Cf. Choses passées, p
3. Encore ce catholicisrde tel quel devait-il être précaire chez M. Loisy, puisqu'il fut si vite abandonné. « Son apothéose de la transmission immanente de l'héritage évangélique dans l'Eglise, écrit assez justement M. Buonaiuti (p. 82), n'était pas, au fond de son cœur, une foi profondément vécue, vraiment assimilée par la pratique et l'expérience, mais une sim|)le constatation critique. » Autant dire la reconnaissance d'un fait qui n'avait aucun titre à s'imposer.
Sans compter qu'il faut bien faire ici la part de la tactique. Plus tard M. Loisy s'est reproché comme une faute d'avoir compté « avec la papauté romaine et sur elle pour l'avenir du christianisme et du cathoUcisme, » au lieu qu' « il aurait fallu compter sur son opposition irréductible et nous^comporter d'après ce "principe ^. » Regret tardif qui pourrait bien n'être pas sans intérêt, pour éclairer la psychologie antérieure de l'auteur et du groupe dont il se fait l'interprète. La manœuvre devrait être affirmée avec certitude, s'il fallait prendre au pied de la- lettre et reculer jusqu'à la période des origines cet aveu consigné par G. Tyrrell dans son journal intime, à la date du 22 novembre 1908 :
Personnellement j'ai peine à croire que le modernisme, bien que défendable dans l'abstrait, soit capable de sauver l'Eglise romaine. II était pourtant bon de tenter rexpérience, ne fûtce que pour en établir l'inanité ^.
De son aversion pour la Réforme M. Loisy a pareillement donné une explication formelle, qu'il se croit en mesure de généraliser.
Qui sait si le plus grand grief des modernistes contre le protestantisme n'était pas d'avoir rendu possible, en se séparant, et inévitable, par un effet de réaction, le régime d'absolutisme théologique et ecclésiastique dont ils étaient les premiers à souffrir et qu'ils s'efforçaient, d'amender?
Et s'ils n'adhéraient pas au protestantisme, c'est dans la peijsuasion qu'ils « se trouveraient encore plus à l'étroit dans une petite Église que dans une grande, que le protestantisme orthodoxe leur semble avoir autant besoin d'être modernisé que le catholicisme et ne" répugne guère moins à une évolution nécessaire;» que le protestantisme libéral, «lequel... n'est pas encore une religion, ne satisfait ni leur esprit, ni leurs aspirations, ni leurs âmes et qu'ils ne sauraient s'y adapter ^. » On voit que cette répugnance à l'égard de la Réforme ne procédait pas d'un catholicisme bien rassurant.
Au total, il reste que la position de ces premiers modernistes à l'égard de l'Église était nécessairement fausse. C'est
1. Reflue d'hist, et de litt. relig., 1920, nouv. sér., t. vi, p. 585.