LA NOTION DE MIXTE AU XVII" SIÈCLE
veau corps, dont rindividualité est aussi réelle que celle que possédaient les deux espèces de corpuscules avant d'être mêlés ou, si vous préférez, confondus ; cette concrétion est, en effet, réellement douée de qualités propres et distinctes ; ni le feu, ni aucun moyen connu d'analyse ne peut plus la diviser de manière à séparer les corpuscules qui ont concouru à la former ; pas plus que ceux-ci ne peuvent, par les mêmes moyens, être subdivisés en autres particules. »
Pour la première fois, en cette dissertation dont nous avons cité le passage essentiel, nous voyons distinguer deux espèces de corps mixtes ; les uns, par le feu et par toutes sortes de menstrues, peuvent être séparés en leurs ingrédients ; les autres sont formés de corpuscules si étroitement agencés qu'aucun des moyens d'analyse dont dispose le chimiste ne les peut plus distinguer ; ils ne sont pas simples, à la vérité ; plusieurs éléments contribuent à les former ; mais ils sont indécomposables ; et parmi ces corps que le chimiste ne peut résoudre, Robert Boyle n'hésite pas à placer l'or et l'argent. On peut dire qu'il a ainsi constitué la notion du corps simple telle que la formuleront Lavoisier et ses contemporains.
En publiant la dernière édition du Cours de Chymie(i)
(i) Cours de Chymie, contenant la manière de faire les opérations qui sont en usage dans la médecine par une méthode facile. Avec des raisonnements sur chaque opération, pour l'instruction de ceux qui veulent s'appliquer à cette science, par M. Lémery, de l'Académie des Sciences, docteur en médecine.
Nouvelle édition, revue, corrigée et augmentée d'un grand nombre de notes, par M. Baron, docteur en médecine, et dé l'Académie royale des Sciences. Paris, 1757.
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i8 DES OBIGINES A LA RÉVOLUTION CHIMIQUE
de Lémèry, Baron écrivait : « De tous les ouvrages que M. Lémery a publiés, il n'y en a point qui lui ait fait plus d'honneur et contribué davantage à la grande réputation qu'il s'était acquise que son Cours de Chymie. La plupart des nations se sont accordées à reconnaître l'utilité de cet ouvrage ; il a été traduit dans presque toutes les langues de TEurope. Lorsqu'il parut pour la première fois, en 1675, il se vendit, suivant le témoignage de M. de Fontenelle, comme un ouvrage de galanterie ou de satyre. Les éditions se suivaient les unes les autres presque d'année en année. C'était, ajoute le célèbre historien de l'Académie, une science toute nouvelle qui paraissait au jour, et qui remuait la curiosité des esprits. »
Ce livre, dont l'influence fut à la fois si étendue et si profonde, se rattachait étroitement à la physique cartésienne ; de cette physique, Lémery adoptait les principales hypothèses, bien qu'il déclarât hautement : « Je ne me préoccupe d'aucune opinion, qu'elle ne soit fondée sur Texpérience. »
Descartes regardait tout corps comme un réseau ou tissu dans les mailles duquel circulait la matière subtile ; les particules flexibles des liquides, les molécules rameuses des solides et des gaz, enfin le troisième élément , étaient les vrais principes des choses matérielles, les ingrédients irréductibles qui composaient les soi-disant principes des chimistes. Lémery n'hésite pas à suivre, à cet endroit, le sentiment de Descartes :
(( Le premier principe que l'on peut admettre pour la composition des mixtes, dit-il, est un esprit universel