R. Goût, p. 63. Voir le n" de février 1900, p
3. Cette note fuit aussitôt reproduite, bien entendu sans les réserves initiales, dans la Quinzaine du 16 mars, t. xxxni, p. 279-283.
4. No du 15 avril 1900, t. xxn, p. 390-401. On y signalait* (p. 390) « une réaction très nette contre un intellectualisme exagéré et contre l'abus de la spéculation théologiqpie », réaction analogue à cèUe qui se laisait chez nous dans l'ordre scientifique et métaphysique sous l'action des Duhem et des Bergson.
Les Annales de philosophie chrétienne faisaient mieux encore, puisque l'article y bénéficiait d'une traduction intégrale ^. Du premier coup, G. Tyrrell prenait, en France, rang de docteur.
Tandis que les théologiens s'arrêtaient à ses vues spéculatives, le grand public était initié à la valeur religieuse de son œuvre par un article du baron J. Angot des Retours ^. On y louait sa manière si prenante de ramener la foi chrétienne à la vie intérieure de l'âme, sans pourtant sacrifier ses formes extérieures qui tiennent- aux conditions de notre nature. Et l'on ne manquait pas d'y noter l'apologétique spéciale qui résultait de ce mysticisme : « méthode d'expérience intérieure » (p. 147), qui complète, si elle ne les suppl.ee, les essais de démonstration dialectique, en prenant « son point d'appui dans ce que l'on pourrait dire naturellement chrétien en l'âme î) (p. 155). La dogmatique de l'auteur y était pareillement caractérisée par son sens du mystère et son opposition à l'intellectualisme superficiel de « ceux qui tendraient à ne voir dans la religion surnaturelle qu'un système de notions parfaitement évidentes et presque de sens commun » (p. 152). Pour toutes ces qualités, le nom de G. Tyrrell était déjà mis en parallèle avec celui de Newman (p. 155) et l'on jugera du ton de l'éloge par ces lignes du début (p. 142) : « Ce converti de l'anglicanisme n'ayant guère dépassé la quarantaine, c'est une joie de songer à tout ce qu'il nous fait encore espérer. »
Quand G. Tyrrell, l'année suivante, eût réuni dans The faith of the millions les articles dispersés en diverses revues par sa pluine féconde, le volume fut chaleureusement présenté chez nous par un prêtre déjà très attentif aux manifestations de la pensée catholique- en Angleterre, M. Ernest Dimnet ^. Quelques critiques sur la forme faisaient d'autant plus ressortir la haute estime que l'auteur portait au fond. Son œuvre y était finalement caractérisée (p. 372) comme « de l'apologétique hors rang », mais « bien autrement efficace
1. Théologie et religion, msirs 1900, nouv. sér., t. xu, p. 625-641.
2. La religion intérieure d'après un jésuite anglais, dans Quinzaine, 15 juillet 1900, t. xxxv, p. 141-157.
3. Une meiïleurevoie, dans Revue'du clergé français, juin et juillet 1902, t. XXXI, p. 5-23, 129-149, 351-372.
que la théologie raisonnante ». Car « derrière le théologien on ne tarde guère à trouver l'homme : un homme de bien- et un homme de cœur » ^. Si ces diverses informations étaient peu de chose pour connaître la littérature déjà considérable de G. Tyrrell et plus encore pour en dégager l'esprit, elles suffisent" a faire voir quelle atmosphère de sympathie entourait dès lors le nom du jésuite anglais.
Avec ses œuvres signées, ses publications pseudonymes devaient également franchir le détroit. La brochure d' « Hilaire Bourdon », au témoignage de Miss Petre ^, fut distribuée eii France et G. TyrreU correspondait avec un prêtre à son sujet^; mais il ne semble pas que personne en ait saisi le public. Celle d' « Ernest Engels », au contraire, fut de bonne heure signalée à -l'attention du continent.
En Italie, elle était citée par G. Vitali dans la Rassegna nazionale du 16 février 1903. Peu après, chez nous, un chroniqueur ecclésiastique, abrité sous le pseudonyme de « Jules Dalbret », la recensait en ces termes dans la Reloue d'histoire et de littérature religieuses * :
On trouvera dans cet opuscule un exposé très savoureux des conditions psychologiques, permettant à la religion et à la mystique chrétienne d'entrer cOmme un élément de vie morale dans l'âme individuelle et vivante.
D'autres en eurent également connaissance, qui ne manquèrent pas d'en apercevoir les dangers. C'est ainsi que, seul sans doute de la presse théologique, le Bulletin de Toulouse, sous la signature du sulpicien Eugène Franon, lui consacrait un article pour en dénoncer les tendances ^. Mais la Reflue du clergé français crut devoir accorder à « Engels » sa
1. La même année, le public français put goûter pour la première fois un ouwage complet de G. Tyrrell : La religion extérieure, traduit de l'anglais par Augustin Léger, Paris, 1902. « Cette traduction... de tous points excellente » (R. Goût, p. 7) reçut aussitôt les éloges de P. Despreux, dans Reflue du.clergé fr., 1" septembre 1902, t. xxxn, p. 52-54.