‹ Le mixte et la combinaison chimique: essai sur l'évolution d'une idéeChapitre 8 sur 30 · LA NOTION DE MIXTE AU XV II" SIÈCLE · texte numérisé non relu

LA NOTION DE MIXTE AU XV II" SIÈCLE

qui, étant répandu partout, produit diverses choses selon les diverses matrices ou pores de la terre dans lesquels il se trouve embarrassé ; mais comme ce principe est un peu métaphysique, et qu'il ne toTmbe point sous les sens, il est bon d'en établir de sensibles :je rapporterai ceux dont on se sert communément. »

(( Comme les chymistes, en faisant l'analyse des divers. mixtes, ont trouvé cinq sortes de substances, ils ont conclu qu'il y avait cinq principes des choses naturelles, l'eau (qu'on appelle phleg/ne), l'esprit (qu'on appelle mercure), l'huile (qu'on appelle soufre), le sel, et la terre (qu'on appelle terre morte ou damnée), »

« Le nom de Principe en Ghymie ne doit pas être pris dans une signification tout a fait exacte ; car les substances à qui l'on a donné ce nom ne sont principes qu'à notre égard et qu'en tant que nous ne pouvons pas aller plus avant dans la division des corps, mais on comprend bien que ces principes sont encore divisibles en une infinité de parties, qui pourraient à plus juste titre être appelées principes. ))

Ces principes des chimistes, corps composés, mais pratiquement indécomposables, peuvent d'ailleurs s'unir entre eux d'une manière tellement intime que le mixte formé soit à son tour indécomposable, selon ce que Boyle avait avancé le premier : « On trouve aisément les cinq principes dans les animaux et dans les végétaux, mais on ne les rencontre pas avec la même facilité dans les minéraux ; il y en a même quelques-uns, comme l'or et l'argent, desquels on ne peut pas en tirer deux, ni faire aucune séparation, quoi que nous disent ceux qui recher-

chent avec tant de soins les sels, les soufres et les mercures de ces métaux. Je veux croire que tous les principes entrent dans la composition de ces mixtes, mais il n'y a pas de conséquence que ces principes soient demeurés en leur premier état et qu'on les en puisse retirer ; car il peut se faire que ces substances, qu'on appelle /)^î/^cipes, se soient tellement embarrassées les unes dans les autres qu'on ne les puisse séparer qu'en brisant leurs figures. Or, ce n'est qu'à raison de leurs figures qu'elles peuvent être dites sels, soufres et esprits. » » La figure des particules qui composent chacune des substances employées parle chimiste rendra intelHgibles les diverses propriétés de cette substance :

(( Comme on ne peut pas mieux expliquer la nature d'une chose aussi cachée que l'est celle d'un sel, qu'en attribuant aux parties qui le composent des figures qui correspondent à tous les efiets qu'il produit, je dirai que l'acidité (i) d'une liqueur consiste dans des parties de sel pointues, lesquelles sont en agitation ; et je ne crois pas que l'on me conteste que l'acide n'ait des pointes, puisque toutes les expériences le montrent ; il ne faut que le goûter pour tomber dans ce sentiment ; car il fait des picottemens sur la langue semblables ou fort approchans de ceux que l'on recevrait de quelque matière taillée en pointes très fines ; mais une preuve démonstrative et convaincante que l'acide est composé départies pointues, c'est que non seulement tous les sels acides se crystal-

(i) Jusqu'à Rouelle, les deux mots sel et acide pouvaient correspondre à une même notion ; on distinguait les sels acides et les sels allmlis.

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