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Lémery, et il adhère aux principes essentiels de ces théories.
En commençant la seconde partie de son ouvrage (i), il divise tous les corps en fluides et en solides ; à ces deux sortes de corps il attribue une constitution qu'il emprunte presque textuellement à Tatomisme de Lucrèce; il corrige seulement cette doctrine par l'introduction de la matière subtile cartésienne.
Les corps fluides ne sont pas continus, mais contigus : ils sont formés de particules solides, actuellement séparées, capables de se mouvoir ; ces particules sont de petits globes à surface lisse : elles sont toutes douées d'une même force motrice par laquelle elles tendent à descendre avec un même poids si le fluide est homogène ; c'est pourquoi la surface des liquides est toujours parallèle à l'horizon.
Les corps fluides se condensent lorsque les pores qui séparent leurs particules deviennent plus étroits ; ils se dilatent lorsque ces pores deviennent plus larges. Dans le premier cas, une matière subtile qui remplissait ces pores se trouve chassée ; dans le second cas, la matière subtile pénètre les pores dilatés.
La dureté d'un corps solide n'est pas due à ce que les particules de ce corps sont juxtaposées et en repos ; les corps solides sont formés de particules rameuses qui s'enchevêtrent les unes aux autres de telle façon qu'il soit très difficile de les séparer ; lorsque l'une de ces particules est déplacée, elle entraîne toutes les autres.
Le chimiste qui accepte ces principes ne peut manquer
(2) Stahl, Fundamenta Chymiœ, pars II, tractalus I, Proemium.
Ito DES OBIGINES A LA RÉVOLUTION CHIMIQUE
d'admettre, touchant la constitution des mixtes, la théorie qui est commune aux Epicuriens et aux Cartésiens ; ainsi fait Stahl.
(( La dissolution, dit-il (i), n'est autre chose que la division du corps en parties très ténues et très lisses, qui se glissent dans les pores du menstrue, de manière à former un fluide unique. Mais cette division des parties qui constituent le tout ne saurait s'eflectuer si la liqueur chargée de dissoudre ou de diviser ne pénétrait les pores du corps à dissoudre. Il en résulte évidemment que tout dissolvant doit être formé de parties qui, par leur figure et leurs dimensions, conviennent aux pores du corps à dissoudre ; une liqueur donnée ne pourra donc dissoudre tous les corps, mais seulement certains corps. »
(c D'ailleurs, un corps quelconque est construit et tissu de particules qui ne sont pas toutes semblables entre elles, mais au contraire fort dissemblables ; ces particules ont des figures et des dimensions très différentes ; les variations de la texture, de la position et de la disposition de ces particules donnent à un même corps des pores divers ; on en conclut sans peine qu'il doit exister divers menstrues dont les plus petites parties puissent pénétrer les pores de ce corps. »
(( Gela posé, il est aisé de comprendre pourquoi l'eau forte dissout les métaux, mais non point la cire ou le soufre... ))
(i) Stahl, Fundamenta Chymiœ, pars II ; seclio I ; caput II : De solutione et menstruis.
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Ne semble-t-il pas que celte page soit détachée du Cours de Chymie de Lémery ?
C'est encore à Lémery, et aussi à Boyle, que l'on songe lorsqu'on lit la classilicalion des combinaisons établie par Stahl.
Les particules des di\ers principes , en s'unissant entre elles d'une manière très intime, forment une première classe de corps à laquelle Stahl réserve proprement le nom de mixtes (i) ; ainsi le fer est formé de sel, de soufre et de mercure, mais en certaines proportions ; le sel acide du soufre est formé de sel et d'eau. L'union des principes dans les mixtes est si intime et si forte (2) qu'il est extrêmement difficile, sinon impossible de les séparer ; le mixte passe en totalité, sans se décomposer, d'un composé chimique à l'autre. L'or, par exemple, se dissoudra totalement à l'état de teinture, s'amalgamera en totalité au mercure, passera en totalité à l'état de composé salin, se volatilisera en totalité. Le vif-argent, traité par d'autres matières salines, passera « de tout son poids » sous forme de sel; on pourra le revivifier intégralement, et quels que soient les réactifs par lesquels il aura été précipité, fixé, extrait, on pourra très aisément, au moyen d'acides ou d'alcalis contraires, voire même au moyen d'un feu assez intense, lui faire abandonner la matière à laquelle
(i) Stahl, Fandamenta Chymiœ, pars IL — Tractatus ÏI : Doctrinae chymicœ. Pars I, sectio 111 : De objecte chymiae. Membnim I : De corruplione chymica.
(2) Stahl, Fundamenta Chymiœ, pars 11. — Tractatus 1 ; sectio III : De combinatione mixtorum.
42 DES ORÎGIIVES A LA RÉVOLUTION CHIMIQLE
il s'était uni, et le ramener à sa forme première de vifargent.
Lorsque les corpuscules de deux ou plusieurs mixtes s'unissent entre eux, ils forment un corps composé(i). Les corpuscules des mixtes qui forment un composé n'adhèrent pas les uns aux autres aussi fortement que les molécules des éléments au sein d'un mixte; aussi les composés peuvent-ils être séparés en leurs éléments ou les échanger entre eux.
Enfin, en s'unissant les unes aux autres pour former un corps d'étendue sensible, les molécules d'un même mixte ou d'un même composé constituent un aggrégat.
Avec Stahl, l'Ecole Empirique allemande s'est ralliée nettement, on le voit de reste, à la notion de mixte issue des doctrines Atomistes et Cartésiennes.
L'Ecole Empirique française s'autorisait volontiers des grands noms de Beccher et de Stahl. Mais elle pouvait à bon droit réclamer pour chef un chimiste qui ne le cédait point en originalité à ses émules allemands, celui qui, le premier, fixa avec précision les notions de base, d'acide et de sel neutre, Guillaume-François Rouelle, démonstrateur au Jardin du Roi.
Rouelle n'a guère publié que de courtes notes ; mais les écrits de ses élèves nous ont conservé sa pensée ; on en trouve, en particulier, un fidèle reflet dans les articles écrits pour V Encyclopédie de Diderot et d'Alembert, par
'(i) Stahl, Fundamenla Chymiœ, pars II. — Traclatus II : Doctrinae chymicaî. Pars I, scctio 111 : De objecto chymia?. Mcmbrum 1 : De corruptione chymîca.
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un disciple et ami de Rouelle, chimiste de talent lui-même, de Venel.
Dans ses cours où son talent de manipulateur, aussi bien que ses excentricités et ses violences de langage, attiraient un nombreux auditoire, Rouelle proclamait les droits de Tempirisme chimique et malmenait fort les théoriciens de la chimie. Les explications quelque peu puériles de Lémery et de ses continuateurs avaient fini par s'écrouler sous ses sarcasmes. (( On n'a plus heureusement besoin, disait Venel (i), de combattre les entrelacemens, les introsusceptions, les crochets, les spyres et les autres chimères des chimistes du dernier siècle. » Mais la nouvelle chimie Newtonienne n'échappait pas davantage à sa critique. On en peut juger par les attaques acharnées d'un de ses élèves (2) contre « le système des affinités, belle chimère plus propre à amuser nos chimistes scolastiques qu'à avancer la science », attaques qui ne sont (( qu'une insipide copie (3) des expressions échappées à un homme célèbre (4), dans la chaleur du discours, et par lesquelles il compromettait sa réputation, dans le temps même qu'il l'établissait par les services réels qu'il rendait d'ailleurs à la chimie » .
Tout en proclamant l'excellence de la chimie purement empirique, tout en affirmant que « la chymie n'est
(i) De Venel, article Mixte et Mixtion de Y Encyclopédie de Diderot et d'Alembert.
(3) Monnet, Traité de la Dissolution des Métaux. Amsterdam, 1775.
(3) Macquer, Dictionnaire de Chimie, seconde édition. Paris, 1778. Article AJJinité (en note).
(4) AUusiou à Rouelle.
lili DES ORIGINES A LA RÉVOLUTION CHIMIQUE
qu'une collection de faits (i), la plupart sans liaison entre eux ou indépendants les uns des autres » , les disciples de Rouelle n'ont pu s'empêcher de concevoir d'une certaine manière l'acte de la mixtion et la constitution du mixte ; et l'idée qu'ils s'en forment, ils l'empruntent à Stahl, c'est-à-dire, en dernière analyse, à Lémery, à Boyle et aux Epicuriens. N'est-ce pas évident à qui lit les passages suivants (2)?
(( La mixtion ne se fait que par juxtaposition, que par adhésion superficiaire des principes, comme l'aggrégation se fait par pure adhésion des parties intégrantes d'individus chimiques. On n'a plus heureusement besoin de combattre les entrelacemens, les introsusceptions, les crochets, les spyres et les autres chimères des physiciens et des chimistes du dernier siècle. »
(( La mixtion n'est exercée, ou n'a lieu, qu'entre les parties solitaires, uniques, individuelles des principes, y?< per minima... »
(( La cohésion mixtive est très intense ; le nœud qui retient les principes des mixtes est très fort ; il résiste à toutes les puissances méchaniques : . . . et même le plus universel des agents chimiques, le feu, toute l'énergie connue de son action dissociante, agit en vain sur la mixtion la plus parfaite, sur un certain ordre de corps chimiques composés. »
Au moment où les découvertes de Lavoisier vontdéter-
(i) Monnet, Traité de la Dissolution des Métaux, préface. (3) De Yen EL, article Mixte et Mixtion dans V Encyclopédie de Diderot et d'Alembert.