Bulletin, iévrier-mars 1905, p
2. Ibid., p. 77-84. Cette note doctrinale était « de la main tîiï E. P. Portalié ». P. Batifîol, dans Reçue de théol, 1909, t. xvii: p. 394.
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professionnel à qui la critique et la théologie étaient également familières, peuvent être considérées comme la clôture doctrinale de la controverse •'•.
Sous leur généralité voulue, ces discussions spéculatives étaient dominées par une question de fait, savoir la valeur de la critique biblique et, plus concrètement, des résultats proposés en son nom.
Certains catholiques sont convaincus que certaines positions de la critique seront bientôt un fait acquis, même par leurs, adversaires; que, malgré leur apparence d'incompatibilité, ces conclusions peuvent s'interpréter en convenance avec la foi catholique en le fait de l' Incarnation et que, partant, il est de notre devoir de tenter quelques interprétations analogues. De l'autre côté, l'on est convaincu que lesdites conclusions ne sont guère que des fantaisies de spécialistes, c'est-à-dire une pseudo-science ^.
Et il est inutile de dire que, sans toujours le nommer, c'est aux «conclusions » de M. Loisy que chacun pensait. Un problème de fond était évidemment posé devant les croyants, mais -qui eût été moins grave s'il ne se fût compliqué d'une attitude contingente à l'égard d'un homme et d'un système. Ceux qui avaient su défendre l'indépendance de leur jugement trouvaient sans trop de peine, dans les principes traditionnels, le moyen d'assurer la valeur historique du dogme, sur laquelle la foi ne saurait transiger, tandis que les autres s'obligeaient à construire ou adapter pour la circonstance, so.us prétexte de philosophie religieuse, des conoordismes ruineux, censés capables d'assimiler les conclusions d'une critique trop peu contrôlée, et pour lesquels cette plasticité même constituait une médiocre recommandation.
1. Quelques répliques personnelles suivirent, de la part des auteurs intéressés qui n'estimaient pas leur pensée suffisamment comprise. Le Bulletin les publia (avril-mai 1905, p. 128-131; cf. juillet-octobre, ]i. 245-248) en maintenant ses positions antérieures [ibid., p. 131-138) sans y ajouter autre chose que de nouvelles précisions sur les équivoques du dogmatisme moral, qui venait aggraver, sous prétexte de le îésoudre, le problème des rapports du dogme et de l'histoire. Voir aussi B. Allô, Extnnsécisme et historicisme, dans Reçue thomiste, t. xn, 1904, p. 437-465.
2. Fr. von Hûgel, dans Quinzaine, 16 septembre 1904, t. lx, p. 276.
248 prolongation.de la crise -
Si le débat sur la valeur historique du dogme avait pu se dérouler dans un calme relatif, un autre vint bientôt s'y superposer qui produisit un véritable tumulte. De même, eu effet, que le dogme relève de la critique historique par. le lien qui le rattache aux sources primitives de la révélation, il est sounais à là critique philosophique par les rapports qu'il entretient avec la réalité transcendante dont il est l'expression, et par la discipline qu'il impose, en conséquence, à l'âme du croyant. On peut donc se demander ce qu'il en est de sa valeur à ce double point de vue.
Alors que venait à peine de se calmer le remous des précédentes controverses, cette nouvelle question lut tout d'un coup soulevée par un laïque, mathématicien de son état, mais philosophe épris des plus hauts problèmes religieux, M. Edouard Le Roy ^. Son article, en révélant pour la première fois son nom au grand public, allait devenir le centre d'un épisode qui compte parmi les plus vifs d'une période où ils s'étaient déjà tant multipliés ^.
« Je ne suis point théologien, déclarait l'auteur, et n'aime point à décider de choses où je ne possède nulle compétence. » Mais il justifiait son initiative par le fait que « tout laïc, de nos jours, est appelé à remplir un devoir d'apostolat dans le monde incrédule où il -vit » et aussi parce qu'il s'estimait « en bonne situation pour apprécier avec exactitude l'état d'esprit qui s'oppose chez les philosophes contemporains à l'intelligence de la vérité chrétienne. » Il témoignerait donc « avec franchise, avec brutalité même, » sur ce que lui avait appris « l'expérience des milieux cultivés non chrétiens. » Au demeurant, il devait être entendu que son travail serait « une simple question..., question du philosophe au théologien, appelant une réponse du théologien au philosophe. » Malgré cet artifice littéraire, le « philosophe » ne pouvait entièrement se dissimuler qu'il suggérait au « théo-
1. Qu'est-ce qu'un dogme? dans Quinzaine, 16 avril 1905, t. ixin,
2. On a pu dire qu'il suscita a véritable war of controversy.'h.-C. Lewi?. op. cit., p. 38.
logien » sa réponse. Ce seraient, en tout cas, « de simples aperçus», présentés « seulement comme' des projets de solution, proposés à la critique de ceux qui ont autorité pour conclure en pareille matière (p. 495-496). » On ne pouvait entrer en scène avec plus de modestie ; mais l'expérience montrerait bientôt que ces précautions oratoires abritaient de véritables sommations.
Un fait, à son sens notoire, devait servir de point de départ. C'est que « les démonstrations données comme traditionnelles ne mordent aucunement sur les intelligences habituées aux disciplines de la science et de la philosophie contemporaines (p.497).»Enefîet, «lanégationnes'attaquepas aujourd'hui à tel dogme.'plutôt qu'à tel autre... C'est l'idée même du dogme qui répugne, qui' fait scandale (p. 499). »
Là manière dont se présentent les dogmes en serait responsable. « Un dogme est une proposition qui se donne elle-même comme n'étant ni prouvée ni prouvable », et ceci choque les exigences rationnelles inculquées .à l'intelligence moderne par l'esprit cartésien. A ces exigences les preuves classiques à base d' « extrinsécisme » ne jîeuvent non plus satisfaire, parce qu'elles ne sont pas autre chose qu' « un appel à la transcendance de l'Autorité pure (p. 489- 503).» Il y a plus : c'est en eux-mêmes, à cause des anthropomorphismes qu'ils contiennent, des systèmes périmés dont ils dépendent, que les énoncés dogmatiques ne sont pas intelligibles. A quoi s'ajoute cette circonstance aggravante que, par leur immutabilité, les dogmes « apparaissent étrangers au progrès » et, par leur transcendance, « demeurent sans rapports avec" la vie intellectuelle effective (p. 504- 505'). » - '
Sur quoi, de témoin se faisant juge, l'auteur de déclarer c(ue toutes ces objections et préventions lui paraissaient « parfaitement valables » du point de vue philosophique. Car elles répondent à une conception tout intellectualiste de la foi, qui est bien celle de la théologie reçue. « Elle tient pour second et dérivé le sens pratique et nxoral du dogme, et ]ilace au premier plan son sens intellectuel, estimant que celui-ci constitue le dogme, tandis que l'autre est une simple conséquence. » C'est cette conception qu'il lui paraissait urgent de « changer » (p. 506-508). En effet, du point de vue
intellectualiste, on ne peut aboutir qu'à des impasses et l'auteur le montrait en étalant, à titre d'exemple, toutes les « impossibilités » que renferment, quand on les prend dans l'ordre spéculatif, des « dogmes » tels que la personnalité de Dieu, la résurrection du Christ ou la présence réelle, A cette voie, qui mène à « dé purs non-sens «, l'auteur proposait d'en substituer une autre comme « seule possible et légitime » (p. 512).
Deux idées fondamentales présidaient à cette solution libératrice. Au regard de l'intelligence, les dogmes n'auraient qu'un sens négatif et prohibitif, pour mettre l'esprit en garde contre des conceptions funestes. Leur valeur positive serait à chercher ailleurs. « Un dogme a surtout un sens pratique. » Car « il énonce avant tout une prescription d'ordre pratique. Il est plus que tout la formule d'une règle de conduite pratique )) (p. 517). Et l'auteur d'expliquer, en effet, que la foi chrétienne a pour but de déterminer l'action et dévelojjj^er la vie. C'est à quoi sont destinés les dogmes : l'Église veut dire, par exemple, qu'il faut nous comporter envers Dieu comme envers une personne humaine, être avec Jésus comme on l'est vis-à-vis d'un contemporain, avoir envers l'eucharistie la même attitude qu'à l'égard de Jésus devenu visible. Avec cette conception pragmatique et morale du dogme, tous nos contemporains ne manqueraient pas de se réconcilier, et la pensée y garderait son rôle (p. 524) pour rechercher quelle « réalité mystérieuse lui corr-espond ».
« Ces conclusions peuvent-elles être admises sans dommage pour la foi? A^ix théologiens de nous le dire et, au cas où leur réponse serait négative, de nous apprendre comment ils estiment être en mesure de franchir autrement les obstacles qui nous embarrassent (p. 526).» Où l'oii voit bien que, sous sa discrétion apparente, la question posée par M. Le Roy se compliquait d'une réponse et s'achevait en un défi.
Ne fût-ce que par leur forme incisive, et tranchante, ces pages devaient provoquer un mouvement. Plus tara, G. Fonsegrive, qui les avait accueillies dans sa revue, se déclarait « surpris de tout le bruit » fait autour d'elles ^