‹ Le mobilierChapitre 3 sur 20 · PL. IV · texte numérisé non relu

PL. IV

Desserte. 1910.

gences qui tendront de plus en plus à en limiter remploi aux objets de luxe.

Plus graves et plus nombreuses encore sont les difficultés dont doit triompher l'artiste obligé de s'adresser à de multiples façonniers pour faire exécuter ses œuvres. La recherche des matières premières, leur achat onéreux par petites quantités, les allées et venues nécessitées par la réalisation du moindre objet risquent de décourager les meilleures résolutions. Il est certain que ces problèmes matériels pèsent lourdement sur l'évolution du meuble itio- • derne et qu'ils ont dû réduire à l'inaction plus d'un talent réel. La séparation de l'art et du métier, tare des présentes conceptions industrielles, laisse s'éparpiller aux quatre vents bien des principes générateurs de progrès. Il s'en perd chaque année une proportion énorme, parce que l'artiste manque de moyens de réalisation, parce que l'usinier n'ose pas, ou ose mal.

Telles sont les principales raisons du réveil tardif et de la lente évolution de cet art pourtant si proche de la vie. Il en est d'autres. Si les démocraties athéniennes et florentines ont enfanté l'art, nulle part les démocraties modernes ne possèdent de génie qui leur soit propre. En France notamment, la société actuelle manque encore trop d'unité pour n'être point hantée par le souvenir des précédentes, et rien n'y remplace,

Emile Sedeyn. — Le Mobilier, 2

l8 l'art français depuis vingt ans

en particulier d^ns les beaux-arts, rinfluence personnelle du souverain, qui orientait le goût peut-être d'une façon arbitraire, mais, enfin, qui l'orientait. Et puis, si l'influence du xviii*^ siècle s'attarde si manifestement dans l'ordonnance du logis, c'est aussi que certains ébénistes de ce temps-là furent des artistes merveilleusement complets. Ils surent pousser si loin et si haut l'entente de la commodité, le sens de la grâce et la science de l'ornementation qu'il est dangereux de vouloir rivaliser avec eux à cent cinquante ans d'intervalle. D'autre part, l'uniformité et en même temps la mobilité de notre vie n'incitent guère à la création. Les meubles passe-partout sont le lot d'une humanité vouée aux déménagements fréquents. Ces obstacles, ces difficultés, ces problèmes, les artistes ne les avaient pas tous prévus en se mettant à l'œuvre. Mais leur initiative avait la raison pour elle. Sans se laisser déconcerter par une antipathie d'abord presque générale, remplacée un peu plus tard par une sorte d'indifférence amusée, et enfin par une attention croissante, ils ont si résolument poursuivi leur tentative et développé leur programme qu'aujourd'hui la réalisation non d'un style moderne, mais de mobiliers fortement originaux et empreints des caractères français de notre époque ne fait plus de doute pour personne. On peut encore discuter les conceptions d'ailleurs extrêmement variées et parfois même opposées des auteurs. Leurs réalisations sont parvenues à un degré d'expression et de personnalité

qui ne permet plus d'en nier ou d'en mépriser la portée.

C'est dans la persévérance de l'effort, dans le nombre et la variété des théories émises, dans le relief des caractères en présence que résident les principaux éléments d'intérêt d'une étude consacrée au relèvement du mobilier français depuis vingt ans. Les informations groupées ici ne visent qu'à l'exactitude et à la méthode. Elles ont été recueillies pour ainsi dire au jour le jour au cours de ces vingt dernières années que le manque de recul peut faire prendre pour une période de confusion, mais que l'avenir considérera avec plus de justice comme une période de recherches courageuses, d'activité enthousiaste et souvent féconde.

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