‹ Le mixte et la combinaison chimique: essai sur l'évolution d'une idéeChapitre 5 sur 30 · LA NOTION DE MIXTE AU XVII® SIECLE · texte numérisé non relu

LA NOTION DE MIXTE AU XVII® SIECLE

A travers Thistoire de la chimie, suivons la fortune de ces deux opinions.

Pendant tout le moyen âge, la doctrine péripatéticienne touchant la génération et la corruption des corps mixtes est enseignée dans TEcole. Est-elle acceptée des alchimistes ? Il serait peut-être malaisé de découvrir, sous le grimoire qui la dissimule, leur véritable pensée; moins capables d'abstraction, plus imaginatifs que les Scolastiques, ils ont sans doute penché v^rs Topinion des Epicuriens. Sans approfondir cette question, contentons-nous de prendre la chimie à l'époque de la renaissance des sciences.

A ce moment, nous voyons la faveur des philosophes de la nature revenir, pour s'y attacher fidèlement pendant plusieurs siècles, à l'idée épicurienne que les masses en apparence continues sont des assemblages de petits corps diversement figurés, que les agencements divers de ces petits corps doivent expliquer les propriétés des divers mixtes qu'étudie le chimiste.

Cette idée, nous la trouvons nettement exprimée par

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Bacon (i), qui marque en ces termes le but de la nouvelle physique :

(( Il faut mettre en lumière la texture et la constitution vraie des corps, d'où dépend dans les choses toute propriété et vertu occulte, et, comme on dit, spécifique, et d'où l'on tire la loi de toute altération et transformation puissante.

(( Par exemple, il faut rechercher, dans toute espèce de corps, quelle est la partie volatile et l'essence tangible ; et si cette partie volatile est considérable et gonflée, ou maigre et réduite... ; et pareillement, étudier l'essence tangible, qui ne comporte pas moins de différences que la partie volatile, ses poils et ses fibres et sa texture si variée ; et encore la disposition de la partie volatile dans la masse du corps, les pores, conduits, veines et cellules et les rudiments du corps organique. »

Ces idées prirent plus de force par la tentative de Gassendi pour opposer la physique atomistique à la physique scolastique ; elles triomphèrent avec Descartes.

Avec une admirable clarté. Descartes a défini les caractères qu'il attribue à la matière, afin de rendre intelligibles tous les phénomènes que l'expérience nous révèle. Citons, en particulier, ce passage (2) :

(( Puisque nous prenons la liberté de feindre cette matière à notre fantaisie, attribuons-luy, s'il vous plaît, une nature en laquelle il n'y ait rien du tout que chacun ne puisse connaître aussi parfaitement qu'il est possible.

(i) Bacon, Novum organum, pars œdificans.

(a) Descartks, Le Monde ou le Traité de la Lumière, chap. vi.

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