PL. À' A
Bureau.
FJioto « Art et Décoration ».
LE MOBILIER 8l
« J'ai ouvert, nous écrit-il, en octobre 1919 un magasin 011 sont exposés mes travaux ; les marchands de meubles n'ayant nullement besoin de nous pour fabriquer des imitations d'ancien, nous n'avons pas d'autres moyens d'atteindre le public.
« J'ai réussi à intéresser quelques façonniers à mes idées et ils consentent à exécuter des meubles « originaux ».
« Lorsque la collaboration deviendra possible avec l'ouvrier qui comprendra qu'en outre de ses droits incontestables il a aussi des devoirs professionnels, lorsque l'apprentissage sera rétabli, alors seulement nous pourrons espérer voir naître un style qui caractérisera notre temps. Ces ouvriers éduqués dans l'art de leur métier comme l'étaient ceux d'autrefois se refuseront à copier servilement des modèles surannés. »
Peters et Bagge exposaient au Salon d'Automne (1919) une petite table ronde très discrète, ornée en son centre d'un disque de fleurs polychromes sur fond blond.
QuÉNioux (Maurice), né à Paris en 1889, tué à Baerle (Belgique), en 1918, avait exposé des meubles intéressants en I9i3, au Salon d'Automne et en 1914 au Salon des Décorateurs, notamment un cabinet d'architecte pour M. Woog, et un mobilier pour M. Hencher. La disparition de ce jeune artiste,
Emile Sedeyn. — Le Mobilier. 6
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qui avait donné aussi d'excellents dessins d'étoffes, est une perte des plus regrettables pour l'art décoratif contemporain.
Renaudot (Lucie). Exposait au Salon, d'Automne 1919 un boudoir bleu de roi et noir, dont le principal meuble était une coiffeuse très ingénieusement inspirée des modèles d'autrefois.
Reymond (Carlos). Exposait au Salon d'Automne 1919 une coiffeuse en bois peint dans le goût de ces meubles vénitiens du xviii^ siècle, autour desquels vivaient les personnages de Goldoni et de Casanova. « L'auteur possède à la fois du goût et de l'esprit, et son meuble est de ceux qui rattachent heureusement le présent au passé » (J.-L. Vaudoyer).
RuHLMANN (Jacques-Emile). Expose depuis I9i3 au Salon d'Automne et à celui des Artistes Décorateurs. Il a entrepris résolument de conquérir à l'art moderne la clientèle fortunée, qui recherche les beaux meubles, et seule peut les payer. Dans ce but, il fait appel aux matières élégantes : amboine, amarante, bois doré, marqueteries soignées, placages d'ivoires, et à des collaborateurs choisis pour leur goût, leur talent ou leur expérience technique. Au Salon d'Automne de 1919, on a vu de lui une grande desserte en ébène macassar ornée de marqueteries qui, pour l'équilibre, l'élégance et la majesté des proportions.
fut considérée comme un chef-d'œuvre de l'ébénisterie moderne.
Séguy (Emile-Alain). A exposé au Salon d'Automne de 1913 une chambre à coucher aux meubles ornés de panneaux de laque, travail d'ébénisterie intéressant, mais œuvre de décorateur avant tout.
Sue (Louis), a fondé en 1919 avec André Mare la Compagnie des Arts Français. Louis Sue est un des peintres qui réagirent le plus vigoureusement, après 1910, contre l'emploi jusque-là un peu exclusif des bois communs et des tonalités sourdes dans l'intérieur moderne. A composé, tantôt seul, tantôt en collaboration avec Palyart, Huillard ou André Mare de nombreux ensembles dans lesquels on discerne beaucoup d'imagination, de fantaisie et de goût, guidés par un souci de style, et aussi, dans les exemples les plus récents, par une préférence pour les matériaux riches.
On vient de voir qu'en résumé, si les moyens d'expression varient, accusant des différences de tempérament et de sensibilité, les tendances essentielles sont à peu près unanimes. Si J.-E. Ruhlmann s'est adressé du premier coup à la clientèle fortunée qui recherche les beaux meubles et peut les payer, si
Louis Sue et André Mare montrent une tendresse filiale pour le style Louis-Philippe, si André Groult témoigne d'un vif penchant pour la couleur et le pittoresque, ces féconds rénovateurs du décor mural et du mobilier partagent avec Jaulmes, avec Baignères, avec Fernand Nathan, Huillard, Séguy, Michel Dufet et quelques autres un même idéal, ou, mieux, une même volonté : ils entendent créer des meubles agréables à voir, commodes à employer, élégants selon le goût actuel, mais donnant toutefois par leur structure, par les matériaux dont ils sont faits, une impression bien marquée de stabilité et de durée.
Un autre caractère assez frappant de cette période^ outre la presque unanimité des idées conductrices, est la tendance à la collaboration, signe d'accord et de confiance. Ainsi, vers 1900, l'enthousiasme inspiré par la théorie rationaliste créait l'unanimité des efforts, et groupait /les meilleurs à VArt Nouveau Bing, à la Maison Moderne^ associations qui furent éphémères parce qu'elles reposaient sur des principes insuffisamment expérimentés, manquant de maturité, de souplesse et de bien d'autres choses. Les nouveaux groupes, eux aussi, ont encore beaucoup à acquérir et à perdre, mais la route de l'avenir leur est tracée, et l'opinion, plus instruite, plus renseignée, s'intéresse désormais à leurs projets, à leurs travaux. Ils ont donc la certitude de durer et de progresser.
Décorateurs, ensembliers, ébénistes ont aujourd'hui compris que la création d'un style est une
œuvre de longue haleine, qui ne peut s'accomplir en dehors du concours de l'élite fortunée et cultivée. Boulle, Crescent, Jacob, Riesener, tous les grands artistes qui dictèrent aux artisans de leur temps les principes de ce que nous appelons les styles, tous travaillèrent pour la clientèle riche, pour celle qui peut payer le prix des beaux matériaux et des laborieuses recherches. S'ils avaient dû se contenter de meubler les peintres, les écrivains, les médecins, les juristes, gens de haut goût mais de petite fortune, jamais la majesté de leurs travaux n'aurait pu inspirer à leurs disciples, à leurs imitateurs, à leurs concurrents cette discipline naturelle qui réalise l'unité dans le libre essor des talents, cette discipline féconde qui, avec l'aide du temps, mène au style. Après avoir consacré dix ou quinze ans à régénérer sur un terrain modeste sa tradition technique, affaiblie par tout un siècle de démarquage et d'imitation, le mobilier français d'aujourd'hui peut maintenant égaler celui des plus brillantes époques. La date d'un meuble n'est qu'un assemblage de chiffres. Ce qui fait sa vraie valeur, comme sa vraie beauté, c'est la pureté des lignes, l'équilibre des proportions, la qualité des matériaux.
Quant à la popularisation du mobilier moderne, heureusement commencée par des artistes qfui ne reculèrent pas devant la nécessité pour atteindre leur but de se faire chefs d'industrie, elle se développera plus tard. L'industrie, avec ses puissants moyens
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d'étude ejde réalisation, aurait pu devancer le mouvement : pour la première fois (on l'espéra un moment par une sorte de générosité chimérique) un style serait parti d'en bas. N'ayant pas devancé, elle devra suivre. Le résultat n'en sera que meilleur.