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CHAPITRE PREMIER LE CAS DE MARCEL HÉBERT

Sans qu'on puisse, après ces divers antécédents, parler de complète surprise, il y eut néanmoins quelque émotion quand on apprit, chez les ecclésiastiques informés, vers la fin de l'année scolaire 1900-1901, qu'un prêtre occupant une haute situation dans le clergé de Paris, lié par toutes ses attaches au groupe dirigeant du mouvement critique, faisait, depuis quelque temps, circuler sous le manteau une plaquette ànonynie, inofîensivement intitulée : Souvenirs d'Assise, où les dogmes chrétiens, reconnus inacceptalîles pour un esprit moderne, n'étaient plus admis qu'à titre de symboles.

De privé, le scandale ne tardait d' ailleurs pas à devenir public, lorsque, en juillet, il donnait à la Revue de métaphysique et de morale un article, signé cette fois de son nom de prêtre : « abbé Marcel Hébert », où la personnalité divine était appelée « la dernière idole », tandis que les Souvenirs d'Assise paraissaient dans la Revue blanche du 15 septembre ^. Seulement, au lieu d'un incident sans importance, il s'agissait d'un cas révélateur.

Tout ce que le public moyennement éclairé pouvait alors savoir de l'auteur, c'est que, né à Bar-le-Duc, le 22 avril 1851, . M. Hébert ^ était entré, en 1871, au grand séminaire de

1. Ces deux faits consécutifs étaient déjà exploités par J. Fontaine, Les infiltrations kantiennes et protestantes, p. 458-480.

2. Voir sur lui A. Houtin, Un prêtre symboliste, Marcel Hébert, Paris, 1925. Toutes les références de ce chapitre qui ne sont pas munies d'autre indication se rapportent à cet ou-vrage.

Saint-Sulpice, où il fut un des élèves préférés de M. Hogan et conquit, par ses qualités brillantes, l'amitié durable de celui qui devait un jour devenir le cardinal Amette. Après un court vicariat dans le diocèse d'Orléans (1876-1879), il était admis à l'école Fénelon, où il fut, avec le plus grand succès, directeur de la division élémentaire (1880-1891), puis répétiteur de philosophie (1891-1895), en attendant d'être préposé à la direction même de l'école. Toutes fonctions qui le mettaient en rapports avec la meilleure bourgeoisie de la capitale, tandis que ses talents et ses goûts le rapprochaient 'de tout ce que Paris comptait alors d'esprits ouverts et cultivés.

Intimement lié avec L. Duchesne et son groupe, il était lui-même, à Fénelon, l'animateur d'une sorte de cercle intellectuel. Sa propension bien coim.ue pour les études spéculatives l'avait fait inviter par Mgr d'Hulst à faire partie de la « Société de Saint-Thomas d' Aquin », qu'il fréquenta de 1885 à 1891, et ses propres tendances le portèrent à s'affilier à 1' « Union pour l'action morale » de P. Desjardins.

Ces relations allaient commander ses travaux littéraires. De 1880 à 1895, il assuma dans le Bulletin critique la recension des ouvrages de philosophie. Bientôt les Annales commencèrent à recueillir des productions plus 3)ersonneUes ^. Puis, sans quitter la philosophie, M. Hébert l'abordait sous des formes plus littéraires. D'où son dialogue Platon et Darwin ^, puis ses études sur « trois moments de la pensée de Richard Wagner^. » En même temps son, concours à r « Union pour l'action morale » se faisait plus actif. Indépendamment de plusieurs articles anonymes publiés dans

1. Il y publia successivement : Thomisme et kantisme (1885) ; Connaissance et certitude (1886); £>m rôle direct de la colonie dans la certitude rationnelle (1887) ; Métaphysique de l'inconscient dans la doctrine de Schoper.hauer (1891) ; L'idée de Dieu dans les dialogues philosophiques de Voltaire et de M. Renan (1891-1892).

2. T. xxvnï, 1893, p. 1-57-174. Il fut, plus tard, traduit en anglais par W. Gibson, Londres, 1899.

3. Ibid., p. 235-244, 335-363, 411-429. Avec quelques compléments, elles formèrent son premier volume : Le sentiment religieux dans l'œuvre de Richard Wagner, Paris, 1894, traduit en allemand par A. Brunnemann, Leipzig, 1895.

le Bulletin officiel de l'Union^, il présentait avec beaucoup de sympathie l'œuvre et les idées du maître au monde religieux ^.

Tous ces travaux donnaient l'impression d'un esprit vigoureux, servi par un beau talent de plume, très au fait du mouvement philosophique et soucieux de régénérer la vieille doctrine de l'École au contact de la pensée raoderne. Si, dans les cercles parisiens, il avait une certaine réputation de hardiesse ^, rien, au total, ne laissait encore supposer la crise ruineuse qui s'accomplissait en lui.

De son éducation scolastique, comme devait le noter Fr. von Hûgel*, M. Hébert avait, en réalité, retenu 'tous les défauts, notamment ce besoin de systématisation qui donne aux constructions dialectiques le pas sur tout et ne se satisfait qu'en un dogmatisme rigide. Puissance redoutable lorsque viendraient à fléchir ses premières certitudes. Or il semble que, de très bonne heure, la critique philosophique ait ébranlé dans son intelligence les fondements de la foi. Le problème de la personnalité divine, qu'il devait aborder publiquement plus tard, dut tourmenter ses ] remières réflexions et l'entraîner peu à peu vers une solution négative. Dans ces dispositions, que son œuvrépostérieure permet assez bien de deviner, la fréquentation personnelle des milieux adonnés à la critique historique eut vite pour effet de ruiner ses croyances chrétiennes ^.

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