Ibid., p
6. Fr. von Hugel lui-m.ême devait en convenir, tout au moins après la mort de son ami.' Selected letters, p. 166-168.
sable du malaise des intelligences — pour rétablir la foi chrétienne sur les bases de l'expérience intime et, en vue des besoins modernes, la réinterpréter en termes de vie ^. C'est le système catholique tout entier qu'il s'agissait de refondre en fonction de ce qu'il croyait être les données acquises de la critique et, par conséquent, l'Église qu'il fallait réformer dans la mesure où elle s'attachait encore à des doctrines ou pratiques désuètes. A cet apostolat G. Tyrrell allait désormais consacrer toutes les ressources d'une plume fertile et d'une énergie tenace, qui ne voudrait plus connaître ni le découragement ni le tecul.
Ces nouvelles tendances ne tardaient pas à se refléter dans les écrits de G. Tyrrell.
Dans le Monih de novembre 1899, il publiait un petit article sur « les rapports dé la théologie et de la piété, » dont on a pu dire depuis qu'il était « un abrégé, un compendium, comme un index analytique, comme une table des matières de ce qui a suivi^. » L'auteur y faisait le procès de la connaissance intellectuelle et montrait comment, dans l'ordre scientifique, dans l'ordre métaphysique surtout, nos concepts sont inadéquats à la réalité. Ainsi en est-il de la connaissance religieuse. Ce qui importe, ce sont les réalités où s'alimente l'expérience des âmes, et c'est pourquoi la révélation divine s'est faite « dans des- conceptions et termes vulgaires, non dans une pensée et une langue philosophique : » Dieu la;issait « à d'autres le soin de traduire la révélation, à leurs risques et périls, dans des formules plus conformes à leur goût. » A travers ces formules, « toute la mission protec-
1. Il allait être ainsi properly the theologian of catholic môdernism (M.-D. Pètre, Môdernism, p. 135), mais théologien paradoxal dont tout l'effort consisterait à garantir la foi contre ce que le. même auteur appelle (ibid., p. 61) the usurpations of theology. Tout cela d'ailleurs moins par suite d'exigences intellectuelles que par besoin d'action. <t Ce n'était pas en premier lieti un professeur ni un écrivain, c'étîiit un prêtre et un apôtre... Son modernisme a été empreint d'un caractère apostolique, s M.-D. Petre, dans Congrès. cité, p. 228 et 237.
2. R. Goût, p. 59. Cf. Fr. von Hûgel, Selected leiters,-p'. 166; M.-D. Petre, Môdernism, p. 12.-
trice de l'Église... est de conserver les idées exactes que le langage simple de Jésus- Christ avait fait naître chez ses premiers auditeurs. » La théologie ne doit donc pas oublier ce rôle secondaire qui est le sien. Sa règle est de se maintenir en état de subordination à l'égard du caractère fondamental de la révélation, qui est une lex orandi avant d'être une lex credendi. « Comme la science, ses hypothèses, ses théories, ses explications doivent cadrer avec les faits, les faits étant ici la religion chrétienne telle qu'elle est vécue par ses adhérents éclairés. » Sinon, elle perd toute valeur.
Vers la même époque, G. Tyrrell donnait au Weekly register (16 décembre 1899) un article intitulé : A percerted dévotion, qui s'inspirait des mêmes principes pour le cas particulier de la « dévotion à l'enfer ». Autant l'auteur y admettait comme rationnelle la foi en la justice de Dieu et, avec elle, les sanctions qui en sont la suite, autant il critiquait les manières communes de présenter le châtiment infernal, qui lui paraissaient propres à développer chez les fidèles des sentiments de cruauté, en même temps qu'elles imposent à la raison le fardeau d'explications inacceptables. Contre cette sorte de rationalisme, il réclamait une place « pour un agnosticisme tempéré, agnosticisme, ajoutait-il, qui appartient, dirai- je, à l'essence de la foi intelligente ^. »
Le premier article passa inaperçu ou fut pris en bonne part 2. Mais le second suscita des critiques, de telle sorte que, bientôt après (juillet 1900), G. Tyrrell dût prendre une sorte de demi-retraite dans la lointaine maison de Richmond^.
Dans cette paisible solitude, il garda ses mêmes préoccupations intellectuelles ; mais, la liberté de sa plume étant dorénavant soumise à des entraves, il dut recourir à des subterfuges. C'est ainsi qu'un article de lui : Docens discendo, où il célébrait le rôle de 1' « Église enseignée », traduction
1. R. Goût, p. 69-73. Cf. Autobiography and Ufe, t. ii, p. 112-118.
2. L'auteur put le réimprimer en paix dans The faiih of ihe millions, 1. 1, p. 228-252. Fr. von Hûgel, qui en avait bien vu la portée, le trouvait d'autant plus « splendide » et se félicitait que la Compagnie donnât à de telles choses son « laissez-passer ». Lettre du 8 octobre 1899, écrite après lecture des. épreuves, dans Selecied leiters, p. 77.