Voir M. de la Taille, loc. cit., p
méthodes et résultats de l'histoire catholique des dogmes, ^ qui commençait à défricher par de patientes analyses les contingences de ce passé. L'occasion lui en fut fournie par un modeste « Essai d'étude historique » consacré au dogme de la Rédemption (1905), qui lui parut « assez nettement représentatif » pour motiver quelques commentaires ^.
Sous le nom de « théologie positive », il croyait deviner, avec un certain « modernisme de mots », l'idée « d'une nouvelle manière de théologie » qui serait « une science de la religion faite d'après la méthode expérimentale.». Et cette conception n'était pas pour lui déplaire, à condition qu'on ne voulût point la borner au seul empirisme des « constatations historiques » (p. 532-533). Contre cette espèce de positivisme il réclamait au nom de la spéculation, et c'est l'histoire même qui lui paraissait en imposer le besoin. Non seulement celle-ci n'autorise par elle-même à fixer à la pensée chrétienne aucun point d'arrêt, mais elle condamne «ette prétention par la mobilité qu'elle révèle dans les siècles antérieurs ^.
M. Laberthonnière attendait donc de l'histoire le bienfait d'établir « que les formules dogmatiques, si pleines qu'elles soient de vérité divine, ont été l'objet d'une élaboration humaine et qu'au lieu d'être tombées du ciel toutes faites, elles ont été vécues et sont en un sens un produit de la vie » (p. 521). Il s'élevait, en particulier, contre l'idée d'attribuer au dogme de la Rédemption « un caractère statique, purement objectif et extrinsèque ». plus encore contre la prétention de poser « comme norme doctrinale, définitive' et complète, la théorie de la satisfaction vicaire (p. 522-523). » Car cette doctrine, pour tant qu'elle réalise « un véritable progrès», ne repose elle-même que sur une analogie. Par suite, nous serions « mis en demeure de nous faire du dogme une idée plus profonde et d'en chercher une expression meilleure (p. 527-528)..»
-1. Annales de phil. chr., février 1906, 4^ série, t. i, p. 516-534. 2. En conséquence, l'auteur aurait eu le double tort, en faisant •converger son enquête vers la doctrine de la satisfaction, d'imposer au ■développement de ce dogme un terme' « arbitraire » (p. 523) et de river la théologie actuelle à « une théorie définitivement élaborée que nous n'avons plus qu'à prendre toute faite dans l'histoire (p. 517). »
Ces vues théologiqùes, au nom desquelles on se proposait, par delà ce cas particulier, d'éclaircir « la situation intellectuelle du moment » (p. 516), touchaient à bien des questions de fait et de principe.
Une discussion s'ensuivit ^, où l'auteur visé rétablissait ses positions exactes, non sans marquer discrètement que la doctrine de la satisfaction n'est pas « une simple théorie d'école », mais « l'expression officielle et quasi- dogmatique du mystère de la- Rédemption (p. 178), » que les perfectionnements ultérieurs qu'elle peut recevoir doivent respecter « ce qui, des efforts antérieurs, a été consacré par l'Église comme définitif» (p. 179) et que la question de sa Valeur- est tranchée par « l'enseignement de l'Église », dont il appartient à l'histoire d'établir « la persévérance et la continuité, sôus des formes plus ou moins explicites et parfaites, à travers tous les siècles chrétiens (p. 181). »
Manifestement dejix conceptions du dogme et de son histoire étaient ici en présence, dont la première jetait l'un et l'autre en plein devenir, tandis que la seconde y incorporait, sous une mobilité de surface, l'absolu qui vient de la révélation divine et de sa détermination par le magistère ecclésiastique.
Si visible était la portée de cette petite manifestation doctrinale que les maîtres ne jugèrent pas inutile d'intervenir dans le débat. Mgr Batiffol y consacrait un article spécial ^. Après, avoir défendu la théologie positive contre l'imputation de « modernisme », l'auteur en rappelait le rôle et les conditions. Loin d'être le domaine du pur fieri, elle est soumise aux définitions ecclésiastiques, parce que celles-ci sont, théologiquement, « issues de données primitives qui appartiennent au trésor dé la révélation » et représentent, historiquement, le terminus ad quem de la tradition catholique (p. 172 et 174). De cette tradition il y a lieu de raconter l'histoire sans en méconnaître la constance, ni en sacrifier le développement (p. 175), mais aussi sans tomber dans