‹ Le mobilierChapitre 9 sur 20 · PL. XV · texte numérisé non relu

PL. XV

Cabinet. 1920.

PhoU) « Alt et Décoration s

C'est en effet entre 1901 et 1910 que se forme l'esprit du mobilier français moderne. C'est dans cette courte période qu'il se débarrasse de ses naïvetés et de ses erreurs du début, qu'il équilibre dans ses productions la part de la sensibilité et celle de la raison, qu'il prend conscience de ses ressources et qu'il commence à se diriger vers ses fins avec l'assurance nécessaire à la réalisation des œuvres fortes et significatives.

Le porteur de flambeau que la foule applaudit n'est pas celui qui dut lutter contre le vent du désert, mais cet autre qui parvient au but avec l'aisance et le sourire du triomphateur. Aussi, au moment de décrire la période la plus récente et la plus heureuse de l'évolution du mobilier français moderne, nous paraît-il juste et nécessaire de rendre hommage au labeur scrupuleux et patient de ceux qui l'ont préparée. Sans l'expérience de ces aînés, sans la persévérance avec laquelle ils défendirent leurs idées, sans le labeur qu'ils s'imposèrent pour les mûrir et les sacrifices qu'ils consentirent pour les mettre à exécution, les féconds et brillants décorateurs d'aujourd'hui n'auraient trouvé ni des artisans préparés à les aider, ni un gouvernement disposé à les soutenir, ni un public disposé à les suivre. Et c'eût été, évidemment, grand dommage.

QUAND on y réfléchit sans prévention et sans parti pris d'enthousiasme, on voit nettement que la préoccupation de meubler leur époque en conformité avec son esprit, ses tendances et ses besoins conduisit les rationalistes purs d'après 1900 au résultat le plus normal. Ils nous donnèrent des meubles dont le modernisme était proche parent de celui de la carrosserie automobile et de l'aménagement des paquebots, les principes essentiels étant les mêmes de part et d'autre : adaptation exacte de l'objet à sa fonction, recherche de la sobriété et de la logique dans les lignes et dans l'emploi des matériaux. Aussi est-il permis d'affirmer que scientifiquement, ils réussirent, et il faut ajouter que cette réussite si prompte et si parfaite, eut vraiment quelque chose d'admirable dans un pays qui était en train d'oublier tous les vrais principes de l'art du meuble. Leur erreur fut de croire un moment, — quelques

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