma pencée,

Gomme en celuy qui plus me t'y

Et où j'é plus m'amour donnée.

Nous sommes tous deux d'une aruiee 7280

Et subject d'un seul seigneur ^

Qui a cbiere très redoublée,

G est La Hire, prince d'onneui'.

Vous et moy sommes frères d'armes

' On lit dnns le ninnuscrit apasseï, en page 3o5 ci-après ^loliu 1,,,, 1' du manus-

uii mot, sans doute pour à passer. Fort à crit). Ici commence tépisod',. de Caquet et

pnsser, dilEcile à passer. de Verdille. (Voyez ci-dessus, dans noire

' Colle, humeui-, disposition. Introdmlion, la notice du manuscrit.)

Voyez la suite du feuillet 177 v" à la

Et dès longtemps l'avons esté, 7280

Portans haubergons et jusarnies

Tant en y ver comme en esté;

Et maint assault, de vérité,

Avons soustenu et bataille.

Oue nul ne nous a surmonté, -fujo

Mais ont lessé boyaulx, ventrailles.

Or sommes nous cy combatant Dedans Orléans, noble cité, Encontre Anglois qui sont devant, Rempliz de toute iniquité. 72()';

Nostre prince est d'auctorité Et le plus preux dessus la terre.

Dont, par son voloir et bonté, F° 17S \\ Voluntiers froyes ung l'ait de guerre.

Et sus Anglois félons et fiers 7300

Voudroye acquérir renommée,

Par force d'armes et d'estriers.

Où ma force fu[s]t esprouvée;

Et de me trouver en meslée,

Voloir ma puissance esprouvei' 730.J

A frapper de lance et d'espée,

Suis deliberay me trouver.

VERDILLE.

Bien suis de vostre oppinion.

Que je me sens de corpulance

A vouloir frapper de rendon 7810

Encontre homme qui ait puissance:

Et de le combatre à oultrance.

Seul à seul, bien et vaillamment.

A frapper despée et de iance,

\iengiie à nioy ne nie chault comment. 7815

Or est ii que ce nous volons, Nostre force se prouvera Pour donner coups et horions; Qui aura le bon trouvera. '

.le vous diray que on fora : 7320

F- 179 I . Vous avez Anglois ci devant,

Que, qui aucuns en defllra, De batailler seront contant:

Et si seroie bien d'accort

Que V fust mandé aux Anglois, ^ 7325

Que on leur en fist rapport.

Je croy que contant en serons

Que deux, qui sont de petit pois.

Serviteurs d'un prince de guerre,

Tenant le party des François -Tio

Deilis deux aultres d'Angleterre.

GASQLET.

Vous dictes bien, je m'y consans :

Deux contre deux suyvent l'armée.

Et de m'y trouver sus les rans.

En my la plaine, sus la prée. • 7335

Et pour resjouyr l'assemblée

Des princes et seigneurs barons.

Offrons deux de nostre assemblée

Contre deux de leurs garnisons.

VERDILLE.

F° 179 v°. Mes faire assavoir le fault dont 734o

■2R'i LE MISTERE DU SIEGE D'OREEANS.

A nostre maistre cappitaine,

Que donner esbat nous volons

A la seigneurie souveraine;

Qu'i nous veille à la bonne eslraine,

Veille du premier jour de Tan, v^^s

Donner congié, en niy la plaine,

Luytter à deux hommes de bien;

Et envoyer vers les Anglois

Ung plaisant gage de bataille,

Lequel soit fort plaisant à vois. 73ôo

De bon or fin, comment qu'il aille.

Que s'il y a nul d'eux qui vadle.

Si le montre à ce coup icy,

Et que de son boust viengne et saille.

Pour avoir bonneur ou ennuy. 7355

VERDILLE.

Je suis contant que tout ainsi ()ue vous dictes nous le facions, F' iSo r". Et que nous en allons dessy

Demander congié; nous Tarons.

Nous sommes tous deux gascons, 73''o

Du territoire nostre maistre.

Et très joyeux nous le ferons

De luy faire ce fait congnoistre.

GAQLET.

Nous le trouverons au logis

A ceste beure, je le scay bien; 7365

Luy racontrons nostre entrepris.

Un fait d'armes sur toute rien

Luy plaise que, par son moyen.

Qu'i soit parfait et acomply.

Nous donne congié, et je tien , 7870

Que il en sera rejouy.

VERDILLE.

Allons, vous ne sariés mieux dire.

Quant à de moy, je suis tout prest, F° 180 v°. Et qu'i ne nous veille escondire,

Congié nous donne par exprest. 7875

Voilà le logis où il est,

C'est La Hire, noble seigneur,

Qui est toujours le premier prest

Acquérir loenge et honneur.

IjOI's vont devant La Hire, et y a pause de trompetes. — Puis dit

GAQUET.

Dieu vous dont bon jour, monseigneur. 7880

Nous venons ci par devers vous.

Comme vous servant par sus tous A vous obayr de bon ceur.

L\ HIRE

Tousjours y a de la foleur,

Et tous temps vous faictes les t'oulz ! 7885

F- 1 ^ I r=. VERDILLE.

Dieu vous dont bon jour, monseigneur.

Nous venons ci par devers vous.

LA HlRE.

Maintenez vous tous en doulceur.

Et soyez tousjours humble et doux:

•286 LE MISTERE DU SIEGE DORLEA\S.

Que, se vous me donnez couroux, 7890

Croyez, vous monstray ma rigueur.

GAQUET.

Dieu vous dont bon jour, monseigneur.

Nous venons ci par devers vous,

Comme vous servant par sus tous

A vous obbayr de bon ceur. • 7.395

LA HIRE

Or çà, qui est vostre clameur?

Que venez vous ci alléguer?

F" 181 v°. Ne me faictes point deshonneur,

Pensez de vous bien gouverner.

J'é bien ouy de vous parler, 7400

Que vous estes maulvais garsons, Et ne vous en povez garder; Mais je vous en chastiray dont.

Je vous congnois bien de tout temps

Que n'avez esté gueres bons, 7^00

Et si m'en desplaist, et pourtant

Donques estes gascons.

Or sus, dictes nioy voz raisons :

Qu'i a y, que voulez vous dire?

Et ne le me faictes pas Ions, 7^10

Que i'6 aultre chose à conduire.

GAQUET.

Monseigneur, qu'i ne vous déplaise;

Que ce que dire vous volons,

Nulluy n'en doit avoir malaise.

Et pour vostre honneur le ferons, 7415

LE MISTERE DU SIEGE D ORLEVNS. 287

A la louenge des barons Et de toute la seigneurie :

C'est que de vous congié ayons Pour l'aire ung fait de vaillanlie.

p 182 1". Voicy mon compaignon et nioy, 7'iao

(Jui sommes en vostre service, S'i vous plaist, nous donrez autroy A faire ung chef d'armes propice.

Si est ou champ Turpin soit lice.

Pour voloir deux Anglois combatre, 7'iar,

Deux contre deux, par artiOice, A oultrance, sans rien rabatre.

VERDILLE.

Sire cappitaine, y dit voir;

C'est tout ce que nous demandons.

Congié de vous puissons avoir. 7i3o

Et puis assavoir leur fei'ons

Qu'i se trouvent deux compaignons

D'Angleterre, de leur p;irty,

Que contre nous deux combatrons^

A oultrance et tout ainsi. 7^35

Et les envoyerons deffier, Présentant gaige de bataille, Qu'i n'y veillent contrarier.

Nous leur offrons corps et ventraille A frapper d'estoc et de taille, -i'co

De jusarme, espée ou lance; \ ne me chault, vaille ([ue vaille, F° 182 ^^ Mes que les voye en ma présence.

' (hmhfilroiis. Lisez conthattroiit. , . -

288 l.E \nSTERE Dl" SIEGE DOUIEANS.

LA HIRE

\ lault bien avoir atlrempence

Et aussi ne se tant hastez ' ; - -jh^b

Je voy ijue n'avez congnoissance

Que c'est de perdre ou conquester.

L'eur de guerre est bien à doul)ter :

Celuy qui cuide estre le maistre,

On le voit souvent débouter, -h:m

Et demeure s'onneur en l'aistre-.

Puis dictes que volez combatre

Deux autres compaignons vous deux.

Dont ceulx ([ui s'i voudront embatre,

Vous n'en congnoissez nul denlr'eux. 7^55

Et s'i vous baillayez^ deux preux

En fait d'armes et vaillantises.

Vous demeurez là tous iionteux

Et n'en pourez faire à vos guises.

Se vous vous santez iors, puissant. 7^60

Guidez vous faire à vos devises?

N'est il nul que vous en tous sens.

En fait d'armes et vaillantises?

Lessez ces folles entreprises

Et vous gouvernez saigement: • - y'ifiû

Se l'avez en voz testes mises, p i^iSr'. Oustez le de l'entendement.

GAQUET.

Monseigneur, sacliez fermement

' HdSk: ( Sic), lisez lidutcr.

' Et êfiiicure son honneur en l'iiîlre . ou coiiiiiic qui ilirnit : ilelwrs . à in porte? Sic, iinur et s'ils eoiis bdilloient.

LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEANS. 28<i

Que du bon du ceur le ferons, Et ne le croyez autrement, Que, s'i vous plaist, y entendrons; Ne autre désir nous n'avons Fors aquerir louenge et gloire Encontre Anglois faulx et félons, Espoir d'avoir d'eux victoire.

VERDILLE.

Monseigneur, y dit tout le voir, Et l'acomplirons, s'i vous plaist; ' Que nous avons bon espoir Qu'il en sera parlé à janiès ■

De noz très liault et puissant fais, A vostre louenge et honneur.

Et que, qui soit ou loing ou près.

Luy montrerons nostre valleui'.

' LA HIRE

be ce faire n'estes pas seur:

Mais en peut venir grant esclande. ,485

Se vous perdez, grant deshonneur

A moy et à toute ma bende;

Qui est une chose trop grande

Et plus beaucoup que ne cuidez.

Veil que chascun de vous l'entende : ,490

J'ay déshonneur se vous perdez.

CAQUET

Sire, ne vous veillez doubter:

Que nous deux avons bon coraige.

Ne deshonneur point vous n'aurez,

De déplaisir, ne nul dommaige. 7435

Nous sommes en vostre servage, Vous voloir servir en tout bien; Mais volons faire ([iielque ouvraige A ceste veille jour de l'an.

VERDILLE. -

Monseigneur, n'ayez nulle doubte ^Soo

Que de bon ceur nous le fairons; 1'" i84r. Sans l'aire noise ne riote

Si vous plaist, nous l'acomplirons;

Et vostre lierault euvoyrons

Savoir leur plaisir et vouloir. 7505

Deux contre deux, nous leur offrons

La jouste, pour le dire voir.

CAQUET

Et se ne s'i veullenl trouver.

Bien nous en rapportons à eux.

Ou, si ci veullent comparoir, 7010

Nous semble que sommes pour eux.

Et de nous n'ayez nulle peux

Que nous vous lacions deshonneui';

S'i plaist à Dieu, victorieux

Nous serons, mon très chier seigneur.' 7Ô15

LA HIRE

Je ne scay qui vous meult le ceur

Vouloir guerroyer à oultrance.

Homme ne s'en doit tenir seur

En cuider faire à sa plaisance.

Mais revient de ce que fol pence; 7r)2o

Que y n'est si grant clievalier

A qui souvent tourne la chance Et luy vient unjj grant destourbier.

p i8'i v". Et en joustes sont grans dangiers

Que bien souvent le plus puissant 7020

On ne voit^ perdre volentiers,

Et le maindre vient en avant.

11 n'est si hardi ne vaillant

Qui ne doit la jouste craindre;

Bien souvent le plus excollant 7530

On le voit abatre du maindre.

Et vous, qui vous tenez si fors,

Ne savez quieulx gens y viendront.

Agilles et puissans de corps,

Incontinant vous abattront, 7535

Et ne pourrez leurs crions

Soustenir, ne leurs coups de lance;

Que Anglois sont Gers et félons,

Et si a en eux grant vaillance.

Depportez vous de voz emprises -~' 7560

Et vous gardez songneuseraent,

Que sur vous en riens y ne puissent

Mal faire ou dire aucunement.

Vous les voyez incessamment,

Tous les jours, venir à la fille 75i5

A nous continuelment,

Pour cuider avoir ceste ville.

Bel y avez vous esprouver Et y faire champs de bataille ,

' lo(V, au subjonctif. • :;: -■ , ' . ' .-

Encontre eux ce vouloir trouver, 7550

F° i><5 v\ Rasibus de nostre muraille.

Saillcz, que chascun de vous veille

Acquérir louenge et honneur. ^

Et frappez d'estoc et de taille;

On verra qui sera le uiilleur, • 7555

GAQUET.

Ce n'est pas cela, monseigneur.

Et nous pardonnez, s'il vous plaist;

En vous priant du bon du cueur

Nous volons voir ce qu'en nous est.

En tel cas ne fusmes jamès 7060

Ne ne visraes telle journée;

Mais nous le faisons par exprès.

Pour le dernier jour de l'année.

VERDILLE.

11 est vray, ce sont les estraines

Que nous leur volons présenter. 7565

Si leur sont bonnes et certaines.

On n'en saroit discuter, Mes bien sommes entallantez F° i85 ï°. De l'acomplir, s'i vous agrée.

LA HIRE

Bien voy que estes enhortez, - 7670

Dieu vous dont bonne destinée !

Allez, et prenez mon herault;

Je m'en rapporte bien à vous.

Bien voy que de rien ne vous chaidt.

Et que voilez faire les foulz. 757J

LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEA.NS. 293

Puisque vous l'avez en propoux, Dieu vous en veille bien oyr; Mes je fais double et ay grant poux.

(}uelc'un s'en pourra repentir.

CAQUET. -

Vous nous donnez joye et plaisn', 7-''8o

Monseigneur, à Dieu vous comment.

Nous en allons présentement.

Pour nostre besoigne acomplir.

LA H IRE

Je doubte qu'à vostre désir

Vous n'en faciez aucunement. 7580

F" iSG 1°. VERDILLE.

Vous nous donnez joye et plaisir, Monseigneur, à Dieu vous comment.

LA HIRE

(Jr donques, pour vous advertir.

Quant viendra au commancement.

Ne vous effrayez nullement; 7590

Lessez voz anemis venir.

GAQUET.

Vous nous donnez joye et plaisir, Monseigneur, à Dieu vous comment.

VERDILLE.

Nous en allons présentement,

Pour nostre besoigne acomplir. 7395

■.>i»'i LE MISTERE DU SIEGE DORLEAXS.

IjOis \ ;i pause de trompetes. — Puis dit

K 186 >■. GAQUET. -

Sa, advisons qu'il est de faire.

Y nous fauU avoir le herault, Luy dire par l)OJine manière Tout ce que à faire nous fault:

Et que, tantost et sans delTault, 7600

Droit en l'ost des Anglois s en aille Parler es princes des plus hault Présentement, comment qu'il aille.

VERDILLE.

Voylà venir le messagier,

Allons à luy sans tarder plus. /•'«J

Nostre cas convient abréger

Et incontinent mectre sus.

GAQUET.

Puisque ainsi qu'il est conclus, \ le fault faire en diligence, F' 187 1° Et n'arrestons ne sus ne jus; 7610

Voilà le herault en présence.

Pose. — Et dil : ' ,

Gentil herault. Dieu vous dont joye Et acoiuplir vostre désir !

Y fault que vous preignez la voye

En l'ost des Anglois sans mentir. 761.5

Nous sommes icy de loisir

Deux compaignoiis de nostre maistre.

Qui est bien contant, sans mentir,

Que ce fait vous veillez congnoistre :

Si est que en l'oust des Anglois 7f)2o

Vous aillez par bonne ordonnance,

Et que soyez saige et courtois,

Savant et reniply de prudence;

Car ce cas gist en graat doubtance,

Et lault leur parler humblement, 7tia')

En leur faisant grant révérence,

Dénoncent amyablement. -,

Premièrement au cappitaine F° i*!7 v". Tallebot ou autre seigneur

Luy diras, en la bonne estraine, 7B80

(jue le saluons par honneur,

D.eux que sommes à monseigneur

Le cappitaine dit La Hire.

Pour passer ennuy et labeure

Ahisi que le jour le désire, 7635

C'est que par vous luy envoyons

Ung plaisant gaige de bataille :

Que, se il ont deux conipaignons

De nostre estât, de nostre taille,

Pour demonstrer à qui mieulx vaille. 7640

Soit de hache, d'espée ou lance.

Deux contre deux, vaille qui vaille.

Nous les combastons à oultrance.

Aujourd'uy, en ceste journée, ' -

Qui est la veille jour de l'an, 76'>'">

Se veullent trouver sus la prée, •

En tout honneur et en tout bien.

Entendez vous , n'oubliez rien ,

Et de par vous nous soit mandi-

29fi LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEANS.

Tout leur voloir et leur maintien, 76f">

Et ce (|u'il auront ordonné.

P iS8 r'. ~ LE HERAULT.

Messeigneurs, voulentiers iray

En l'ost des Anglois prontement.

Et le voyage aconipliray

De très bon ceur entièrement; 76.5.'>

Et de tout leur l'ray parlement

De ce que m'avez recité,

Et en rapporteray plainement

A vous leur plaine voulenté.

GAQUET.

Voylà le gaige de bataille, 7660

Qui est jolis, plaisant et beau;

Vous leur porterez, comment qu'il aille;

Fait faire l'avons tout nouveau.

Vous voyez, c'est ung rossigneau

Qui tout mélodieusement chante : 7665

Présenter leur ce bel joyau ;

La chose si est belle et gente.

F" 188 v°. MESSAIGEU.

Messeigneurs, ayez ferme entente

Que je feray vostre messaige;

Et m'y en voys la droicte sente 7670

Par devers eux, et de coraige.

Si leur presenteray le gaige

Et comment vous les défiiez,

Deux contre deux, à oultraige,

Vous voulez encontre eux luytez. 7675

VERDILLE. i

Vous dictes bien; si n'ai restez

Ne tant ne quant, je vous eniprie. -'

Veillez nous bien tout rapporter,

Et aujourd'uy, à chère lye.

MESSAIGER. . .,. . '. ^ •

Messeigneurs, que Dieu vous begnye! 7^80

F' 189 r'. Je m'y en vois tout de ce pas;

Croyez (|ue je n'arrestrav mye, ,,. (Juan[d] auray parfait vostre cas.

Lors s'en part, et y a pause. — Puis dit ! ■ ;;:^i- u»; li • ■

LE HER.\1:lT. ,

Messeigneurs, Dieu vous sault et gart,

Et à toute la baronnie! 768.5

Devers vous je viens ceste part

Pour une ambassade jolye.

Il est vray que de la partie

Des François sont deux compaignons, '/■

Suyvant l'armée et seigneurie :,•:,.!.. i 7690

De La Hire, et sont gascons. •''.' ' ; .

Au(]uieulx leur est pris volante ; ■ De deflier deux de voz gens, - ■

Et selon leur faculté

Ainsi comm'eux, qui sont servent: 7690

Et si m'ont dit eux deux présent, 1,.

Soit de hache, d'espée ou lance, F" '89 '°- Deux contre deux, voloir justant.

Disant que ce soit à oultrance.

El en signe, mes bons seigneurs, 77""

Voylà leur gaige de bataille

Qu'i vous présentent en lionneurs,

Aussi que la chose le vaille.

V sont deux de petite taille, ;■ •■

Oui esprouver se veullent bien. ' -70.".

Et en partie le font, sans faille, Tout pour la veille jour de Tan.

TALLEBOT. . '■

Messagier, je ne doubte rien : ^i

Ce sont deux foulx adventureux.

Et, ainsi comme je soustien, 7710

V veullent faire parler d'eux.

i\e savent s'il auront du raieulx.

Se la chose vient à effect;

(Jue j'é des compaignons plusieurs '

(}ui leur rabesscroul leur caquet. 77i'>

F°i9or'. Sa, messeigneurs, que dictes vous?

\ ous avez oy ce messaige ■ ■

Qui a declairé son propoux Pardevant vous, en brief langaige:

Lequel a présenté ung gaige, , '• 772»

En defliant deux de noz gens Voire batailler à oultraige, Qui n'est pas expédient. • • ■ -■ i

CONTE SOMBRECET. ^ . , -

V fault savoir quelz gens ce stuit - ''

Qui entreprennent la follie, -■ 77j"'

Savoir ce sont ducz ou barons > •'? De leur estât et seigneurie. . > '• ;vi

Selon les gens, Dieu les begnye ! '.mi - •

Pensez que ung prince d'estat li >-;fi^

Ne fera pas telle villanie 'i < 7780

D'aller luister contre un soudart! : . 'î

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