Mercure de France, février 1904, t. xlix, p
4. Catholicisme et critique. Réflexions d'un profane sur l'affaire Loisyi. dans Cahiers de la quinzaine, 28 mars 1905.
Ce « beau secret » consistait ni plus ni moins à détacher le dogme de la réalité historique, pour lui chercher un refuge dans les intuitions de la conscience morale et ses symboles fugitifs. P. Desjardins ne voyait pas d'inconvénient à cette transformation. « L'efficacité d'une croyance moins appuyée à l'histoire, plus intimement expérimentale, demandait-il (p. 111), sera-t-elle moindre? S'ensuivra-t-il un appauvrissement de la spiritualité, une perte de force et de joie? Enfin le point de vue du pur symbolisme est-il franchement extra-cKrétien, ou même antichrétien? » L'aiiteur n'eût pas :posé la question .s'il eût douté de la réponse. En tout cas, « narrateur impassionné », il faisait à l'Église l'aumône de lui indiquer sa suprême voie de salut. Car « on peut déjà prévoir, concluait-il (p. 121-122), que, dans une génération ou .deux, l'insertion de l'absolu dans la trame des faits ne sera -plus même intelligible. » Et ces diverses inepties, plus -ou moins prétentieuses, attestent, en tout cas, combien vive, chez certains adversaires de l'Eglise, fut l'impression d'avoir, dans l'affaire Loisy, une bonne aubaine à -Exploiter.
Autrement sérieux étaient les problèmes qui se posaient ià ce propos devant les croyants. Pour les moralistes, c'était Je problème, toujours épineux, des rapports entre l'autorité -de l'Église et la liberté individuelle. M. Loisy s'était vivemient réclamé de celle-ci contre celle-là. Ce « cas de conscience » fut étudié par le P. Émonet ^, qui, après avoir montré avec beaucoup de modération les responsabilités du fidèle qui croit devoir élever la voix contre la hiérarchie et celles, plus spéciales, que sa manière satirique créait à l'auteur des ipetits « livres rouges », précisait l'autorité des Congrégations Tomaines et les limites qu'elles laissent à la liberté d'opinion. Mais il ne cachait pas qu'ici, bien que les manifestations en eussent été discrètes,- c'est le magistère même de l'Église qui .était en question :
Gu l'Eglise n'a pas reçu de promesse et n'est point, de par Dieu, la gardienne de la vérité religieuse, ou bien il faut admettre ■qu'elle ne peut être induite ni induire en erreur sur ces dogmes :;fondamentaux (p. 758).
.1. Études, 5 mars 1904, t. xcviii, p. 737-758.
Et le dilemme n'était pas moins rigoureux sur le terrain subjectif : .
Ou M. Loisy a des raisons de ne plus croire à l'autorité divine de l'Eglise, et alors il ne pouvait y avoir rétractation, mais il n'est plus catholique; ou M. Loisy a eu et pense avoir encore de solides raisons de croire à l'Eglise, et alors il peut y avoir rétractation (p. 742).
Il restait à montrer aux consciences de bonne foi que cet acte de soumission ne comportait, dans l'espèce, le sacrifice d'aucune donnée vraiment scientifique. C'est dire qu'il fallait reprendre les problèmes bibliques soulevés et hâtivement tranchés par les «petits livres », pour montrer qu'ils étaient susceptibles de solutions conformes à. la science en même temps qu'à la foi traditionnelle. A ce devoir Jes savants catholiques ne se dérobèrent pas.
Une des suites les plus heureuses de l'affaire Loisy fut justement de provoquer un certain nombre de publicationsscripturaires, dont l'intérêt dépassait les circ&hstances du moment et qui ont toutes plus ou moins duré ^. Ces travaux s'inspiraient de la règle que Pie X devait bientôt formuler, dans sa lettre, à Mgr Le Camus (11 janvier 1906) :
Tout comme on doit condamner la témérité de ceux qui, se préoccupant beaucoup plus "de suivre le goût de la nouveauté que l'enseignement de l'Église, n'hésitent pas de recourir à des procédés critiques d'une nouveauté excessive, ilconvient de désapprouver l'attitude de ceux qui n'osent, en aucune façon, rompre avec l'exégèse scripturaire ayant eu cours jusqu'à présent, alors mêiïie que, la foi demeurant sauve, le sage progrès des études les y invite impérieusement ^.
1. Qu'il suffise de citer, parmi les plus saillantes, M. Lepin, Jésii» Messie et Fils de Dieu d'après les Évangiles synoptiques (Paris, 1904), accueilli de la manière la plus flatteuse par le Bulletin de Toulouse (avril-mai 1904, p. 223-224) et la Reçue biblique (1904, p. 457-458)-, anssi bien que par la Reçue du clergé français (1905, t. xxxvm, p. 29- 36; 1905, t. xlv, p. 60-61); P. Batilïol, L'enseignement de Jésus (Paris» 1905), oîi l'auteur défendait les positions catholiques sur tous les points traités dans L'Écangile et l'Église.Mais le principal effort était, conunede juste, fourni par la Revue biblique, où, dès 1905, le P. Lagrange publiait le commencement de ses études sur le messianisme, en attendant d'y aborder, en 1906, le cœur du problème évangélique par ses. articles sur. « l'avènement du Fils de. l'homme ».