LE MIXTE A U XVIW SIÈCLE ; L'ÉCOLE EMPIRIQUE
s'attachent qu'aux noms; heureux d'ignorer combien ils sont ignorants I
Ailleurs, nous voyons Beccher lancer aux Péripatéticiens cette boutade (i) : (( Ils vous diront que les qualités ont changé, ce que tout le monde sait ; mais pourquoi ont-elles changé, et comment ? Ici, silence profond ; ils ne parviendraient pas à vous l'expliquer, quand même ils sueraient pendant toute l'éternité avec leur Aristote. ))
La principale gloire de Beccher est d'avoir eu pour disciple le chimiste qui créa la théorie du Phlogistique, le médecin qui imagina l'Animisme, l'illustre Gçorges- Ernest Stahl.
Comme son maître, Stahl (3) repousse la théorie péripatéticienne des mixtes ; mais il est juste d'ajouter qu'à la différence de son maître, il la repousse par des raisons et non par des plaisanteries ; elle lui paraît liée à l'opinion que la matière est divisible à l'infini, opinion qu'il ne veut pas admettre (3).
(i) Beccher, Physicœ subterraneœ liber primus. — Sectionis quarla? caput tertium : Generalia qusedam Axiomata de Mixtione continet.
(2) Gkorgii Ernesti Stahlii, Gonsil. Aulici et Archiatri Regii, Fundamenta Chymiœ dogmaticœ et experimenlalis, et quidem tum communions physicae mechanicaB, pharmaceuticae ac medicae tum sublimions sic dictœ hermeticœ atque alchymicœ ; olim in privatos auditomm usus posita, jam vero indultu auctoris publicae luci exposita. Norimbergae, 1728.
(3) Stahl, Fundamenta Chymiœ, Pars III : « ... Intellexit quidem, quod ipsi concedendum, quod si quantitas hujusce' modi aggregati quovismodo imminuatur, ut sensibilis tantum pars remaneat, ibi ilia pars adhuc tota sit mixta, et haec pars per guttulas imo singulae guttulœ in minores ulterius proportiones divisae, tamen sint mixtae, denn mag etwas zertheilen, so klein man will, so bleibt doch das mixtum noch da ; intérim exemplum ipsiim explicaiidsB mixtionis indoli nimis crassum est atque ineptum : Und ist daher
A regard de la physique Cartésienne ou Atomiste, Stahl, tout en proclamant rexcellence de la méthode expérimentale, se montre respectueux : « Bien que la philosophie mécanique, dit-il (i), se fasse fort d'expliquer toutes choses, c'est à l'étude des questions physico -chimiques qu'elle s'est appliquée avec le plus d'audace. Je ne fais pas fi d'un usage modéré de cette méthode ; cependant, à moins d'être aveuglé d'opinions préconçues, force est de reconnaître qu'elle n'a jeté aucun jour sur ces questions. Il n'y a pas lieu de s'en étonner. La plupart du temps, elle s'attache à des assertions douteuses ; elle lèche la surface et l'écorce des choses en laissant intact le noyau ; de la ligure et du mouvement des particules elle se contente de tirer l'explication très générale et passablement abstraite des phénomènes ; mais elle ne se soucie pas de savoir ce qu'est un mixte, un composé, un aggrégat, quelle est la nature, quelles sont les propriétés de ces sortes de corps, ni en quoi ils dilïerent les uns des autres. »
En fait, Stahl avait assurément médité les théories physico-mécaniques de Descartes, de Robert Boyle et de
darauf gefallen, dass man cin Ding in infînilum secundum lineas mathematicas zertheilen kônne, »
Une grande partie de l'ouvrage de Stahl est écrite dans ce bizarre mélange d'allemand et de latin barbare. On comprend que Buflbn (a) ait pu dire : « M. Macquer et M. de Morveau sont les premiers de nos chimffttesqui aient commencé à parler français. Cette science va donc naître, puisqu'on commence à la parler. »
(i) Stahl, Fundamenta Chymiœ, pars I. Préambule daté de 1720.
(a) BuFFON. Histoire naturelle, générale et particulière, servant de suite à la théorie de la Terre et d'introduction à l'histoire des minéraux. — Supplément, tome I*"* Paris, 1774.