Décembre 1903, nouy. sér., t. m, p
7. Janvier-mars 1904, ibid., p. 349-359, 473-488, 601-620. Defence and reinforcement of M. Loisy's position, écrivait nettement le Rév. A.-L. Lilley, Modernism, p. 112.
Après avoir d'abord avancé que l'auteur serait « anglais et . catholique » et que c'est Fr.. von Hûgel qui lui aurait « servi de secrétaire» [L'affaire Tyrrell, p. 81-82), M. Goût rectifie lui-même [ibid., p. 321) cette information. Fond et forme y portent, en eiïet. la bonne marque de notre pays ; msiis, jusqu'à présent, . aucune indiscrétion n'a trahi l'identité du véritable auteur.
« AUTOUR d'un petit LIVRE » 181
Quelques évêques prirent même la plume pour rassurer le public au sujet de M. Loisy et, sous le bénéfice de très indulgentes restrictions, attester la pureté de sa vie et la rectitude de ses intentions, sinon de toutes ses doctrines ■'•.
Cependant il était visible que les explications de l'auteur n'amendaient aucune de ses affirmations ou insinuations antérieures et en aggravaient, au contraire, plusieurs. L'Évangile authentique y restait toujours réduit à une apocalypse illusoire et le christianisme historique" ne s'en dégageait qu'au prix de transformations successives, dont l'agnosticisme qui en formait le principe pouvait seul garantir la valeur provisoire, en même temps qu'il en autorisait le prolongement indéfini ^.'
La distinction entre le domaine de l'histoire et celui de la foi, qui, sans être proprement neuve, forniait l'axe principal de son apologie, pouvait, de prime abord, sembler rassurante pour les croyants. Quelques-uns, en effet, y trouvèrent satisfaction, sans prendre garde que là formule recelait une équivoque, puisque la « foi », qui signifiait pour eux une stfurce de vérité, n'était pour l'auteur qu'une persuasion de caractère tout subjectif.
Il n'était pas davantage possible de se prêter à la feinte apologétique d'après laquelle les «petits livres » seraient restés sur le terrain des faits sans toucher au domaine de la théologie. Comment ne pas apercevoir que toute la trame en était d'ordre doctrinal, jusqu'à suggérer une complète refonte du christianisme traditionnel? L'auteur a d'ailleurs pris soin
1. Ainsi Mgr Lacroix, évêque de Tarentaise, Le discours de Jésus sur la montagne, Chambéry. 1904, p. 11; Mgr Mignot, dams Correspondant, 10 janvier 1904, nouvelle série, t. CLxxvin, p. 6-7, 25-26, Cet article est reproduit, aveb les retouches voulues, dans L'Église et la critique, Paris, 1910, p. 91-144. ■
2. Comme pour établir publiquement la continuité desonœuvre,tandis' qu'il reprenait dans Autour d'un petit livre (p. 199-200) l'héritage de- K Firmin », l'auteur publiait une deuxième édition, légèrement augmentée, de L'Évangile et l'Église (Bellevue, 1903), plus un gros commentaire tlu. quatrième Évangile, destiné à établir le caractère exclusivement ' symbolique de son contenu, et une étude du discours sur la montagne qui amorçait la critique des Synoptiques, a Bibliothèque nouvelle, qui prétendait tenir d'elle-même son droit d'exister. » Choses passées, P- 258-259. .
de révéler lui-même, dans la suite, quels étaient alors ses sentiments.
A mesure que j'avançais dans mes recherches, je m'apercevais que notre enseignement officiel était un formulaire convenu qui ne correspondait pas à la réalité des choses. Alors, au lieu d'abandonner mon dessein d'apologétique..., j'ai entrepris, après des années de labeur, après de longues réflexions et pourquoi ne ledirais-je pas? après une longue période d'angoisses intérieures, durant laquelle je voyais tomber une à une, comme des feuilles mortes, les idées reçues..., en cette ruine de l'édifice où j'avais cru abriter ma foi pour l'éternité, j'ai entrepris, dis'-je, de montrer comment l'essentiel du catholicisme pouvait survivre à la crise de la pensée contemporaine, comment l'Église pouvait justifier son passé, comment elle pouvait s'assurer l'avenir ^.
Sans contester . aucun dogme, précisait-il plus tard ^, j'établissais, sur toute la ligne des croyances catholiques, la position des témoignages et des faits historiques en face des formules olïicielles, pour conclure simplement à la nécessité d'une interprétation nouvelle et plus large de ces formulés quand elles étaient en contradiction avec la réalité. » Il n'était pas trop malaisé d'entrevoir que cette « contradiction » était essentielle à ses yeux autant que perpétuelle, et que r « interprétation nouvelle » dont il proclamait la nécessité équivalait à la liquidation de tout ce que l'Église avait tenu jusque-là pour un dépôt divin. On peut sans nul doute appliquer éminemment à l'auteur lui-même ce que, parvenu au terme de soçl évolution, il disait des « prétendus modernistes » en général.
Les explications qu'ils ont pu suggérer touchant les dogmes anciens n'étaient pas précisément pour « conserver » ces derniers « en les rajeunissant »; c'étaient plutôt des moyens de retraite, une planche pour franchir le fossé qui sépare la théologie de l'histoire; ce n'étaient pas des ponts faits pour durer... Le temps ,et les besoins nouveaux indiqueraient les solutions opportunes, si seulement on permettait à celles-ci de s'exprimer,^.
Tel étant l'esprit avéré du second « petit livre », est-il